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postuler et d'obtenir le rôle de domestique et non de soldat. L'officier épuisant sa méchanceté à la caserne n'est plus aussi dangereux revenu chez lui : et ce serait une noble vengeance de l'esprit que de préférer le plumeau au fusil ; quand on pense que le Dante aurait dû balayer la caserne et Léonard bouchonner le cheval de Ramollot, on s'aperçoit que Balzac, l'homme d'Etat de l'individualisme, avait vu clair et qu'il faut se reconquérir contre le nombre.
A.GXXX. — L'Ariste résiste aux suggestions sociales : il garde sa pensée contre le sentiment universel.
De toutes les marques de supériorité, celle de l'autodidactie péremptoire, et complète, passe les autres.
Il faut beaucoup de force pour s'abstraire de l'opinion et maintenir la sienne.
Il faut beaucoup de sagesse pour modérer sa foi et ne pas la dresser en combattivité. Le cadre de tous nos actes c'est le temps, mortel aux œuvres positives et de réalisation, salutaire aux œuvres spéculatives et d'ascèse.
Un théologien Ta dit : « Le moyen des gran-
des choses, c'est d'agir comme si on était éternel. )) Vraie pour le mystique qui n'a qu'a maintenir son état de grâce, cette parole conduirait mal un séculier de la foi ; de même, préférer la volonté d'autrui à sa volonté, est un commandement monacal.
A. GXXXI. — La vie doit être voulue dans sa direction et consentie dans ses modes : l'intransigeance convient aux idées, non pas à leur expression.
Celui qui s'entête au détail et veut marcher sans détour augmente sa mauvaise chance. Ce n'est pas toujours le plus court de prendre à travers champs, et en toute matière il s'agit d'aboutir et non pas d'aboutir de telle sorte.
Entre sa dignité et la mort, il laut peser ce que vaut la vie : la dignité mènerait tout homme de vingt ans devant les fusils du conseil de guerre. Souvent le condamné qui envoie son gros soulier à la tête du président est un juste, mais il a double tort contre lui-même, car il se perd pour une question de forme : et abstraitement parce que le magistrat, fût-il M. de Broë, représente même indignement un principe d'ordre.
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A. CXXXII. — Socialement, l'initié n'attaque que les idées d'une institution et non pas l'institution même : il se déjend des lois, mais ne les impédimente point sur leur terrain Jondionnel.
11 faut des tribunaux même injustes, même indignes ; il faut des lois même despotiques : le penseur qui ne le reconnaît pas, un enfant dangereux, mérite correction.
Mais il faut que les tribunaux soient par tiaux et tout gagnés d'avance au petit nombre d'hommes qui sont l'honneur de l'humanité et qui, honorant le présent, préparent Tavenir : il faut que les lois se détournent d'eux, et rhomme d'Etat qui ne reconnaît pas l'inégalité est un vieillard radoteur et qu'il faut mettre aux Quinze- Vingts.
Le sublime Eschyle a peint, avec quelle majesté^ le conflit de l'ordre et de l'individu. Zeus encore enivré de sa victoire sur les Titans songe à exterminer aussi les éphémères : après avoir anéanti ceux qui dépassaient et qui étaient dangereux, il veut écraser les misérables et qui sont pitoyables. Son orgueil souffre de laisser la vie auxpygmées, comme il souffrait de l'insolence des géants.
* Prométhée, trilogie d'Esctiyle, restituée par le Sar Peladan, quant au Porteur de Feu et au Délivré.
Il incarne le principe d'ordre quand même, l'idée d'harmonie exagérée. En face de lui se dresse Prométhée ; c'est un sage, en somme: il a conseillé aux Titans, les individualistes, d'agir par ruse ; l'individualiste est nécessaire au devenir: rien ne se fait hors de lui. et Zeus s'en apercevra plus tard ; mais les Titans n'écoutent point : exaspérés en leur principe, ils attaquent l'ordre et Tharmonie. Prométhée se sépare d'eux et se range 'du côté de Zeus, qu'il aide k vaincre ; jusqu'ici son rôle apparaît suprême de raison et de lucidité.
11 devient sublime quand il prend la défense des éphémères, il représente au pantocrate de l'Olympe l'injustice de son dessein. Zeus s'entête. Prométhée, au lieu de temporiser comme il l'avait conseillé aux Titans, abonde en reproches : il humilie ce vainqueur palpitant encore de sa victoire, et alors, enivré lui-même de sa résistance, exaspéré en son principe, se sentant invincible par son idée de justice, il usurpe sur le divin, il saisit le feu symbolique de la vie et son principe d'accélération dans la culture et il emporte du ciel la flamme. Jusque-la, ce n'est pour Zeus qu'un complice avec lequelil est brouillé.
Prométhée. en quittant l'Olympe, emportait
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l'individualisme ; un jour Zeus l'aurait rappelé et la paix eût été faite. Le fils de Tliémis va réveiller les forces latentes, il se crée des semblables, il individualise l'homme espèce ; par la science et l'art il donne à l'évolution des éphémères une impulsion formidable et dangereuse pour l'ordre ; il fait plus : il jette dans l'âme de Pandore un ferment dangereux et qui peut désordonner les cieux en passionnant de vertige l'àme de Zeus lui-même ; il prépare ainsi ces noces du dieu avec une mortelle qui mettront en péril sa divinité ; il ne défend pas seulement l'humanité, il prépare la vengeance titanide. Alors Zeus peut sévir comme justicier; quels que soient ses torts d'ordre quand même, il frappe sur Prométhée qui s'est opposé à lui, dans un pire excès, l'individualisme quand même. Le supplice de Prométhée nous émeut : il est juste pourtant, parce que le jour où le Titan aura payé sa dette à l'harmonie troublée, Zeus lui-même le délivrera.
Ainsi l'individualiste conscient de cctto leçon du génie ne doit pas se venger de l'ordre, mais chercher comment il se peut faire reconnaître comme égal et nécessaire.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARCÀNE SEXTODENAIRp;
Tout nous advient, providentiellement, dit l'Eglise, et la Magie ajoute : la Providence c est la loi inconnue qui génère les autres lois.
Nous pouvons faire tourner tout événement à notre profit par la façon dont nous le subissons : et la formule de conformité à la volonté de Dieu devient une expression anthropomorphe qui nous trompe. Dieu a voulu une seule fois, un seul instant, et l'événement ne mérite l'appellation de volonté de Dieu qu'à travers toutes les lois, tous les phénomènes naturels et tous les libres arbitres depuis le commencement.
Michel-Ange a voulu son Moïse, mais celui qui serait écrasé par ce bloc manquant d'aplomb ne pourrait dire sa mort conforme à la volonté de Michel-Ange ; si des champignons nous empoisonnent, ce n'est une
2^2 AMPHITHEATRE DES SClEiNGES MOUTES
cruauté de Dieu, mais une erreur de cuisine. La volonté de Dieu, c'est notre orientation vers lui et notre subordination du présent au devenir céleste : et dès que nous voulons ce que Dieu veut, c'est-a-dire l'idéalisation, nous sommes sûrs d'un succès qui a l'éternité pour époque.