‹ Comment moururent les rois de FranceChapitre 10 sur 40 · COMME^T MOURURENT · texte numérisé non relu

COMME^T MOURURENT

CHARLES IX t 1574

Quelle antithèse : ce bandit sanguinaire était un poète de délicate et élégante envolée, comme son grand-père François I", l'écarteleur de Montecuculli et le rôtisseur de l'érudit Etienne Dolet : pourtant, il avait les goùls vulgaires d'un artisan et d'un boucher. Il s'occupait à forger des cuirasses pour user ses nerfs. Tels, Charles- Quint, à l'ombre du monastère de Saint-Just, s'appliquait, avec l'aide de Giovanni Torriani, à construire des horloges ; Louis XVI, le pacifique, fabriquera des serrures et le vandale Guillaume le Manchot, a choisi le métier de relieur, « choix, dit J, Hoche, qu'on attribue au don littéraire dont il aurait hérité de sa mère » et que nous rattachons à sa bibliomanie et surtout à son infirmité limitant son choix.

A l'antithèse ci-dessus, rattachons cet autre contraste singulier : c'est de la nation la plus barbare du globe que sont sorties les plus grandes gloires de la musique, laquelle — ô ironie de la nature! — adoucit les mœurs! « Les Allemands, observe Michelet, sont d'excellents soldats parce qu'ils sont d'excellents musiciens > ; et il explique cet ingénieux aperçu en affirmant que « l'usage des trios et des quators, de la musique côte à côte, leur donne la rectitude du mouvement, l'habitude des ensembles et le goût de la discipline.» La ligue des patriotes, ajoutent les Quotidiennes d'où nous tirons ces détails, n'aurait pas songé à cela, et il serait vraiment piquant qu'on se mît à faire des petits solda-ts, dans les familles de France, par des applications de leur divin Mozart, de leur Beethoven et de leur Schumann, — piano, violoncelle et violon.

Revenons, non pas à nos moutons, mais à nos loups

couronnés. Charles IX, en dehors de sa forge, ne pense qu'à la chasse, au plaisir de massacrer des êtres animés Il commence par des quadrupèdes inoffensifs, les cochons, les ânes qu'il rencontre sur son chemin et finit par chasser l'homme à l'arquebuse. Dioclélien commença par décapiter des mouches.

Un .scélérat qui, de sang-froid, fait exécuter le massacre de la Saint-Barthélémy, à l'instigation de sa mère, et qui est venu s'en faire gloire devant le Parlement, est fort capable d'avoir participé Ini-mème aux tueries. Brantôme, qui atteste cet exploit cynégétique, le tenait directement de l'entourage du roi. Qu'importe la fenêtre, avec ou sans balcon?

Contraste curieux. Ce farouche « sadique cérébral », qui doit sa rigueur au sang italien de sa mère, a eu pour précepteur et grand aumônier le doux Jacques Amyot; tel Néron eut Sénèque le philosophe et Pétrone, « l'arbitre des élégances ».

Auprès des femmes, quoique atteint de tuberculose pleuro-pulmonaire, il était plutôt sentimental que sensuel. Il aima platoniquement Marie Stuart et, avec tendresse, Marie Touchet qu'il dévirgina et qui le lui rendit, s'il faut en croire Bassompierre. (Cf. D' Nass, les Névrosés de l'Histoire).

On en fit encore une victime présumée des excès vénériens, voire du poison. « Il mourut de Diane et de Cythère », rabâchaient ses contemporains, c'est-à-dire d'avoir sonné de la trompe à la chasse et trop chevauché les trompes de Fallope de Marie Touchet.

D'autre part, Michelet — qui l'eût crû? — est en tête des partisans du poison que lui aurait administré sa mère ou quelque huguenot. On accusa môme ce loyal A. Paré, lequel s'était converti par bonté d'âme, pour faire plaisir à son roi.

Ouvrons encore une petite parenthèse pour signaler à notre confrère, débordé par ses publications para-

médicales, la répétition du même emprunt dans ce chapitre. Pages 331 et 338, il reproduit onze lignes de citation qui a trait à la tentative d'empoisonnement du chirurgien du roi, à Rouen. Il se répète deux autres fois, dans cette même étude pp. 321, 363 et pp. 327, 348. C'est le moment d'utiliser les ciseaux du « citaleur » ou du « glaneur s, mais pour élaguer :

Ajoutez quelquefois et souvent effacez.

