LA MORT, OU DES RENAISSANCES
Sepliirot : ïiplieret.
Frucias Spiritus : Longanimitas.
Série spiritaelle : Vertus.
Onomie ApoUonide : Apotropœos.
Mme : Erato.
Signe : Vierge.
Arcane : Ternodénaire.
Œuvre aristiqae : aimer la mort.
Génie d'Orient : Dirgatamas.
Génie d'Occident : Albert le Grand.
(( Je te salue, ô Mort, ma pâle sœur, » disait saint François d'Assise mourant ; et le secret de cette sërënitë sera découvert par ceux qui donneront à leur vie un motif d'éternité. Vraiment, qui est assuré de finir le jour où son corps immobilisé froidira, on n'y songe point, on n'a pas de raison pour attendre en tremblant ce dénouement dérisoire ? Mais qui donc est si assuré de finir a la mort ?
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Une affirmation suppose la connaissance entière de l'expérience humaine : le sentiment particulier ne signifie rien en matière aussi universelle et les grands esprits se sont exprimés unanimement sur la question. Quand une idée forme le total de la pensée humaine, il faut la tenir pour juste, ou bien on est
un sot.
L'au-delà de la mort jette un clair-obscur favorable à la vertu : et ce qui tremble dans l'âme d'Hamlet, chacun peut l'avouer dans son âme. Toutefois la mort serait-elle l'aboutissement final de la vie , que le parti à prendre demeurerait le même que la Religion et la Magie conseillent.
Les théodicées orientales ne rejettent pas les châtiments ou la récompense dans l'autre vie : elles enseignent que Thomme reçoit ici-bas le prix de ses vertus ou le dam de ses vices, et les plus ingénus des observateurs ont pu s'en éclairer.
J'ai toujours vu, chez les méchants, une inquiétude, une nervosité et dans la voix et dans le geste : et dans le regard, une angoisse fébrile, qui m'aurait tait demander : est-il malade, s'il n'avait été méchant.
Néron était fort laid, et le baron des Adrcls hideux sans doute ; quels groins que les faces de la Convention, sauf Camille Desmoulins.
ill. COMMENT ON DEVIENT AlUSTE 'j'SiJ
A. CXIV. — Le premier efjct de la laideur morale, c'est la laideur physique.
J'entends pour ceux qui savent regarder, et non pour les niais qui jugent jolie une lille réputée.
Le second effet de la laideur morale, c'est l'antipathie invariablement produite.
Or l'émotion la plus notable de la vie apparaît ce mouvement de l'àme qui pousse invinciblement un être vers nous.
Le troisième effet de la laideur morale, c'est l'obscuration du cerveau.
Voyez l'éclatante bêtise du Mémorial de Sainte-Hélène et toutes les œuvres de militaires. Or, être laid, antipathique et à moitié stupide, forme déjà un lot assez douloureux.
Antithétiquement, j'ai vu l'abbé Lacuria, ce sublime esprit, sans feu, presque sans pain, dans sa pauvre chambre de vieillard : il rayonnait de paix souriante ; j'ai vu la joie sur le visage des Chartreux, des Trappistes^ des Prémontrés.
Croyons ici au témoignage des sens : ce sont ceux qui renoncent qui semblent posséder.
Les banquiers n'ont-ils pas une expression de filles ou de filous traqués, tandis que les
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savants présentent une allégorie vivante de la dignité humaine ?
A. G XV. — Le dam commence avec le crime, et la récompense avec la vertu, immédiatement.
Je sais que cela ne paraît pas ainsi et qu'on va me contredire ; mais celui qui s'oppose à mon assertion est-il assez subtil pour en décider et fait-il les comparaisons nécessaires ?
Je ne connais pas un seul intellectuel qui voudrait vivre la vie de Rothschild, même au prix de sa fortune. Cet homme n'est donc pas enviable, tandis que Texistehce si longtemps martyrisée de Richard Wagner serait souhaitée par des milliers d'êtres et des plus grands.
A. GXVI. — Il y a deux réalités dans la vie : la naissance et la mort; tout le reste dépend de ï intelligence et de la volonté de cette intelligence.
