LE LIEU, OU DE LA GLOIRE
Sephirot : Malchut.
Fructus Spiritas : Moclestia.
Série spirituelle : Ischim .
Onomie Apollonide : .^Egletès.
Muse : Mnémosyne.
Signe : Capricorne.
A r cane : Septodënaire.
Œuvre aristique : discerner parmi les palmes.
Génie d'Orient : Beethoven.
Génie d'Occident : Léonard de Vinci.
La gloire ne se définit pas aisément ; l'immortaUté et la célébrité et la renommée se confondent sur les lèvres et sous les plumes. Si le caractère essentiel de la gloire consiste à s'imposer à la mémoire humaine, Cartouche et Mandrin, militaires individualités, l'ont obtenu avec Racine et Shakespeare. L'homme se souvient de tout ce qui a un caractère d'extrémité. Il y a donc une vraie gloire et une fausse
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gloire. Pourtant Marat et Jeanne d'Arc, Ney et Shakespeare ont leur statue à Paris. J'estime dérisoire la première ; il y manque l'universalité du motif, car on ne saurait souscrire aux apothéoses de la passion politique la plus basse, la moins motivée.
Nul a ma connaissance parmi les soldats n'eût un grand esprit, et quant aux gens de la politique, je les ai vus toujours au-dessous du rien. Evidemment, le général et le ministre de nos jours, celui que nous avons pu étudier toujours sans doctrine, souvent sans lecture, de caractère bas, présente une mixture des facultés d'un agent d'affaires et d'un sportif.
La même médiocrité se retrouve aussi complète chez le diplomate français.
L'homme qui apporterait des vues à large portée serait rejeté immédiatement de la France, ce pays vivoteur ; on ne prévoit ni ne prépare rien: on fait face à Févénement comme on peut. Je ne sais pas ce que vaudraient des orateurs à la Chambre^ mais elle ressemble telle qu'a un syndicat d assurances ou à un simple conseil général. On y prononce bien les gros mots, luisants comme des sous neufs, de Patrie, Etat. Répubhque, Honneur, mais ce sont des ornements, et on ne traite
UT. COMMENT ON DEVIENT ARISTE VtCf^
que des intérêts matériels , chaque député disputant pour ses électeurs ; quelques ténors se sont produits : Gambetta salit d'un monument à son image la cour du Louvre, et Boulanger, ce Mélingue à Longchamps, n'a pas su attendre, sinon il aurait eu sa statue un jour. Militairement , M. de Molke devait valoir quelque peu en sa partie : Fétat-major d'Allemagne seul l'honore ; et les squares d'un peuple ne portent pas les noms des plus grandes batailles, mais de ses seules victoires.
A. GXXXIII. — - La vraie gloire est celle consentie de tout l univers et consacrant une œuvre ou un acte jugé excellent par F humanité entière.
Il n'y a donc pas d'autre gloire que la gloire esthétique et mystique.
J'entends, il est vrai, sous cette forme, aussi bien le savant que le poète, le moine extatique que le philosophe, Harvey que Theroulde, saint Benoît et Spinosa.
J'entends aussi l'homme qui a donné bon exemple, s'il est éclatant : Louis XI importe peu comme roi de France^ mais il a la gloire du saint ; Listz ne serait pas un musicien méconnu, qu'il mériterait la gloire par sa charité munificente envers Wagner malheureux, et
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plus encore ce rêveur maladif, Louis II, a pu négliger les Bavarois , mais il a servi l'âme universelle en créant Bayreuth .
A. G XXXIV. — La vraie gloire a toujours un motij abstrait et indépendant du lieu et de telle passion.
Voila pourquoi il n'y a pas de gloire nationale. L'auiiral Courbet a été le bras d'une injustice, d'un vol et d'une tuerie : la France l'honore qui en a profité ; mais il n'y a pas de gloire (rançaisenirusse,iln'ya que delà gloire universelle.
Que les peuples expriment leur reconnaissance à ceux qui les servent et les sauvent, cela se conçoit; mais l'initié ne pactise pas ave 3 les peuples.
Pour qu'il y ait solidarité dans l'acte, il faut une solidarité dans Tidée agie ; or l'idée agie sous forme de guerre coloniale est infâme. Les quelques simagrées que la civilisation ajoute à ses invasions n'en modifient pas le caractère barbaresque : il y a des prêtres patriotes, il y a même des prêtres soldats, iTiais ce ne sont pas des prêtres romains, ces nouveaux assermentés, ces schismatiques.
L'Ariste ne saurait refuser son activité a
l'humanité ; mais comment lui demander une activité contraire à sa pensée : on ne peut que le contraindre. Qu'est-ce donc que cet homme pour qui la Légion d'honneur vaut un peu moins qu'un moulage numismatique, et qu'en fera-t-on? On a déclaré le ciel vide, et comme il faut un abstrait quelconque, à la place de la Divinité on a mis la Patrie : mais il y a des athées en religion patriotique et TEtat n'a plus que Finquisition militaire, et pour Torquemada un colonel.