Certes, Charles IX fut empoisonné, mais par le pus virulent qu'il distillait sans cesse, contrairement à la vipère qui est immunisée contre le venin qu'elle secrète.

Les hémoptysies de la fin et peut-être le purpura donnèrent lieu, par extension, à l'invention des sueurs de sang, une vue de l'esprit de l'imaginatif et fanatique d'Aubigné, puis le firent déclarer Ad/no/)Aî7e, c'est-à-dire prédisposé aux hémorragies.

Ces sueurs de sang furent dénommées mal Siamois, auquel fait allusion ce passage de la Henriade travestie :

Il fut pris du mal Siamois, Puis au bout de vingt-quatre mois, Ce qui veut dire double année, Il termina sa destinée.

Or, rien n'est moins démontré que son hémophilie. Ce qui l'est péremptoirement, c'est qu'à la période ultime, cette pourriture humaine, morale et physique, eut surtout des vomissements de pus ou vomique qui l'étouffèrent, à vingt-cinq ans, le jour de la Pentecôte, le 30 mai 1574. Au renouveau, comme Raphaël et François V", la saison fatale aux poitrinaires, contrairement au préjugé poétique et imagé qui les fait tomber avec les feuilles.

Vaugelas, qui créa le mot pudeur, fut aussi étouffé par un flot de pus de vomique, mais à soixante-cinq ans.

LES ROIS Dt: FRANCE 10.'{

M"" Marie Dorval fut emportée par le même mal, au printemps de 1849, le 18 mai, alors que son petits-fils, Georges Luguet, mourut de méningite tuberculeuse, l'année précédente, toujours au milieu de la saison printanière, le 16 mai : la voyez-vous l'implacable hérédité qui fait la nique à la contagion aléatoire et imaginaire, chez les non prédisposés.

L'auteur des Morts Mystérieuses, après avoir consulté inutilement le procès-verbal d'autopsie, fait mourir ce prince de quatre maladies, comme Raphaël : bronchopleuro-pneumonie tuberculeuse du poumon gauche, toute la lyre morbide pulmonaire. Examinons de près ce qu'il en est.

Avant d'ouvrir ce cadavre royal, relevons quelques réflexions gothiques, contestables. Tout d'abord cette observation : « On a souvent remarqué que la scrofulotuberculose va souvent de pair avec l'idiotie 1 » Bone De us !

Rendons encore à notre confrère le service de lui signaler une inadvertance de style : dans cette courte phrase, il a laissé passer la répétition du mot souvent'. Bien au contraire, il suffit de regarder, non pas en l'air, comme dans les Cloches de Corneville, mais autour de soi, pour remarquer: 1° que « les enfants trop intelligents ne vivent pas » et meurent de méningite tuberculeuse. Un dicton populaire a consacré cette vérité psycho-pathologique de tout temps ; 2° que la phtisie donne un coup de fouet qui hâte le développement des facultés intellectuelles et incite à doubler les étapes de la vie psychique, tout en exaltant le sens génésique.

Est-il possibble de trouver une plus brillante phalange d'artistes et d'intellectuels, en dehors de tuberculeux

1. Relevons une autre répélilioa à faire disparaître dans une phrase sur Sainte-Beuve, [ievac. Thér.ipenllque, p. 3240 : « Tout au plus relive-t-on de passagères défaillances, dont il se relevait prompteraent .» Quand on « se pique de littérature, on est tenu à prêcher d'exemple.

avérés, tels : le plus éininent peintre, Raphaël ; la plus belle expression du génie comique, Molière ; le grand initiateur de la littérature au xix» siècle. Chateaubriand, qui fut tuberculeux lors de son voyage en Angleterre (1797-1800) ; notre harmonieux poète lyrique Lamartine qui perdit sa femme, son fils et sa fille, Julia, de la *^uberculose pulmonaire {Chr. Méd.), encore un exemple d'hérédité et certes pas de conlac/ion ; — enfin, le plus grand génie militaire, Napoléon l"' ?

Ajoutons à la liste des « idiots » de marque, avec l'aide du D' Callamand, les écrivains Spinoza, la Boétie, J. du Bellay, G. Rodenbach, Jules Laforgue, Albert Samain ; les artistes Schubert, Chopin, Benjamin Godart, Bastien Lepage, etc. Sans oublier le général Hoche, les médecins Laennec et Grancher et encore Millevoye, Spinosa, Schiller, Watteau, et plus près de nous, Rachel, Garnier, l'architecte de l'Opéra, Glatigny, Laroumet, Brunetière et bien d'autres.