Qui doute des délices du martyre ? Pas un psychologue, j'imagine ! sinon je renverrais aux phénomènes erotiques où la douleur et la volupté se pénètrent et s'unifient si souvent.
A. CXVII. — Uartde vivre réside à modifier sa sensibilité et non sa jortunc ; à s élever en dedans et
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S indijférenciant et non à s'élever enjaii et du consentement général. On ne modifie sa fortune quau détriment de son caractère : on modifie son caractère auprofit de son orgueil.
Calculer ce qui est en nos mains, et augmenter, fortifier cela, en abandonnant le reste : telle la formule de l'initiation. Il m'est arrive, il m'arrivera encore d aller au théâtre à des places inférieures ; mais j'ai fait Bahylone et Promet hée y et Orphée mon orgueil n'en peut pas soulFrir, pas plus qu'il ne souffrait auparavant, puisque Racine et Wagner me parlaient à moi et k moi seul dans ces représentations. La grande affaire n'est pas de venir au Louvre en calèche, mais d'être reçu par les maîtres : qui m'empêchera de croire que le Saint Jean a pour moi un sourire particulier, et que la Samothrace me connaît ? « Le bon sens » répondra : Bonhommet. Je ne cherche en toute chose que le sens du divin. Puis-je être dupe de mes impressions ? La réalité physique existe à peine ; la réalité sentimentale n'existe pas du tout ; j'ai assez de iorce pour la mer et assez de sagesse pour motiver ma négation par les plus grands exemples.
L'effroi de la mort, d'où vient-il ? De cesser
de respirer, de remuer, de manger, de dormir? Von, certes. De cesser de penser et de sentir. Mais tous ceux que j'aime et admire, ceux qui sont mes maîtres à travers les siècles m'ont donné leur parole : j'ai vécu de leurs œuvres, j'adhère à leurs idées. Ce qui m'effraye, c'est le passage, ce moment d'inconscience qui sépare cette vie de l'autre, cette impression passive sous l'autorité du phénomène : je crains de ne plus me retrouver outre-monde. Cependant mes maîtres, les génies et les saints, m'ont appris mon devenir : je n'ai qu'a me souvenir très fortement.
A. CXViil. — Il y a trois morts : la mort ascétique qui nous dégage de la nature et de la société; la mort physique qui nous dégage de l' humanité ; et enfin la mort animique qui nous dégage de la passionnalité .
Celui qui arrive à la fatalité du second passage sans avoir de lui-même accompli le premier, celui qui pleure son corps et sa position sociale, celui-là mourra mal
Cet autre qui, sans être englué aux niaiseries instinctives, n'a pas créé en lui la sentimentalité éternelle, la passion de Dieu, risque encore tout son devenir.
ai. COMMErST ON DEVIENT AUlbTE 2/13
A. CXIX. — Il y a trois renaissances : liniliaiion ou les fiançailles de l'enlité volontaire avec l'idée sublime ;lilliiniination ou le don de spécialité qui résulte du dégagement de toute corporéité ; la subtilisation ou entrée dans la lumière du Verbe qui est l'état de Paradis.
Heureux et bëni, celui qui dès ce monde présente son cœur au rayonnement des chefsd'œuvre et ainsi l'illumine.
Bienheureux et glorifié, celui qui se subtilise en ce monde et aspire à la lumière incréée.
A. CXX. — La loi primordiale des mondes et des êtres ne peut être que la loi d^ harmonie, c est-à-dire la consonnance simultanée du beau et du vrai.
L'honnêteté réduite a elle-même reste incomplète sans vision de beauté ; et la perception du beau ne relève pas du devoir de vertu. Il faut unir la sagesse à l'enthousiasme pour connaître le bonheur avec la paix, la joie avec l'extrême dignité.
De tes pensées, mon disciple, lesquelles répondent au rythme nommé immensité ; de tes rêves, lequel correspond au mode d'éternité? Si Dieu regardait en ton cœur, quel senti-
ment lui pourrais-tu montrer sans crainte ? Voilk la vraie pensée, voilà le rêve réel, voilà le sentiment admirable.
