I. Cf. éd. Jannet, t. IV, p. 64 et suiv
Telle quelle, elle eut un très grand succès. On en compte vingt-sept éditions, de 1641 à i55o'. Sans doute, les passions religieuses expliquent en partie la faveur dont jouirent ces psaumes; du jour oii certaines églises réformées les eurent adoptés comme un livre de cantique, ils étaient appelés à une très grande divulgation. Mais on chantait les Psaumes de Marot en dehors des temples et des assemblées huguenotes; les courtisans, les dames et gentilshommes les fredonnaient à la cour de France et à la cour de Navarre. L'école poétique qui succéda à celle de Marot les a loués pour leur valeur littéraire^. Etienne Pasquier, qui reflète assez justement l'opinion des poètes de la Pléiade, écrit qu' « entre ses traductions, Marot se rendit admirable en celle des cinquante Pseaumes de David »^. La vocation lyrique de Ronsard eut pour point de départ la vogue du Psautier de Marot : ce fut pour rivaliser avec le poète en faveur, dont les Psaumes étaient chantés à la cour, que le jeune gentilhomme vendômois entreprit, pour ses débuts dans la poésie, d'imiter Horace en français*.
Pour comprendre les raisons de ces succès des Psaumes il convient d'apprécier leur originalité par rapport aux traductions antérieures ou contemporaines. On peut prendre, par exemple, comme terme de comparaison, les psaumes qui se trouvent dans les Heures de Nostre Dame de Pierre Gringore^. Nous rappelons que cet ouvrage eut, lui aussi, les honneurs de plusieurs éditions; quelques psaumes traduits par Gringore figurent dans un recueil manuscrit (Bibl. nat., ms, fr. 2336) qui devait servir de