‹ Comment Marot entreprit et poursuivit la traduction des psaumes de DavidChapitre 9 sur 19 · Cf. Ronsard, éd. Marty-Laveaux, t. IV, p · texte numérisé non relu

Cf. Ronsard, éd. Marty-Laveaux, t. IV, p

2. Cf. Les Marguerites de la Marguerite des princesses, éd. F. Franck, t. III, p. 90. Cf. encore p. 84, Pensées de la royne de

versification des Psaumes à des cadences de chansons vulgaires. C'est en empruntant des rythmes populaires qu'il a opéré cette révolution rythmique dont on lui fait honneur aujourd'hui et qu'il a renouvelé les formes lyriques de la poésie littéraire.

Au reste, si modeste que fût son premier essai de traduction d'un psaume, Marot était loin de le considérer comme négligeable. Il en a même donné une édition spéciale sous ce titre : Le VI Pseaulme de David, qui est le premier Pseaulme des sept Pseaulmes et translaté en françoys par Clément Marot, varlet de chambre du Roy nostre sire, au plus près de la vérité Ebraicque.

Il existe de ce petit in-S» gothique de 4 folios un exemplaire appartenant à la Biblioteca Colombina de Séville. Il a été étudié par H. Harrisse dans un article de la revue Le Livre, de mars 1886, intitulé La Colombine et Clément Marot ^ . La question qui a intéressé Harrisse est la suivante : cet opuscule porte, de la main de Fernand Colomb, neveu du grand Colomb et collectionneur de livres, la mention suivante : « Este libro costo medio dinero en leon por agosto de i525 y el ducado vale Syo dineros. » [Ce livre a été acheté un demi-denier à Lyon en août i525 et le ducat vaut 370 deniers.] On voit la portée de cette note pour la biographie de Marot et l'histoire de son œuvre, si la date i525 est exacte. Mais Harrisse a montré qu'en août i525, Marot ne pouvait pas être valet de chambre du roi. Il ne le devint qu'à la mort de son père, dans l'été de i526. La date i525 sur l'exemplaire de la Colombine est donc erronée : il faut lire i535, date à laquelle Fernand Colomb acheta d'ailleurs d'autres livres à Lyon.

Cet opuscule, acheté en i535, a-t-il été publié à cette date? H. Harrisse pense qu'il est antérieur à i533. Il en

Navarre, estant dans sa litière durant la maladie du roy, sur le chant de : Ce qui m'est deu et ordonné. I. P. 65-74.

lO COMMENT MAROT ENTREPRIT ET POURSUIVIT

voit la preuve dans le texte de la première strophe. Le premier verset : « Domine ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me », y est traduit ainsi :

Je te supplie, ô Sire, Ne reprendre en son ire Moy qui t'ay irrité, N'en ta fureur doubtable Chastier moy coupable Qui pis ay mérité.

Or, le texte imprimé dans le Miroir de l'âme pécheresse (i533) porte :

N'en ta fureur terrible Me punir de l'horrible Tourment qu'ay mérité.

Ce texte est celui qui figura plus tard dans la Suite de V Adolescence Clémentine (i534) et dans toutes les impressions suivantes des œuvres de Marot. C'est le texte définitif. Celui de l'opuscule de la Colombine l'avait précédé et il a été postérieurement condamné par Marot.

On remarquera dans le titre de l'exemplaire de la Colombine que Marot recommande son poème comme translaté... au plus près de la vérité Ebraicque. De même, l'édition du Miroir... porte : translaté en françoys selon l'hébrieu. Est-ce à dire que Marot connût l'hébreu, ou qu'il fût capable de juger du rapport de sa traduction avec la vérité hébraïque ? — C'est la question de sa culture littéraire et de son érudition que nous sommes amené à examiner maintenant.

Marot a maintes fois avoué qu'il n'était pas érudit'. Ici, il accuse les « régents du temps jadis » de lui avoir fait

I. Sur cette question, voir H. Guy : De fontibus Clementis Maroti poetœ (1898), ouvrage auquel nous avons déjà emprunté quelques indications sur les sources scripturaires de Marot.

perdre le temps de sa jeunesse '. Ailleurs, dans la préface de sa traduction des Métamorphoses d'Ovide, il laisse échapper cette phrase : « La gravité des sentences et le plaisir de la lecture [du texte d'Ovide] [si peu que je y comprins) ont espris mes esprits 2. » Dans l'élégie XVI adressée à Marguerite de Navarre (1527), il énumère les livres auxquels il se complaît : la Légende dorée ^ Alain Chartier, Lancelot, le Roman de la Rose^ Valère Maxime, Orose^. Évidemment, ce ne sont pas là de savantes lectures.

D'autre part, non seulement son ennemi Sagon lui a reproché son ignorance, mais un de ses amis, le jurisconsulte Jean Boyssonné, nous apprend qu'il ne connaissait pas le latin. Dans une lettre à un certain Jacques de Lect au sujet d'un dialogue intitulé Antileguleitas, dans lequel celui-ci avait introduit Marot dissertant sur l'usage du latin et sur des questions de droit, Boyssonné fait ses réserves sur le choix de Marot comme personnage de ce dialogue : « In primis non placet quod Clementem Marotum introducis tractantem forensia et de latinis sermonibus disserentem, quando Marotus latine nescivit...*. » L'assertion de Boyssonné est nette : Marot ne savait pas le latin. Mais doit-on la prendre à la lettre? Boyssonné appartenait au monde de ces jurisconsultes érudits, disciples de Budé, qui, fort versés dans les lettres anciennes, très délicats sur la qualité du latin dont se servaient leurs contemporains, traitaient volontiers d'ignorants de la langue latine tous ceux qui n'en avaient pas une connaissance précise et puisée à bonnes sources.

En fait, si Marot a perdu sa jeunesse par la faute de ses régents, il n'a jamais cessé de travailler à réparer les lacunes de son instruction première. Il a pratiqué l'exer-

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