La vie n'est pas plus véridique en ses phénomènes que l'initiation en ses épreuves, ni plus fausse. Catéchumène, v oici un torrent à traverser, un brasier à franchir, et après tu sau teras dans le vide, et enfin le sol se dérobera sous toi, et des fantômes surgiront, la maladie, l'humiliation, la misère, la mort. Trucs et cartonnages que tout cela. Rien n'existe que le Verbe divin et ton esprit, mon frère : et telle est l'infinie miséricorde que les effrois de l'initiation, nécessaires à ton développement, ne te menacent que si tu crains.
Ah ! malheur à toi si tu opposes la vaine prudence à la bonté paternelle du Créateur ; ne te méfie pas de Dieu. Crois que tu n'es pas la dupe d'un esprit fantasque et que tu représentes, même pour ton Créateur, une parcelle de lui-même. Espère en la mansuétude de Celui qui t'a donné la vie ; il te donnera aussi Téternité, si tu l'aimes.
Aimer, voilà le mot magique, le Verbe souverain qui tient lieu de science et de force, et que rien ne saurait remplacer. Aimer, voilà la nécessité, la norme et le salut.
Mais tu n'oses aimer l'absolu ; la distance incommensurable essoullle ton cœur qui s'épuise sans arriver à le sentir.
Voici des miroirs où le regard divin est condensé : les chefs-d'œuvre ; regarde avec ton cœur , regarde avec l'esprit, et tu sentiras Dieu te pénétrer et te caresser même par l'œuvre du génie.
Si tu doutes parfois, relis du Dante, du Platon ; ces trompettes d'immortalité te ren- ( Iront le pas triomphant de l'enthousiaste.
0 ver, né pour former la farfalle éternelle, accomplis humblement tes mutations d'àme ; tu sais lire un contour, une couleur, une sonorité : le livre des secrets est ouvert devant toi et ta seule indignité le pourrait fermer.
Dans cette voie de l'Aristie, la plus douce de celles qui montent, tes pas seront marqués par de croissantes allégresses.
La sainte volupté de l'art, en son indéfini, marquera les étapes de ton ascension, et la mort, cessant d'être un monstrueux épouvantail, t'apparaîtra la pénombre au delà de laquelle commencent la réalité et la lumière.
Mais, retiens-le, pour que ce moment ne soit ni amer ni terrible, emploie toute ta vie à préparer tonimmorlalllé , a devancer ton avenir.
Apprends la langue céleste, apprends les arts angéliques, apprends les lettres divines, afin que. arrivé au seuil de l'au-delà, tu puisses dire aux kérubims merveilleux qui interrogent le mourant : les mots vermeils, les mots essentiels qui ouvrent les portes d'or du palais de pensées où la sainte colombe, d'un battement de ses ailes immaculées, ravit de volupté sidérale les neuf chœurs , les génies et les saints, tes maîtres de la vie et tes augustes frères après la mort.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARCANE TERNODÉNAIRE
Rien de terrestre n'entrera au céleste royaume, que ce soit niaiserie ou pëché, laideur ou erreur. Au séjour de l'absolue perfection seront admis seuls les parfaits ; et cette suprême sélection, l'être conscient : initié de l'âme ou chrétien, initié de Tesprit ou ariste, la commencent en ce monde : vainqueur argument, les biens immédiats qui résultent de ce soin suffiraient, ce semble, à nous convaincre. Notre intérêt actuel comme notre devenir nous persuadent mêmement. Il n'y a point de différence entre ce qui donne le ciel et ce qui donne la paix : ce sont mêmes vœux et même succès. Qui cherche l'un rencontre l'autre : nul ne sauve qui ne s'illumine, nul ne s illumine qui ne soit sayvé ; car les personnes divines s'unissent pour l'œuvre de
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miséricorde ; et Dieu le Fils sauve les intellectuels du Saint-Esprit et le Saint-Esprit rddemptelesanimiques de Dieu le Fils, a l'applaudissement extasié des anges recteurs des mondes et pasteurs d'étoiles sous l'œil du Père.
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