Cf. éd. Jannet, t. IV, p. 59 et suiv
un gage de ses sentiments évangéliques agréable à Marguerite de Navarre, c'est fort possible. Mais, en i539, il ne songe point à présenter ces psaumes traduits en français comme un ouvrage propre à enrichir et illustrer la langue vulgaire : ce sont des chansons destinées à « servir » et « contempler » Dieu. Grâce aux travaux des hébraïsants encouragés par le roi, ces Psaumes^ auparavant « durs d'intelligence », sont mis en lumière,
Clairs, et au sens de la forme première.
Marot en a traduit trente : s'ils sont agréés du roi, il poursuivra cette traduction.
On suppose que cette épître a été composée pour un exemplaire de dédicace manuscrit, car, jusqu'en 1541, on ne voit pas que ces trente psaumes aient été imprimés'. A cette date parut à Anvers une édition du psautier sous ce titre : Psalmes de David, translatés de plusieurs autheurs et principallement de Cle. Marot. Veu, recongneu et corrigé par les théologiens, nomméement par M. F. Pierre Alexandre, concionateur ordinaire de la Royne de Hongrie'^. Cet ouvrage contient quarante-cinq pièces, psaumes ou cantiques, dont trente psaumes traduits par Marot. Il est de caractère nettement réformé. Il a été publié à l'insu de Marot; O. Douen y relève 179 corrections ou altérations du texte authentique de Marot.
Celui-ci devait paraître dans les premiers jours de 1642 (le privilège étant du dernier jour de novembre 1541) sous ce titre : Trente pseaulmes de David, mis en françoys par Clément Marot, valet de chambre du Roy, avec privilège. Paris, Etienne Roffet. In-i6. Ce recueil cdmprend le
1. Lorsque Charles-Quint traversa la France, en 1540, Marot lui offrit aussi un exemplaire manuscrit de ses Psaumes.
2. Cf. O. Douen, t. I, p. 3i6. Un exemplaire de cet ouvrage se trouve à la bibliothèque de la Société d'Histoire du protestantisme français, où j'ai pu le consulter grâce à l'obligeance de M. N. Weiss.
privilège, la dédicace au roi François I", les quinze premiers psaumes de David et quinze autres pris au hasard, semble-t-il, dans le Psautier. Au-dessous du titre de chaque psaume, Marot a donné, en vue du chant, l'indication du nombre de versets dont se compose la strophe : Pseaiilme premier, à deux versets pour couplet à chanter; Pseaulme second, à deux couplet^ différents de chant, chascun couplet d'un verset, etc. Mais il n'y a point mis de musique, ni même d'indication de « timbres », c'est-à-dire d'airs à chanter.
Cette publication, retardée depuis iSBg, nous ignorons pour quelles raisons, ne paraissait pas en temps opportun. De nouvelles mesures de rigueur se préparaient contre tout ce qui sentait l'hérésie. Le i" juillet 1542, le Parlement de Paris prenait un arrêt « contre les livres contenant doctrines nouvelles et hérétiques ». Le 3o août, le roi enjoignait aux Parlements de poursuivre les hérétiques « comme séditieux et conspirateurs occultes contre la prospérité de l'Etat, laquelle dépend principalement de l'intégrité de la foy catholique » [Catalogue des actes de François I", t. IV, n° 12709). Marot s'enfuit à Genève.
Il était, en effet, prudent pour lui de se mettre à l'abri des persécutions de la Sorbonne. La dédicace au roi ne suffisait pas à protéger son livre contre les théologiens. A peine avait-il paru que les réformés l'adoptaient. Une édition en était donnée « à Rome, par le commandement du pape », disait le titre; en réalité, à Strasbourg, par les soins des réformés. La même année, une autre parut à Genève et dès lors le chant des Psaumes de Marot fut régulièrement établi dans l'église de cette ville'. Cette adoption du Psautier de Marot par les Calvinistes donnait à la Sorbonne un motif pour le condamner. En 1542, elle prohiba quatre éditions de psaumes en français que Duplessis d'Argentré énumère dans sa Collectio judiciorum, t. II, p. i34 et suiv. Elles y sont désignées d'une