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LOUIS XI

En octobre 1919, le Journal des Praticiens et YHygia publièrent des considérations optimistes sur « le bienfait des hémorroïdes », où le D' Henri Leclerc s'élève contre la tendance des chirurgiens à abuser de leur ablation. Notre confrère soutient qu'il est des cas où, « sans voir en elles un don de la Providence, on ne peut nier qu'elles ne représentent une sorte de soupape de sûreté, un exutoire bienfaisant destiné à drainer, dans les lacs sanguins constitués par les veines dilatées de l'extrémité inférieure du rectum, le trop-plein de la pléthore abdominale. Et l'auteur fournit une abondante énumération de tous les patients qui pourraient à bon droit crier : « Vivent les hémorroïdes ! »

Il invoque le témoignage et l'autorité de nombreux chirurgiens, dont le D"' Quénu et le D' Tuffier, qui recommandent de retarder l'intervention chirurgicale chez les gens à artères suspectes. Le professeur Tuffier, dans ses leçons cliniques, a cité le cas d'une nerveuse opérée, sujette ensuite à des accidents névropathiques d'une telle envergure, qu'elle s'en vint supplier le médecin de faire revenir ses hémorroïdes.

Louis XI a souvent recours à l'hagiothérapie ', c'est-à-dire à l'intercession des saints guérisseurs. De 1462 à 14^1, il invoque les saints préposés à la guérison des hémorroïdes et de tout flux de sang : sainte Marthe do Tarascon, saint Bernardin, saint F'iacre, etc. En 1469, il harcèle de prières inutiles les spécialistes célestes des fièvres palustres. Vers la même époque, il prend du fumeterre,dit l'hsrbs à h jaunisse. Avicenne conseillait en vain cette plante contre l'épilepsie.

Dérouté par la série de calembours sur le cadavre de Louis XI, nous avons avancé, à tort, que notre confrère Cabanes, « semblait croire » à l'épilepsie admise par les médecins de la cour (et par Brachet), alors qu'il les trouve seulement « excusables d'avoir pris des ictus apoplectiques pour des ictus épilepti~ qnes ». II y a effectivemement une nuance entre ces opinions.

Rappelons, toutefois, qu'un ictus apoplectique d'une congestion cérébrale est rarement suivi de paralysie passagère, maia est parfois associé à des convulsions épileptiformes qui ont pu, si elles se sont produites, égarer les archiatres.

1. Du Bric de Segange. Les Saints patrons et proleetenrs des maladies. D' Félix Brémont. Les Saints guérisseurs .

L'adminislration de poudre d'os d'élan, indiquerait, de par la médecine des signatures, que le prince traînait la jambe et ne pouvait plus prendre son élan, symptôme qui plaiderait en faveur d'une hémorragie cérébrale, ayant déterminé une hémiplégie avec parésie de la langue ; mais cette conjecture ne concorde pas avec les idées thérapeutiques singulières de l'époque, que nous retrouvons en vigueur encore à la fin du xvii" siècle. Pomet, en 1694, note que la corne du pied gauche de Telle ou élan se donne contre les convulsions, parce que cet animal est sujet à tomber du haut-mal, « et aussitôt l'attaque, il met le pied gaucho dans son oreille gauche pour se guérir « ! Geste d'ailleurs impossible à réaliser dans î'épilepsie, puisque, au début de la crise, se manifeste la perte de connaissance.

En 1479, Commynes mentionne l'achat, par le roi, de trois mâles et trois femelles, sans indiquer l'usage de leurs ongles gauches dans I'épilepsie ou maladie d'Hercule. Serait-ce par discrétion, comme le supposent, pour le besoin de leur cause, les partisans du mal comitial?

Brachet admet, chez Louis XI, I'épilepsie, le morbus sacer, qui ne fut signalée que par Robert Gaguin, son ambassadeur auprès de Maximilien, vers 1480. Il relata le mal comital, commilialis morbo, par ouï-dire, car il ne fut jamais témoin d'une crise. Commynes, qui couchait dans la chambre du roi, ne parle jamais de cette affection à récidives, « pour éviter, suppose Brachet, l'humiliation qui s'attache à cette tare ». Et pourtant, son historiographe note ses attaques d'apoplexie, que Gaguin et d'autres ont pu confondre avec des crises épileptiformes.

Notre aliéniste appuie sa conjecture sur la prière que le souverain adresse à un ecclésiastique, pour obtenir d'un saint guérisseur la grâce d'une fièvre quarte, laquelle, assure-t-il, «seule, a la puissance de le délivrer d'une maladie tenace », qu'il ne nomme pas.

Hippocrate dit bien que cette fièvre, la plus forte de toutes, guérit la plus longue des maladies, I'épilepsie. Ce qui est d'ailleurs faux. Brachet infère, de la réticence du roi et de l'autorité hippocratique en défaut, qu'il s'agit en la circonstance d'un « aveu d'épilepsie ». Et beaucoup plus tard, au xviii" siècle', la fièvre quarte passe encore pour guérir I'épilepsie, qui partage cette propriété avec les maladies de peau, la gale, le flux des règles et des « tenaces » hémorroïdes, dont notre souverain

1. Excretiones cntanex, scabies, nec non hœmorroïdum et mensium ftaxus e( quirtana febris epilepsiam solvnnt. (Ludwig, Ord. Med. Acad. Leipzig, 1758, p. 34.) Au ant de mots, autant d'hérésies médicales.

benêt était incommodé et obsédé depuis l'âge de vingt-cinq ans.

En outre, on traite sa psychonévrose par des distractions, danses et musiques, sous ses fenêtres à Plessis-les-Tours. Bernard de Gordon, dans son Lillinm médicinœ, conseille les sons de musique douce, car sonus maximus donne l'épilepsie.

