Hachette, traduction
traiter en criminel, le confie à la garde d'Hudson Lowe, un véritable geôlier, qui, au dire de Wellington, manquait à la fois (Téducalion et de jugement. C'était un sol (fig. 37). Montholon offre quelques haricots à planter, des blancs et des verts ; l'esprit borné du gouverneur de l'île flaire un complot et en réfère gravement au ministre des Colonies : « Ces haricots verts et blancs ont-ils rapport au drapeau blanc des Bourbons et à l'uni-
Fig. 38. — Hudson Lowe cravaché par le fils du comte de Las Cases.
forme du général Bonaparte, ainsi qu'à la livrée des domestiques de Longwood ? »
Le sentiment de sa responsabilité lui faisait» perdre la tête ». Lord Rosebery reconnaît que « le grand coupable, ce fut le Gouvernement anglais, — par la voix de lord Bathurst, — dont la conduite fut absolument dépourvue de dignité », et, ajoutons, d'humanité.
Citons, en dernier lieu, la digne et impartiale conclusion de
ce noble écrivain anglais : « ... Si Sainte-Hélène rappelle de cruels souvenirs aux Français », — douloureuse épreuve qui n'a fait qu'ajouter un rayonnement suprême à la gloire de l'Empereur, — « bien plus cruels encore sont ceux que son nom éveille parmi nous... »
Epilogue du calvaire de Sainte-Hélène. Le 22 octobre 1822,1e jeune Las Cases, étant à Londres, rencontra le général sir Hudson Lowe, à Padington-Green, au moment où il allait monter en fiacre. Une altercation s'éleva aussitôt, pendant laquelle M. de Las Cases le frappa d'une cravache qu'il tenait à la main (fig. 38).
Après lui avoir infligé cette insulte, il lui présenta sa carte ; mais le général anglais jugea à propos de la rejeter,, sans daigner la lire ; il lui en offrit une seconde, puis une troisième qu'il rejeta pareillement. Cependant, la servante du cravaché, qui était sortie de sa maison, les ramassa et les reporta chez son maître. Le général, au lieu de se conduire en gentleman, en homme d'honneur, déposa une plainte judiciaire contre l'assaillant qui, ne pouvant plus donner la satisfaction qu'on était en droit de réclamer, rentra en France.
Trois ans plus tard, le 11 novembre 1825, à 8 heures du soir, M. E. de Las Cases fut assassiné à Passy, à deux cents pas de la maison de son père : il fut frappé de deux coups d'une arme à double tranchant, l'un à la poitrine, l'autre à la cuisse droite. Deux Italiens, qui disparurent soudainement, furent accusés de cet assassinat, dont sir Hudson Lowe fut accusé d'avoir été l'instigateur. Bornons-nous à signaler la coïncidence fâcheuse qui avait amené, depuis quelques semaines, sir Hudson Lowe à Paris, et qui le fit partir avec quelque célérité, dès que la tentative d'assassinat eût été consommée.
Napoléon, de son côté, ne se gênait pas pour ironiser l'Angleterre, qu'il qualifiait : « une nation de boutiquiers », échange de mauvais procédés. Aussi, fut-il harcelé sans trêve par les traits des dessinateurs humoristes britanniques, dont le plus verveux et impitoyable était James Gilbray, surnommé le Jnvénal de la caricature.
Juste retour des choses d'ici-bas. Dans VAlmanach de la Lanterne, pour 1869, par Henri Rochefort, nous cueillons cet entrefilet moraliste : « On nous écrit de Sainte-Hélène, il y a eu dernièrement grand bal chez le gouverneur de l'île. Une partie des salons avait été transformée en théâtre et on y a joué un charmant vaudeville, mêlé de couplets, intitulé :