LOUIS XVII
G. Lenotre, qui a perdu son temps à réhabiliter la brute éthylique Simon, nous fournira quelques arguments topiques contre les gestes et paroles de ce couple peu intéressant.
Parmi les commissaires, journellement délégués à la prison du Temple par la Commune, l'un d'eux, un intellectuel. Le BcEUF, maître de pension, mu par un noble sentiment d'humanité, eut le courage de se plaindre, sur le tard, des mauvais procédés de Simon et en fut Le Bceuf (pardon dans l'inlérêt de la mnémonie) : il fut exclu du Conseil général de la Commune, le 28 août 1793. Dans le procès-verbal de la séance, pour donner une idée de l'ineptie du milieu ou « bloc », Télémaque est considéré comme le fils d'un roi sans-culotte, le monarque légendaire d'Ithaque, Ulysse !
Quant à la date de l'évasion prétendue de Louis XVII, on la fixe au 19 janvier 1794, jour du déménagement des Simon et on s'en rapporte à la version de l'un des vingt-cinq faux dauphins, Richement, lequel, quinze ans après la mort de la veuve Simon, colporte une des versions de cette effrontée mythomane. Un agent royaliste avait apporté dans la charrette de déménagement un cheval de boisa jupe, lequel dissimulait dans son flanc, comme le cheval de Troie, un enfant, endormi par un narcotique et muet, puis le dauphin, roulé dans du linge sale, prenait la place du cheval libérateur et sortait du Temple, dans la même voiture qui le déposa à la nouvelle demeure des « éducateurs » de l'ex-prisonnier, laquelle se trouvait dans les dépendances du Temple, à vingt toises, soit à quarante mètres environ de la prison, malgré la surveillance qui devait être exercée, avec plus de rigueur, par le commissaire journalier délégué de la Commune, pendant le va-et-vient d'un déménagement.
Et la pauvreté d'esprit des évasionistes admet sans conteste
2i4 COMMENT MOURURENT
que « les commissaires qui avaient donné décharge du dauphin à Simon, ne se seraient aperçu de la substitution que le lendemain et ils ne le déclarèrent pas » !! On croit rêver devant la puérilité d'un tel récit ! « Mais que faire ? » continue l'auteur de ce conte de la mère l'Oie. « Où courir? où trouver Simon ? » Mais à quarante pas, aux écuries du Temple, son nouveau logement.
Et notez que, du jour où l'un des quatre commissaires de la Commune passait vingt-quatre heures de garde, on avait pris soin de murer le jeune captif dans sa chambre, pour faciliter sa surveillance. Combien de gobe-mouches gobent ces niaises histoires à dormir debout I On ne saurait trop répéter, avec Renan, que ce qui donne le mieux l'idée de l'infini, c'est la bêtise humaine !
Regardons et passons... au coeur du dauphin. Le D'' Henry Labonne, au sujet de cet organe voyageur, adresse au directeur du Moniteur Médical, où notre étude critique historico-médicale a été publiée, maints détails, d'un réel intérêt, que nous reproduisons m extenso, en y joignant nos vifs remerciements pour l'encens qu'il nous brûle sous le nez, très flatté de le savoir de notre avis, ainsi que le mordant écrivain, Ernest Daudet.
Notre confrère Wilkowski publie un feuilleton des plus intéressants, j'en conserve précieusement tous les numéros.
Quelle érudition et quel à-propos ne développe-t-il pas dans ses diagnostics ? Cela nous change un peu « de ceux qui n'inventent que ce qu'ils se rappellent ».
Or, je suis de son avis au sujet de Louis XVII qui mourut bien au Temple de scrofulo-tuberculose, en 1794.
Le nombre 14 joue un grand rôle dans l'histoire des Bourbons, si l'on en croit le Magasin, pittoresque, page 328 de l'année 1838, où l'on peut lire: Il Louis XVll mourut, dit-on, en 1794 ». Malheureusement pour le chiffre 14 Louis XVII succomba le 8 juin 1793 et fut autopsié par Pellctan.
Dans mon livre d'or des internes, paru dernièrement, vous lirez à la biographie de Clément Mayet : « Son officine 9, rue Saint-Marc, où officie maintenant, proti pudor .' un vulgaire marchand de vin, était vraiment un salon mondain vers 1872. J'y vis arriver très souvent iVnesi Legouvé, fils de l'auteur du vers fameux :
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois la mère
et Académicien lui-même en 1856 ; il sortait de la salle d'armes, sise rue Saint-Marc et venait se reposer chez l'ami Mayet (mon compatriote d'Issoudun). Les chirurgiens Woillemier et Boguet, l'acteur Sosé Dupais, né à Liège en 1831 et vivant encore aujourd'hui, si je ne m'abuse, étaient également commensaux de ce logis sélect !
Mais j'aurais dû ajouter que Eugène Pelletan, père de feu le ministre de la marine Camille, venait assez souvent dîner à la maison.
te
Certain jour — et c'est en cela que mon récit va se rattacher au titre de cet article me permettant à moi aussi d'apporter une toute petite pierre à l'édifice d'une question qui agite encore les familles royales — Eugène Pelletan me dit, en 1872: « Jeune homme, voulez-vous voir le cœur de Louis XVII, je vous le montrerai, il me fut remis par Pierre, fils de Philippe Jean Pelletan, et je le conserve dans ma bibliothèque. »
A propos d'un article de Ernest Daudet sur la question, je lui écrivis pour lui communiquer ma conversation avec Pelletan et ce remarquable historien me répondit une lettre que je garde dans laquelle il me dit : « Vous êtes dans le vrai et je puis vous informer que le cœur a été remis à la famille royale. »
Ajouterai-je avoir lu dans un livre, que je retrouverai au premier moment de libre, que Louis XVII ne fut pas enterré au cimetière Sainte- Marguerite, mais dans la cour de la prison du Temple.
Suit la lettre confirmative d'Ernest Daudet, publiée par le même périodique :
A propos de la controverse sur le cœur de Louis XVII, voici la lettre de Daudet à notre confrère Labonne :
34, rue Hameljn, XVI«.
Monsieur et cher Confrère,
Je vous remercie du renseignement que vous voulez bien me donner et auquelje puis ajouter celui-ci, c'est qu'aujourd'hui, le cœur de Louis XVII — qu'en effet votre D' Pelletan tenait de son père — a passé dans les mains des héritiers du comte de Chambord.
Ernest Daudet.
Le D' Labonne qui nous, communique cette lettre ajoute :
« Or il sera dit que là encore je puis donner un peu de nouveau :
« L'héritier direct du comte de Chambord, fils de feu le roi de Parme,
voyagea avec moi en Islande, et me confirma ce que le sérieux historien
Daudet m'a écrit. »