Le 19 novembre 146S, au retour de sa ridicule et dangereuse entrevue de Péronne, Louis XI fait opérer une razzia de cerfs, biches et grues et ordonne de prendre à Paris « toutes les pyes,^ jays, chouettes encagés », pour égayer ses parcs d'Amboise. Il fait relever l'adresse de leurs propriétaires et noter ce que les oiseaux jaseurs savaient dire : « Larron ! Paillard ! Filz de pulain,va hors, va! Perre te donne-moi à hoire. » Pehrette faisait allusion à l'humiliation de PERRONXE et à PERRETTE de Ghâlons, depuis longtemps maîtresse du roi. Tous les historiens ont considéré cet incident comme des représailles du roi envers les Parisiens, pour se venger de leur ironique réception. Brachet, à l'aide de sa perspicacité d'aliénisle, y découvre un signe de « cleptomanie », chez un névropathique.

Monod, dans son Cours d'histoire, et beaucoup d'autres historiens, métamorphosent les pies en PERRoquets, ce qui a l'avantage mnémonique de rappeler PEBRonne, mais il n'y en avait point, paraît-il : les chouettes, les grues et les quadrupèdes n'étaient pas des animaux loquaces.

Il semble donc que ce n'est pas en raison de leurs cris séditieux que lo souverain s'appropriât les oiseaux « railleurs », puisqu'au lieu de leur faire tordre le cou, il les installe dans ses parcs, mais oublie de les payer, en avare fieffé qu'il était.

Et pourtant I'k asper et vehemens » Louis XI, dans une circonstance analogue, fut plus vindicatif : « Dauphin, rapporte Brachet, au siège de Dieppe, il fit pendre toute la garnison parce que, la veille de la prise, des soldats avaient fait (avec leur siège), à son adresse, du haut des remparts, quelques gestes d'une scatologie inoffensive », apparemment au clair de la lune, ou mieux des lunes.

Vers la fin de sa vie, il acheta « des chiens de tous les pays,, des petits lions, des chevaux de Naples, des rennes et des belles du Danemark». De ce fait, le même aliéniste s'empresse d'ajouter à ses névroses une nouvelle étiquette pathologique, celle de « zoophilie ». Commynes dit que le roi agit ainsi, « pour se faire craindre de ses voisins et montrer qu'il était plein de vie et de joie », mais dès que les animaux étaient arrivés, il n'y faisait nulle attention, « car c'estoit sa fin, et le faisoit pour ceste cause ». Donc pas de zoophilie, signe de dégénérescence.

2i2 COMMENT MOURURENT

Pour le même motif, en 1478-1479, il opère des achats extravagants de fourrures et vingt-deux chapeaux, à 700 francs chaque. Brachet, derechef, lui applique deux nouvelles tares de dégénéré : la « mégalomanie » et la « coUectiomanie » 1! Il revêt des robes de satin cramoisi fourrées pour « épater le bourgeois ».

Aux divertissements champêtres sous ses fenêtres, son médecin Coictier ajoute l'usage du sang humain, « pour rechauffer son sang appauvri »,mais on ne dit pas par quelles saignées on l'obtenait. Gaguin, en 1482, parle de « sang do jeunes enfants qu'il but et huma », pour la décrépitude et non pas pour l'épilepsie.Le traitement hématique se pratique encore de nos jours aux abattoirs, pour traiter la chloro-anémie. L'usage de biftecks et de gigot saignants, sont moins répugnants et préférables,

La même année, le roi envoie quérir à Angers, « ung vie de serf ». La poudre de pénis desséché était préconisée contre l'hystérie et non pas contre l'épilepsie. C'est deux ans avant, en 1480, que Gaguin, ambassadeur disgracié, rapporte le « hautmal » du roi : testis unus, iestis nullus.

Il invoque sans cesse les saints guérisseurs de flux de sang (hémorroïdes) et de convulsions: saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Evangéliste et saint Gilles. On donnait le nom de mal Saint Jean et mal Saint-Gilles à l'épilepsie. Ses préférences étaient pour saint Claude, qui, en raison de son nom était le protecteur des claudicants, mais c'était un cumulard qui guérissait les hystériques, les épileptiques et les hémiplégiques, ou boiteux cérébraux, sans compter les goinfres et les alcooliques.

Les excès de table et de boisson du roi lui donnèrent la goutte et son cortège artério-scléreux, avec lésions cardiaques et rénales, déterminant l'œdème ou hydropisie qui le lit recourir, en 1477, à l'intercession de saint Eutrope (eau en trop) de Sainctes. Mais saint Claude était le préféré, on célébrait chez lui tous les jours la messe de ce saint. Le royal glouton le priait pour que son estomac fonctionne régulièrement et « supporte bien vin et autres viandes ».

La procession contre le vent de bise eut lieu le 3 février 1433, l'année de sa mort. Le bon apôtre faisait dire que c'était dans l'intérêt du peuple, s'elïorçant à dissimuler le délabrement de sa santé ; de même les pèlerinages à Saint-Glauda étaient faits, assurait le Tartuffe couronné, à l'intention de la reine et du dauphin.

Brachet se donne beaucoup de peine pour en faire un épileptique. C'était un hystéro-épileptique, un neuro-arthritique.

comme Napoléon I"', mais de « génie » moindre, offrant la trinité pathologique classique : dermatoses, hémorroïdes et goutte. D'après Commynes, il succomba à une série d'attaques d'apoplexie, avec aphasie transitoire. Donc, « lésion cérébrale en foyer, dit Brachet, non rare chez les épileptiques » (il ne veut pas en démordre), mais beaucoup plus commune chez les artérioscléreux. Cette lésion encéphalique était plutôt hémorragique qu'ischémique.

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