Cf. Marot, éd. Guiffrey, t. III, p
une violente réaction contre le mouvement de la Renaissance et de la Réforme. Le lieutenant criminel Jean Morin reçut l'ordre d'arrêter tous les luthériens soupçonnés d'avoir affiché le pamphlet et ceux chez qui on le trouverait. Il fut interdit de rien imprimer (cf. Catalogue des Actes de François I", t. III, p. 3, n° 7461). Le 21 janvier eut lieu la procession de réparation, dite généralissime, que le roi suivit nu-tête, une cire ardente au poing. Le 29 janvier parut un édit portant peine de mort contre les hérétiques et attribuant aux dénonciateurs le quart des confiscations [Catalogue des Actes de François /", t. III, p. 8, no 7486). Du i3 au 20 mars, vingt luthériens furent brûlés.
Marot était à Blois, au moment de l'affaire des placards, « devisant aux dames » ^ Il songea d'abord à se présenter au roi; puis il s'enfuit à Nérac, à la cour de Marguerite de Navarre, et faillit être arrêté à Bordeaux 2, Il resta auprès de sa protectrice jusqu'en juin i535. Elle lui conseilla alors de quitter la France. Il traversa le Languedoc et la Provence^ et vint demander asile à la duchesse de Ferrare, Renée, sœur de Claude, femme de François 1"=^, La duchesse le prit à son service comme secrétaire, aux appointements de deux cents livres. Comme elle inclinait vers la Réforme, les sympathies de Marot pour les Évangéliques purent s'affirmer librement. Il les exprima à maintes reprises et particulièrement dans VAvant-naissance du 3^ enfant de Madame la Duchesse de Ferrare.
II retrouvait à la cour de la duchesse de Ferrare les
1. Cf. Épitre à Antoine Couillart. seigneur du Pavillon-les-Lorris en Gâtinais (i538), éd. Jannet, t. I, p. 270.
2. Cf. 3' épitre du Coq à l'asne à Lyon Jamet (i536), éd. Jannet, t. I, p. 277.
3. Cf. Bulletin du bibliophile, 1898, p. 239. Dans V Épitre à Antoine Couillart, éd. Jannet, t. I, p. 271, il indique un autre itinéraire, par Tarare, dans le Lyonnais; mais Tarare n'est là que pour rimer avec Ferrare :
Je passay donc Tharare Pour venir à Ferrare.
idées et les sentiments qui régnaient dans l'entourage de Marguerite de Navarre. Renée de France, qui encourageait Bruccioli à traduire les Évangiles en italien, ne manqua pas de s'intéresser à la traduction du Psautier. Marot le lui rappela plus tard, lorsqu'il fut obligé, par les vexations des Ferrarais, de prendre congé d'elle. Tu m'as proposé, lui disait-il,
en pseaulmes et cantiques Remémorer les nouvaux et antiques Dons du Seigneur, ses grâces et bienfaictz Et mesmement ceux que par toy m'a faictz'.
Il continua donc à Ferrare la traduction des Psaumes commencée en France. Malheureusement, le duc de Ferrare, très attaché au catholicisme le plus étroit, était hostile aux Français qui entretenaient dans l'esprit de la duchesse le goût des idées nouvelles. Les Ferrarais, forts de l'appui de leur duc, devenaient insolents à l'égard des amis de la duchesse. Une nuit, Marot fut appréhendé dans la rue et fouetté 2. Il prit congé de sa protectrice et se réfugia à Venise. De là, il envoya des suppliques au Roy et au dauphin François, une épître à la reine de Navarre et obtint finalement l'autorisation de rentrer en France. Le 10 décembre i536, il arrivait à Lyon, abjurait les principes de la Réforme et prenait la route de Paris en janvier iS3y.
Son abjuration n'avait été qu'une formalité et une précaution. Les tendances de son esprit n'avaient point changé. Il ne renonça pas à traduire en langue vulgaire le texte des Psaumes. Les vers profanes qu'il composa de 1537 à 1539 accusent des emprunts à la poésie de David. En outre, il laissa circuler à cette époque des copies