LA MATÉRIALITÉ, OU DE L'EFFORT
SepJùrot : Ghesed.
Frucius Spiriius : Benignitas.
Série spirituelle : Dominations.
Onomie Apollonide : Argyrotoxos.
Muse : Melpomène.
Signe : Ecrevisse.
Arcane : Unodénaire.
Œuvre arislique : se plaire a pàtir.
Génie d' Orient : Valmiki.
Génie d'Occident : Raymond Lulle.
La Yolonté pourrait se définir une habitude si lorte que toutes les autres en dépendent. Il s'en faut malheureusement que ceux éblouis par ce mot de vouloir conçoivent bien son essence ; la première difficulté du vouloir, c'est de l'orienter. Savoir ce qu'on veut, envisager les conséquences complètes d'un dessein, être prêt aux surprises mêmes, voilà qu
dépasse un peu l'ordinaire envergure.
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L'activité s'inspire de l'intérêt : il faut donc élever son intérêt pour esthétiser l'activité : et le nneilleur critère des hommes ne se voit-il pas au mobile même.
TiC devoir que l'on se crée, en se reproduisant, par exemple, complique la question ; la famille sera toujours la négation du dévouement à 1 idée : on ne peut satisfaire aux lois du foyer et k celles de la charité, qu'il s'agisse de l'autrui ou de l'au-delà. Mais l'être qui n'a pas charge d âmes et qui borne son souci à lui-même n'a point d'excuse à courir les bagues sociales ou à s'évertuer vers la fortune .
Ceux que j'ai vu regretter cette théorie de la volonté pressentie par Balzac, mais qu'il ne réalisa pas didactiquement, pensaient y trouver des leçons de combat. Vouloir, pour la plupart des êtres, comporte une idée d'action extérieure et dominatrice sur les autres : opinion ancienne et qui ne vaut plus dans nos mœurs.
L'oppression nationale agit abstraitement, on ne saurait même se venger d'une justice : la machine d'Etat obéit au dynamisme de la lorce acquise : on se gare d'une machine, on ne la maudit point. Dans de tragiques cir-
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coiislaiiccs le Mage se souvient des propriétés lorinidahles du vouloir ; mais l'Arisle doit borner son empire k lui-même et régner sur ses sens, son cœur et son esprit, ce qui présente beaucoup plus de difficultés et de mérites que de tenir la place d'un Kaiser ou d'un Izar.
A. LXXXIX. — L'Arisle applique loule sa volonlé à son développement selon HcléaL
Dans les entreprises, on perd souvent tout le fruit de son eflbrt : d'autres volontés stérilisent la vôtre. Ce que Ihomme opère sur lui-même lui reste éternellement acquis ; il s'augmente de chaque vouloir, se complète par chaque mouvement d'ascèse, et ainsi se reconquiert des sujétions originelles et ambiantes, qui pèsent si fort.
A. LXC. — Devant que satisfaire son désir et réaliser son dessein, tAriste examine s'il n'est pas expédient de renoncer le désir et le dessein.
11 démêle ce qui, dans sa concupiscence, ressoit du moment et de la circonstance: une des pires diflicultés du maniement de sol se montre auximpériositésde l'heure : on veut
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avec une extrême force un mince résultat : l'art serait alors de prolonger un peu la réflexion et la boursouflure du vouloir crèverait, nous libérant d'un soin exagéré et sans proportion avec le résultat.
Savoir ce qui nous tient k cœur vraiment et ne pas mêlerles devoirs nés de la suggestion ambiante avec ceux constitutifs de notre personnalité^ l'expérience y suffit ; mais, k chaque nouvelle encontre, il y a comme une violence k se faire pour ne pas se précipiter dans le sens souvent faux où on désire.
A. LXGl. — U indifférence en matière d'opinions est la première condition de paix morale ; la résistance en matière d'idées ambiantes est la meilleure confirmation de notre entité.
Le plus discret des êtres supérieurs est destiné a scandaliser les spectateurs de sa vie : la formule : « 11 ne pense, il n'agit point comme les autres, » exprime l'indignation du collectit devant un qui s'alfranchit de sa tutelle m.orale .
