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LA QUALITÉ, OU DE LA PERVERSITÉ

Sep/iirot : Hod.

Fraclus Spiritns : Fides.

Série spirituelle : Archanges.

Onomie ApoUonide : Nomios.

M use : Uranie Signe : Scorpion.

Arcane : Quintodénaire.

Œuvre Aristique : se normaliser.

Génie d Orient : Ezéchiel.

(renie d'Occident: Le Dante.

La perversité est une illusion propre aux jeunes gens et aux femmes, mais elle affecte les êtres cultivés : de la son danger.

Elle est le produit de la personnalité impuissante k se formuler dans la lumière.

L'ouvrage du docteur Nordau ne contient pas que ces épouvantables incompréhensions de l'œuvre Avagnérienne et cette méconnals-

AÎNIPIllTHEATRE DES SCIENCES MORTES

sance de la mysticité et de toute esthétique. C'est un livre fort, s'il y a de la force aux parties d'une exposition erronée en sa formule générale. L'étude du symbolisme vaut de tout premier ordre et le Toltoïsme aussi, la plus déplorable doctrine qui soit née depuis le Sandbya. On a prétendu qu'il servait le néocatholicisme.

Si l'artiste de (( la paix et la guerre » me paraît remarquable, « le court exposé de l'Evangile )) m'inspire une pitié profonde et je refuse son appoint, au nom de l'Eglise qui n a que faire de la démence d'un artiste. Un enseignement qui sort delà c( Dégénérescence » du docteur Nordau : l'heure intellectuelle essentiellement anarchique et l'esthétique n'ont point de règles. Depuis quatorze ans je proclame, vox clamantis in deserto, le retour aux Normes et la méthode expérimentale comme critère de l'artiste; j'ai poussé le zèle jusqu'à instituer un salon idéaliste; on peut donc juger de ma doctrine pertinemment et découvrir qu'elle continue la doctrine de tous les grands maîtres au lieu d être l'invention de mon esprit.

Ce qui m'a fait citer longuement le docteur Nordau. c'est, autant que sa valeur considérable de savant, le danger de sa thèse contre

lit. CO^rVIKNT ON DEVIENT AlllSTE liGy

le niysllcisme. Il croit à l'incompatibililë de la raison et de l'enthousiasme religieux : selon lui, l'exaltation est inséparable de l'illogisme et l'enthousiasme du paradoxe. Il poursuit un idéal d'hygiène physique, et déclare que l'homme sain s'indiffère de la femme dès qu'il ne la désire pas ; il épanclie sa pitié sur les ^vagnérlens dont l'attention, dans l'ardente polyphonie, est attirée par quatre ou cinq côtés à la fois ; cette musique qui promet toujours et ne tient jamais forme des états d'àme de Tantale. Eh bien, M Max Nordau n'est pas esthète, au sens exact du mot : il connaît l'art comme fait de lecture, comme branche de culture, et ne le sent pas.

Le rapport sexuel isolé de l'imagination ne vaut pas d'être perpétré, du moment que ce n'est plus qu'une fonction et qu'elle est inutile a la vie. L'homme qui sincèrement rejette la mélodie inhnie de Wagner ignore la volupté dans sa progression chromatique et partant n'entend plus ni l'art ni l'amour : il présente les mêmes objurgations morales que le cuistre d'église : et comme cette opinion exprime un tempérament, on ne saurait le convaincre.

On rélorme un jugement, on ne déjuge pas une sensation. Rien n'est plus commode et

agréable que de suivre l'entrecroisement des motifs wagnériens et leurs métamorphoses passionnelles : si la musique est l'art de rendre l'indéfini, ce qui n'est douteux pour personne, que vient-on vanter la mélodie carrée, bonne pour les musiques militaires, les carrousels et autres mouvements de foules ?

Si le docteur Nordau me veut permettre de le psychiâtrer un peu, je lui dirai que sa perception nerveuse manque de souplesse et de ductilité et qu'il nous donne pour loi sa propre idiosyncrasie.

Comment une musique peut-elle tenir ce qu'elle promet? Ce serait la comparer à une prémisse de syllogisme : elle nous impulse en un sens qui nous plaît, elle nous émotionne plus agréablement que la vie, et mieux elle prolonge cette émotion, mieux elle nous satisfait. Bellini, par exemple, qui a souvent vingt mesures géniales, aussitôt après nous lait faux bond, et ne continue pas la progression nerveuse déterminée, ce qui est pis que Tantale : la musique saine commence une émotion pour la quitter, dès qu'elle est née. Ce qui a conquis tant d admirations intellectuelles a Wagner, c'est qu'il apporta dans son art la plus grande logique dont il est susceptible :je

déHc d écrire couveiiablemeut et dilléremment une seule page de la Tétralogie et de Parsifal.