Mais il faut savoir se borner.

Prolixité c'est vice malduysanl

nous dit, avant Boileau, un vieux poète du xv° siècle, Guillaume Lesueur.

Nous savons bien que Moreau de Tours a soufflé cette idée malheureuse à notre confrère et l'a retourné comme une crêpe, après avoir critiqué avec justesse les aliénistes fort sujets à caution : tant il est vrai qu'il es^ dangereux de croire et de mécroire.

Autre hérésie médicale. Parmi « les stigmates de dégénérescence » de Charles IX, on cite « les mouvements convulsifs de la face ». Ah ! laissez-nous rire avec les joyeux « dégénérés » Georges Duval et Ernest Feydeau- Ces auteurs dramatiques et comiques ont effectivement des tics accusés de la face, sans compter un grave professeur de l'École de droit, M. Ch..., qui rira follement

de cette facétie neurologique. Napoléon I" n'avait-il pas aussi un tic de la bouche, de gauche à droite ? Léon Tolstoï lui fait dire : « La vibration de mon mollet gauche estsignificative chez moi.» Il élevaitsouvent l'épaule et le bras du côté droit... Le vibrant et intelligent Got, de la Comédie française, avait un tic, assure M"° E. Leroux, qui consistait à pousser de la langue la muqueuse de ses joues. ^

Certes, si le larmoyant Jérémie eutentendu cette assertion d'aliéniste, son exclamation plaintive favorite se fut changée en cri d'hilarité : « Ah ! Ah ! Domine Deus ! »

Revenons à l'ouverture de la monstrueuse charogne que A. Sorbin, — bien surnommé de Sainte-P'oy, — auteur d'une Histoire du rog 1res chrétien Charles IX (1574), qualifie de « débonnaire »! Jusqu'à quel degré de platitude peut s'abaisser un historiographe courtisan ! De même l'indulgent et bien pensant Moreri, dans son Dictionnaire historique, appelle l'abominable massacre de la Saint-Barthélémy un simple « désordre », tandis que la Convention gratifiera le charlatan médecin Marat, pourvoyeur de la guillotine, du titre de « l'homme vertueux »! et le savetier geôlier, la brute alcoolique, Antoine Simon, fils d'un boucher de Troyes, d' « instituteur » du Dauphin. Tout est relatif. Chateaubriand ne s'étonne-t-il pas de la quantité de larmes — de crocodile apparemment — que contient l'œil des rois?

Le procès-verbal d'autopsie donne ces détails : « Poumon gauche en putrilage, adhérent à la paroi thoracique, on y trouve une vomique rompue », provenant d'une pleurésie purulente de la grande cavité pleurale et non pas interlobulaire, en raison de son abondance»

« Poumon droit, pourri dans sa partie supérieure et rempli d'une humeur se rapprochant du pus. » Les expressions « en putrilage » et « pourri » impliquent la présence d'ulcérations et de cavernes tuberculeuses.

Quant au « volume considérable » du poumon droit.

attribué à une broncho-pneumonie, il ne faut pas oublier que le volume de ce poumon, à trois lobes, est toujours supérieur à celui du gauche, qui n'en a que deux pour recevoir le cœur.

En résumé, Charles IX était atteint de tuberculose pulmonaire chronique, plus avancée du côté gauche, contre la règle, et succomba à une vomique provenant non pas d'un abcès du poumon, cas rarissime, mais d'une pleurésie purulente.

Accessoirement, il pouvait exister de la bronchite et des foyers épars de congestions qui ont pu accélérer le décès sans le déterminer. En résumé, la cause efficiente de la mort doit être attribuée scientifiquement à une vomique de pleurésie purulente, de la grande cavité pleurale.

«. L'irruption du pus dans les bronches, écrit Dieulafoy, détermine souvent une angoisse de l'asphyxie ; Moutard-Martin a même cité des cas de mort. » Ajoutons celui de Charles IX. Mais la mort n'est certes pas due à une broncho-pneumonie entée sur des lésions avancées de tuberculose pulmonaire : c'est prendre l'effet pour la cause, l'accessoire pour le principal.