Ne voit-on pas un grand nombre se forcer k des ennuis, k des privations, pour faire comme tout le monde et satisfaire k l'opinion. Les femmes seules gagnent aux ménagements: 1 lionnne doit rompre en visière avec. le col-
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lectif, sinon il devient justiciable de son voisin : le voisin de tout temps a été un imbécile.
A. LXCII. — La pauvreté ne doit être cachée que pour les desseins d'ambition, sinon elle doit être ajficliée et surtout aux yeux des riches.
Un des beaux spectacles de la civilisation, c'est l'être cultivé, l'Ariste, surmontant l'opinion et osant provoquer la vue de sa misère, qui ne mendie pas.
L'argument contre le pauvre intellectuel a toujours été la mise négligée ; elle a en outre l'inconvénient de vous signaler au zèle des gendarmes : l'homme du XIX^ siècle n'a pas le droit de manquer de linge ni de gants, sinon il tombe sous une loi des suspects qui empêche tout ; il Faut à tout prix, pour la défense delintellectualité, que l'Ariste s'oblige non seulement à la propreté, mais à la distinction extérieure.
Les gens ne croient d'ordinaire ni à l'âme ni à l'idée, mais seulement aux manières, et rien n'enrage autant le riche que le grand air du pauvre. Or le riche est la quintaine où l'Ariste doit jouter pour se distraire ; s'il n'en peut mieux faire, s'il n'en tire rien pour l'idéal, qu'il l'humilie.
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Considérant l'honneur qu'il y a dans la [aiuiliarité avecles daïmons, c'est-à-dire les génies, on comprendra aisément que celui qui sort d'un colloque avec Moïse ou Vinci, Lacuria ou Wagner, regarde un peu pitoyablement et le duc et le banquier.
J'aiinsisté sur la dignité extérieure, parce que ce parti d'orgueil une fois embrassé, il nous met al abri de beaucoup de souffrances mesquines.
A. LXGIII. — UArisie ne doit jamais souffrir du jugement Jiamain lorsque ce jugement ne l atteint point physiquement.
Armé contre le dédain des hommes, mon disciple, tu dois être cuirassé contre l'opinion des femmes : ou elles t'aiment, quel que soit ce degré, de la vague dilection au positif amour, et alors tu leur dois une volupté égale au reflet de toi-même qu'elles t'offrent; ou elles ne t'aiment point, et dès lors elles n'existent pas.
Tu leur dois l'attentivité, la clairvoyance pliychologique et le respect de leurs nerfs, c'est-à-dire tu dois acte de leur grâce, de leur valeur d'àme et ne jamais exprimer de désir avant qu'elles ne t'y invitent.
Quant à la galanterie, aux petits soins et à
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radoralion , ce sont de basses simagrées bonnes à seize ans ; la femme n'aime que son maître ou du moins ne caresse que son camarade ; ne prends donc pas d'attitudes servantes devant elles. Si les nerfs leur en disent, elles te trouveront parfait, quel que tu sois : sinon tu serais parfait inutilement.
Cette matière ne comporte ni vertu ni mérite, mais des prestiges et des mirages : plaire ne se définit pas, et parlant ne se légilère; c'est un phénomène plus ou moins spontané dont la raison échappe à ceux qui le subissent.
A. LXCIV. — L Ariste ne doit jamais laisser la cristallisation sentimentale se Jormer en lui avant quelle ne soit commencée chez la femme qui en est l'objet.
Aimer sans être aimé est une bêtise : la femme qui n^aime point ne saurait être bonne ; sa nature se résout par l'entraînement: on ne la convainct pas, on l'actionne ou rien ; et ce n'est pas le principe défensif qui préside seul à ce commandement.
A. LXGV. — La Jemme ne reçoit la lumière nu le plaisir que par transmission nerveuse ; on ne peut rien pour elle, si on ne rémeut point.
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Quel grotesque tableau que celui du soupirant qui n'entend que son propre désir et le répète jusqu'à ce que la lassitude lui tienne lieu d'écho.
A. LXGVI. — L Arisie apporte dans !' amour les mœurs mêmes de r amitié.
Dès lors, la plus grande part des maux passionnels écartés d'un coup, on peut vivre des sentiments nobles et harmonieux.
A. LXCVII. — L'Ariste, averti que F Amour est lajormela mieux voilée delà douleur, apprend par sa communion avec les poètes inventeurs de r amour, ce qui du poème doit être transporté dans la vie, ce qui doit en être banni.