Ce que Max Nordau aurait pu plaider, c'est riiiilueuce délétère de certaines œuvres; j'avoue ne pas aimer qu'on finisse une soirée par du Tristan sans que le Parsifal me remette en sérénité et en paix.

11 y a une perversité dans 1 art et nuisible à l'esthète, mais comment en donner acte si on homologue Parsifal et Tristan, le mysticisme et la passion.

A. GXXl — La perversité consiste à attribuer la beauté à un élément de déshannonie, à esthétiser an désordre, à doter un acte mauvais d'une théorie.

On peut dire que toutes les perversités sont des déformations esthétiques ; toutefois^ en face du pervers, il y a Tinstinctif, qui ne vaut pas mieux dans sa brutalité.

Les quatre pièces de Beaudelaire consacrées a Lesbos sont à la fois belles et coupables, tandis que les choses de l'homme de Medan sont laides et défectueuses. L'ordure d'un Armand Sylvestre offense non seulement l'ordre moral comme Tristan, mais en plus l'ordre esthétique ; il y a quelque chose de pis que la perversité : c'est la brutalité et la bêtise.

2yO AMPIllTHEATUE DES SGlEiNCES MOUTES

Or le civilisé tient malle milieu de toute avenue évolutive, sou imperfection veut qu'il penche et prenne parti : les docteurs de la dégénérescence plaident pourrabaisseiTient, je tiens pour la sublimation de l'àme et en belle compagnie.

Ce sixain de médecins et de clmiciens, revendiquant le génie comipe malade, me semble carnavalesque. Pour parler des gens que j al aperçus, Lasègue et Brouardel mie semblent valoir si peu comme étude de l'homme, que je suis étonné de les voir cités, et, dois-je dévoiler toute ma pensée, je ne reconnais pas de valeur psychologique aux médecins : le corps les aveugle comme la couleur le peintre : M. Lombroso est en clinicité un tâchiste^ un pointilliste, et pour tout dire un maniaque ; ses assertions semblent empruntées a une revue de fin d'année dans un théâtre de geiu'e.

Le premier défaut de leur théorème de la dégénérescence, c'est d'aflecter un déterminisme physique k tous les phénomènes de la pensée : et les personnalités et les idées fausses, les mauvais goûts et le paradoxe sont pour eux des maladies physiques. Quehju'un emploie des métaphores inexactes , tel a

une perception inorale un peu vive, il ressort de l'hôpital. Ce sont ces mêmes médecins qui ont si joliment bafouillé en sexualité, ce sontles inventeurs de l'uranisme. Un homme est-il sensible particulièrement a la beauté du sein, ou du bras, ou de la jambe, c'est un malade. Celui qui cherche le clair de lune pour ses baisers : malade ; celui qui s'avise que le coït n'est pas l'essence même de l'amour : malade ! Celui qui se plait aux derniers quatuors de Beethoven : malade encore ! Il n'y a que la brute^ finalement, qui soit saine.

Le savant, comme Max Nordau. a une vision hyperesthésique de la science physique qui lui masque tout le reste ; la métaphysique et la théologie sont bonnes a ses yeuxpour les cerveaux d'enfants, expression extrême, d'essence polémique et sans valeur^ parce qu elle affirme seulement une lacune chez celui qui la profère. Qui niera que l'esprit scientifique peut se réunir avec la croyance théologique niera les faits, les œuvres, et sera un fantaisiste. Pascal, Leibiiitz et New ton croyaient et savaient en môme temps.

Cela m'étonne toujours de faire métier d'esprit pondéré, mais la bizarrerie des autres m'y conduit par réaction. Au lieu d'injurier

les mystiques, les fameux psychiatres devraient dire :

Il y a dans l'humanité civilisée deux grandes familles spirituelles : l'une vit d'idées révélées ou inventées, elle est théologienne et mystique ; l'autre se sustente de faits, ses tendances sont matérielles et de constatation, elle est expérimentale et inesthétique : et comme chacune possède une part de vérité et procède du même principe, l'intelligence humaine , elles se doivent des égards mutuels et se salueront en se rencontrant.

Au lieu de cela, M. Max Nordau éreinte le plus haut représentant mystique, celui qui donnera son nom au siècle, et rétrospectivement il traite d'ignorants tous ceux qui sont morts avant l'histoire de la création de Haeckel ; il ajoute cependant que les siècles futurs verront des rêveries dans les idées actuelles sur l'atome, centre de force moléculisante.

