‹ Comment on devient artisteChapitre 58 sur 70 · LE TEMPS, OU DE L'IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

LE TEMPS, OU DE L'IMPUISSANCE

Sephirot : lesod.

Frudus Spiritas : Modestia.

Série spirituelle : Anges.

Onomie ApoUonide : Bœdromios.

Muse : Calliope.

Signe : Sagittaire.

Arcane : Sextodénaire.

Œuvre aristique : Temporiser,

Génie d'Orient : Saint Jean.

Génie d'Occident : Balzac.

Les gens des sciences naturelles avaient tenté un coup de main sur l'abstrait , et Crookes leur a fait voir un nouvel état de la matière. Gênés dans le laboratoire, ils 1 ont quitté, cherchant un nouveau cheval de Troie contre l'idéalisme, et ils ont détourné à leur usage la science du romancier; les médecins sont devenus psychologue s ; pour premier pas ils ont étiqueté du joli mal de dégénérescence

les romanciers, ces psychologues véritables. Les devanciers ainsi déshonorés, ils ont tenté le discrédit de toute Tintellectualité, et l'immortel Lasègue a dit : le génie est une névrose ; voici maintenant que le mysticisme est une dégénérescence. Eh bien! qu'ils se rassurent, de nouveaux positivistes arrivent : point dégénérés, nullement mystiques, tous ceux d'en bas qui veulent les places d'en haut, au nom de la Dynamite.

A.GXXVI. — // ny a quanepreave de force intellectuelle : la conceptivité métaphysique, et l'état supérieur de la sensibilité s appelle , en façon gênéraie, la mysticité.

Les preuves du théorème ressortent d'une biographie universelle : envisagées comme créations de la pensée humaine, les religions dépassent toutes les autres productions cérébrales et la mysticité a produit les états d'àme incomparables.

A.GXXVn. — La métaphysique donnant carrière à f ambition conceptive doit être endig uée par un dogmatisme, et, en Occident, parle dogmatisme catholique.

La mysticité donnant lieu à des désordres im-

pressijs doit être modérée par la culture magique, et, pour un latin, la magie réside dans l'art.

Les plus grandes audaces de la pensée sont écloses dans le giron catholique ; je ne parle pas de cette routine catéchistiquequi met Orphée et Manou et Gonfucius à la porte du ciel oii trônent les béguines, mais de ce giron tracé par saint Denys et saint Thomas , élargi par Lacuria , Fabre d'Olivet.

Les dangers du mysticisme sont dans son essence animique orientée sur des objectifs invisibles : l'art résout le problème en donnant un corps, une réalité limitante, à l'émotivité. Quelles que soient les contradictions du moment, ces points demeurent d'une évidence sereine, d une évidence historique et à la fois sentimentale.

Depuis dix-neuf siècles, une seule institution demeure virtuelle, malgré l'indignité de ses lévites : l'Eglise ; elle est donc le point de tradition, la pierre cubique où s'appuie la volonté de lumière.

Les modernes, au lieu d'accepter le testament oriental, l'ont répudié : voulant dater d'eux-mêmes et renouveler la science, ils ont défenestré l'héritage des siècles, et quand ce

grand vide fut fait, ils se mirent à la besogne ; ils en sont, en chimie, aux corps simples, M. Berthelot a conquis la palme de la témérité en parlant de la possible unité de la matière ; en mécanique, ils distinguent la force de la matière ; comme si la matière peut être autre chose qu'une cristallisation du mouvement ; en physique, ils en sont à attribuer aux esprits ou à nier la projection du fluide vital, et ne reconnaissent de l'état fluidique que l'électrique .

La métaphysique ne pouvait pas se déjuger semblablement : elle a gardé ses distinctions subtiles, mais n'étant plus vivifiée par l'activité cérébrale, elle s'est dissociée de l'investigation scientifique : spiritualiste et physicien se grognent au nez et s'invectivent pour le plus grand mal possible de la haute culture.

Chacun s'hypnotise sur sa matière et nie tout autre effort : et cela ne se borne point là. Ils opposent de systématiques négations et veulent s'imposer leur déterminisme. Il y a une science médiane entre la métaphysique et la physique que j'appellerais l'hyperphysique ; mais je n'ai pas Tannée libre de tout ennui, qui me permettrait cet essai de concordat : le devoir est de parler à ceux qui vous écoutent, et ceux qui vous écoutent vous ressemblent.

Même dans les doctrines, il y a un phénomène passionnel : on pense en analogie de sa sensibilité.

A. CXXVIII. — La personnalité humaine se compose de propensions irréductibles en principe, mais transposables de tonalité.

L^idéalisme est un penchant, comme le positivisme ". il y a un tempérament actuel dans riiomme. ou mieux il présente une triplicité d'attraction-répulsion : et de tous les êtres le plus incapable de penser indépendamment de ses idiosyncrasies, c'est le physicien. A force de vouloir toucher aux choses, il nie tout ce qui se dérobe à son analyse : les lois de l'u-nivers doivent venir devant son examen ; Dieu est tout à fait dans son tort et ne peut pas accuser ces hommes d'athéisme. Pourquoi ne se présente-t-il pas au laboratoire expliquer sa propre création ? La prophylaxie de Pasteur et la tour d'Eiffel sont de ces conquêtes suffisantes pour oublier le passé et sa doctrine . Du désordre d'Etat est né un désordre individuel : et les derniers penseurs, accroupis chacun devant un point brillant qu'ils croient avoir découvert, se refusent à rien reconnaître avant lui et autour de lui.

28 li AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

L'impuissance de l'époque à produire une synthèse éclate. A mesure que la physique dogmatisait la hiérarchie de la matière et donnait des castes au phénoménisme, la politique confondait violemment tous les êtres en une horrible égalité.

A. CXXIX. — Les résultats scientifiques sont nuls pour la vie morale des peuples ; seul F état de mysticité sera F état expansif d'une idée.

II y a encore des gens qui parlent du vieux temps où les vilains battaient l'eau des douves pour faire taire les crapauds pendant l'accouchement des châtelaines, mais ils nettoient les latrines d'une caserne.

On déclame contre la torture, et on oublie les compagnies de discipline ; on ne dit plus monseigneur à un noble, mais on dit mon sergent à un voyou.

Le service militaire me semble une forme non équivoque du servage : je proclame pour ma part que je me croirais moins descendu à cirer les bottes d'un officier qu'à lui obéir k l'exercice ; de tous les avilissements de l'armée le moindre à mes yeux est celui d'ordonnance. Je conseille à mes disciples, surtout à ceux qui ont conquis un prestige social, de

Page 1