Ce vertige de Tristan et ^^^n//, transporté de l'art tout puissant k la vie si bornée en son pouvoir, donnerait dès le second acte un état négatif et non pas croissant.
Suivant l'analogie, il existe un point différent pour chacun oii la perception cqsse : et telle tension qui nous éblouit, chantée , harmonisée, orchestrée, en réalité produirait de la syncope, de l'hébétude et semblables phénomènes peu décoratifs et très pathologiques.
A. LXGVIII. — Il y a un plan surélevé de la vibration vitale oh F exaltation morale confine à la maladie : il Jant s arrêter un peu en deçà.
Réserver la force de son âme pour aimer l'idéal, réserver la subtilité de son esprit pour le concevoir, et enfin subordonner la vie à ridée, tel est le mode d'afïrancliissement de l'homme.
La souffrance ne présente pas des caractères si précis qu'elle soit uniforme et frappe semblablement sur tous.
A. LXGIX. — Hormis la douleur pliysifjue, toutes les autres dépendent de notre constitution cérébrale.
S'il existait un mode d'infamie qui nous prive de la dignité de citoyen sans entraîner de peines afflictives, nul doute qu'il n'y eût des postulants parmi ceux qui méprisent la chose citoyenne.
Le cérébral n'est atteint moralement (|ue par ce qu'il admet en esprit.
A. C. — Dans les souffrances morales, il y a une part qui est notre ouvrage, le consentement de notre esprit.
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Qu'importe au croyant que le sceptique le raille, qu'importe a Testhète que la majorité sente autrement. Nous sommes les maîtres de nos émotions dès l'instant où nous constituons une doctrine : tout ce qui disconviendra à nos dogmes ne peut faire lever en nous que du dédain,
L'Ariste est celui qui conçoit si fermement quelques vérités que rien ne saurait prévaloir contre elles. Or ces vérités défendent leur chevalier, d'une sorte mystérieuse et puissante.
A. CI. — Les idées sont les forces abstraites émanées du Verbe divin et qui jouent contre la nature et l* instinct de IJiomme la partie idéale de la vie universelle.
Théologiquement les idées sont les filles du Saint-Esprit : heureux qui se fiance à elles mystiquement dès ce monde ; mais, comme en ce domaine l'erreur foisonne et porte d'irrévocables fruits, il faut élire des idées traditionnelles que toute la pensée hurïiaine nous garantit vermeilles, que les plus nobles consciences détendirent et qui se soient symbolisées dans l'œuvre d'art.
Parleur vertu, l'homme se rachète deTinstinctif comme du collectif et s'élève a cette
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liauleur d'inlémérabilitë où le sentiment universel vient se borner devant la pensée d'un individu comme la vague au pied d'un granit. Une lois cette immobilité conquise, a la faveur du silence qui se lait en nous, la voix du divin s'élève, parle et nous initie à l'indéfini qui est pour notre entendement le terme tangible de l'infini.
CONCORDANCE CATllOLinUE
ARCANE UNODÉNAIRE
La mortificalion ne doit pas s'attaquer au corps, instrument k la fois de nos péchés et de nos mérites ; la mortification sera morale et spécifiée dans le sens de notre effort. La haire, le cilice et mille austérités de la vie des saints donnent une piètre idée de leurs confesseurs et directeurs. Quelle apparence que ces êti:3S brûlants d'amour divin aient eu besoin de cas grossiers moyens, plus propres du reste a réveiller la concupiscence qu'a l'éteindre ?
Tant que l'Eglise n'instruira pas le procès des Dominicains d'Espagne et ne réhabilitera pas les Templiers, il y aura un conflit entre elleetla Justice. Il fautque les cendres de Torquemada soient jetées au vent et que Jacques de Molay soit béatifié pour que la raison ésotérique soit satisfaite.
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La culture d'un esprit peut profiter au prochain, mais la mortification physique ne sert point la cause divine, elle témoigne de l'imbécillité ecclésiastique, c'est tout. Saint François de Sales a fort bien dit a ce sujet à ses religieuses :
Avant que de permettre la discipline, je voudrais connaître une dévote moralement disciplinée, et je ne l'ai point vue, même sous les ceintures de crin. »