Un savant devrait envisager plus directement la réalité et admettre que nul ne sait tnieux ses besoins que soi-même. Or, nous sommes quelques-uns qui avons besoin d'au-delà ; la vie, nous la vivons par devoir, nous espérons dans la mort. Que peut la science contre cet espoir? A-t-elle le droit de le proscrire? Et

m. COMMENT ON DEVIENT ARISTE 2'jS

enfin, cette manière de déshonorer une portion de l'humanité me semble du fanatisme, et à l'inculpation d'hystérie esthétique, nous répondrons par hystérie scientifique, et la galerie s'amusera.

Un fait que j'ai constaté de visu, c'est que tous les aliénistes ont des tics nerveux, parlent à la Mataerlinck ; ce sont les hommes les plus dangereux, après les gendarmes ; et je sais nombre de séquestrations arbitraires semblables à celle d'Adrienne de Gardoville dans Eugène Sue. L'aliéniste arrive k la fureur diagnostique et tous ceux avec qui j'ai causé m'auraient volontiers enfermé : cependant je défie qu'on montre dans mon œuvre une idée qui ne porte pas la signature d'un des grands esprits de Fhumanité. 11 faut donc que l'intellectuel se mette en garde contre le médecin et démontre sa non-valeur de psychologue .

La perversité est un acte conscient qui détourne une chose de sa qualité propre. La qualité de l'amour, c'est la caresse, la douceur sur autrui ; la cruauté en sera une perversion. La qualité de l'art, c'est la beauté et l'harmonie d'expression, et la conception traditionnelle : les réalistes et les symbolistes, et les novateurs

inharmonieux sont des pervers.

Démence idiosyncrasique, la perversité se pourrait définir une erreur consentie par plaisir ; elle s'explique par Tobscuration de l'entendement et la substitution du sentiment à l'idée. Nulle matière ne présente la perversité aussi caractérisée que la sorcellerie : elle y paraît systématique et comme la méthode même do la goétie, inversion perpétuelle des objets : le crucifix la tête en bas, des lettres : le nom de Jéhovah lu à rebours donne celui du diable ; la copulation antiphysique, la messe dite à rebours, les œuvres de haine remplaçant les œuvres pies, à la place des sacrements les péchés capitaux : tout enfin est détournement qualitatif, révulsion du normal. Aussi les procès de sorcellerie ne témoignent pas seulement de la férocité des juges, de leur ignorance, mais de la possibilité de bien des faits imputés. Je crois à la nécessité d'une justice sociale, mais je n'entends pas qu'elle décide d'autre chose que du fait : elle n'a pas à s'enquérir de Tétat mental du criminel. Prétend-elle punir l'intention ? Mais où sont les magistrats psychologues ; nulle part.

Et lorsqu'un aliéniste, ce Morel, qui a commencé à préparer des cabanons aux gé-

nies, vint témoigner à Munich que l'accusé empoisonneur de sa femme était fou, il manqua de raisonnement. Celui qui tue doit mourir, quelle que soit sa diathèse : la société ne peut décider que du tort qu'on lui fait et du danger qu'on produit, sinon il laut fermer les prisons ou les transformer en hospices ; tous les délits sont générés par des états inharmoniques de l'àme et relèvent de la démence pour psychiatre,

A.GXXII. — L'initié veille à l'équilibre de ses facultés et l'obtient, en limitant ses exaltations aux réalités de l'art.

A.GXXIIl. — Celui qui cherche d'autre perception de l au-delà que celle des chefs-d'œuvre, sort de la voie saine et s' expose à la démence.

A.GXXIV. — Celui qui détourne une matière de sa qualité propre Jausse sa perception et ïinesthétise,

A.GXXV. — Mais il est beau et profitable de porter au plus haut point de qualité chaque impression de l'âme, c est-à-dire de forcer la sensation jusqu'à la qualité sentimentale et le sentiment jusqu à la qualité abstraite.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARCANE QUINTODENAIRE

Ce qui constitue le péchë contre le Saint- Esprit, c'est la délibération non pas du fait, ce qui serait une simple préméditation, mais de la notion même.

Il y a deux sortes de pécheurs : celui qui pèche en admettant le caractère peccamineux de son acte et celui qui ne l'admet point.

Entre la faiblesse qui entraîne un homme et la formule de légitimité dudit entraînement, se creuse un abîme.

J'ai tué et je suis un misérable : je n'offense pas mêmementlecielque si «j'ai tué et je dis j'ai bien fait ».

Au second cas, il y a une combattivité envers la Norme qui est tout à fait damnable.

Il faut plus de malice pour légitimer et héroïser un crime que pour le commettre : et l'Eglise a vu supérieurement en déclarant ce

péché l'irrémissible et la perversité, quelle que soit sa forme, un éternel divorce avec la lumière. Celui qui renie le soleil appartient au néant qui est la forme la plus terrible de l'enfer, quoique peu perceptible aux communs cerveaux.

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