Faut-il ratiociner au sujet de l'empoisonnement de Charles IX par sa mère? Ce n'est pas qu'elle en fût incapable, bien au contraire, Michelet, qui défend ce ragot, s'appuie sur une lettre de Catherine aux échevins de Paris, où elle annonce la guérison prochaine de son fils, peu de jours avant sa mort.

Chacun sait que, vers les derniers jours des phtisiques, il se manifeste une sorte d'anesthésie généralisée, par demi-asphyxie, qui fait éprouver au malade un certain bien-être et lui donne l'illusion d'une guérison prochaine, que partage facilement son entourage. Mais le chaste auteur de l'Amour et de la Femme, qui vivai retiré au milieu des bois de Vélizy, avait le culte de la femme, parce qu'il ne connaissait rien de la mentalité

du sexe mythomane. Or, la femme est vouée au mensonge, depuis son premier balbutiement, jusqu'à son dernier soupir et se ment... à soi-même ; elle prend sans cesse ses désirs pour des réalités. Catherine, en écrivant cette missive à M. de Matignon, se faisait doublement illusion et comme femme et comme mère.

HENRI 111 t 1589

La cause de sa mort (plaie pénétrante de l'abdomen et de l'iléon), due au couteau du peu clément, Jacques Clément, est bien connue et ne soulève que quelques réflexions accessoires; elles n'en sont pas moins intéressantes à consigner ici.

Un historien médical et quelque peu nécromancien assure que ce prince « était organisé pour vivre très vieux », malgré l'avarie contractée en Autriche, lors de sa fugue de Pologne, et la tare scrofuleuse de sa famille : ses frères François II, Charles IX et François duc d'Alençon, sans compter le grand-père François I", tuberculeux de haut en bas et une des sœurs de Henri II qui mourut poitrinaire.

Un candidat à la tuberculose par hérédité et un lauréat de la syphilis, « épuisé par les excès de toute nature >, ne pouvait être « organisé pour vivre très longtemps ». Catherine, tout aussi perspicace, écrivait à M. de Matignon, à propos de Charles IX : « Il est à présupposer que, sans les violens exercices, il étoit pour vivre longuement. »

On a fait, en outre, de cet homosexuel un aliéné, digne du cabanon, comme de Charles IX, un fou, en raison de ses hallucinations et de ses cauchemars. Que de déments ou panaphobes, couronnés ou non, sur notre planète I

Le monde est plein de fous et qui n'en veut point voir Doit s'enfermer tout seul et casser son miroir.

Pour le D' Nass, Henri III n'était pas « un inverti-né Nous pensons, au contraire, que comme presque loi

nos monarques, dits « français », qui sont des étrangers par leur mère espagnole, autrichienne, allemande, italienne, etc., ce prince était un italien pur sang et en avait les goûts dépravés.

Nous ne partageons pas non plus l'opinion de notre excellent ami et collaborateur, sur « l'impuissance précoce > du personnage éminemment sadique. Cette tare ne concorderait pas avec l'activité génésique qu'il lui fallait déployer pour satisfaire son épouse, sa favorite, ses mignons et autres caprices.

D'après Michelet, cité par l'auteur des Névrosés de l'Histoire : « Il ne recule pas devant l'inceste avec sa sœur Margot, la volage épouse du roi de Navarre, qu'on disait un tronc public qui recevoit toutes les offrandes. »

Nass note encore sa zoophilie : il aimait les petits toutous, comme sa bonne mère (bonne pour les animaux s'entend), et, avec les psychopathes, notre confrère y voit un signe de dégénérescence, Richelieu, et bien d'autres zoophiles précités, par son amour des petits chats, était donc un dégénéré ? Qu'en pense notre grand historien Gabriel Hanotaux ?

Sa mère, Catherine de Médicis, le précéda dans la tombe, la même année 1589, enlevée vraisemblablement par un athérome goutteux ; Henri Bouchot admet une pneumonie. Nombre d'historiens, sans jugement, attribuent sa mort à une fièvre violente causée par les remords. Ils ignorent ou oublient que le sexe mythomane, ne se reconnaissant aucun défaut physique ou psychique, est inaccessible au remords, parce que dépourvu de conscience 1

La duchesse d'Urbin,sa mère, mourut en lui donnant le jour, apparemment intoxiquée par ce produit pestilentiel de la conception. Soyons sérieux. L'auteur des Indiscrétions de l'Histoire reconnaît que « les renseignements sont trop vagues pour autoriser une ferme con-

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