Si les ouvriers étaient conduits par des initiés, ils auraient connu que la seule formule de leur socialisme, c'est l'abolition des Douanes qui ne sert qu'au capital, qui ne pèse que sur l'individu.
A. CXXXV. — La seule formule socialiste consiste dans la destruction de tous les avantages économiques tirés du protectionnisme et ensuite dans la diminution la plus extrême des fonctions publiques, soit honorifiques, soit salariées ; il découle de ces prémisses, que tout homme qui travaille au bien particulier d\in peuple est un ennemi de tous les autres, et que tout acte seulement partial en faveur dune race est un crime envers l'humanité.
Avec cette restriction qu'à certaines heures
de rhistoire^ la lumière se centralise, l'hégénionie d'Athènes fut lëgitiiTie.
On accuse d'ordinaire l'esthète de ne consentir qu'à la gloire des œuvres et de reluser leur mérite aux rois et aux grands ministres. Non certes, si on les considère en dehors de toute idée nationale. Charlemagne trouillait littéralement les Barbares dans le pressoir chrétien, au plus grand profit de la civilisation; mais Bonaparte, en ses promenades militaires à travers l'Europe, travaillait étrangement pour l'anarchie ; celui-ci ne croyait qu'à luimême, et de fait il a été une incarnation étonnamment plastique du cyclone et de la peste ; c'est le plus beau fléau de l'histoire moderne sans conteste, mais ce disant, je formule une opinion perverse, car Bonaparte n'a jamais pensé si la justice suivait ses aigles ; son histoire reste un formidable phénoinène orgiaque ; ce noceur du meurtre trouva une nation pour complice, et, comme un poète, Desbarreaux, en l'an de grâce 1642, s'adjoignit un nommé Picot et parcourut la France pour s'y soûler de tous les vins et y manger de toutes les productions gastronomiques, ainsi, le Bonaparte a voulu verser le sang de toutes les races occidentales, et les Fran-
çaîs sentirent alors, chacun sur son épaule, un peu de cette pourpre du crime : par suggestion ils avaient aussi la joie du meurtre.
ïainea considéré les conventionnels comme des aliénés ; et un disciple quelque jour traitera de la monomanie homicide du Corse. Le bronze de ce prodigieux sous-off. projeta son ombre sur le génie des Hugo et des Lamartine ; sorte de colosse d'iniquité à l'entrée du siècle, il est la fesse immonde que tous baisèrent en passant, comme au sabbat. Après tant d'années écoulées , y a-t-il enfin assez de recul pour que l'on voie la tête du bandit sur l'auréole éteinte et qu'on fasse des cloches expiatoires de sa colonne et un autoda-fé de ses cendres ? Les Latins portent encore les colliers d'ignominie qu'il leur riva au col ; mais lui garde sur sa mémoire le soufflet de Chateaubriand qui d'un coup de génie, lui arrachant son masque romain, montra au monde stupéfait la face du jacobin.
Ce n'est pas la niaiserie de 1789, ni l'ignominie de 1793 qui ont perdu l'Occident. Si violentes que soient des crises, elles passent. C'est le régime de la crosse et du sabre, c'est le double joug de la caserne et de l'université qui a mené si bas le pays de François V" et
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de Louis XIV. Voilà pourquoi le plus utile enseignement sur ce thème de la gloire réside à la refuser aux victoires des intérêts comme à l'éclat de la passion, qu'il s'agisse d'un homme ou d'un peuple.
Pjthagore, au second de ses Vers dorés, commande la dulie des génies bienfaiteurs, des héros demi-dieux : quel honneur rendre à ces daïmons, à ces Prométhée qui ont réalisé des moments de ciel sur la terre, sinon en cherchant dans l'étude de leur œuvre la perception du divin.
A. CXXXVI. — Une œuvre, comme un être, nû point d'autre excellence que la vision du divin suscitée.
A cette marque, comment se tromper? Tout ce qui n'élève pas abaisse, et ce qui n'améliore pas corrompt : ni une lecture ni une contemplation ne sont indifférentes ; il n'y a pas de choses neutres pour l'àme, elle s'augmente ou se diminue selon l'impression.
Que chacun honore ses Gourous, ses maîtres évocateurs de Théodicée : là est le dcA^oir.
Le discrédit que les au te urs pieux ont marqué à la gloire est le même qu'ils ont
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iiilligéà rorgueil ; considérant l'homnnc en général, ils ont conclu contre l'exception ; eux aussi se sont aveuglés de l'idéal qu'ils rêvaient et méconnurent ce qui ne leur était pas similaire.
Celui qui llatte les basses passions et se fait le complaisant d'une époque, le courtisan ou mieux la courtisane d'un public qui apporte l'appui d'un talent à l'erreur ou k la vulgarité, celui-là ne connaît qu'une détestable gloire. Cet autre qui met son orgueil à faire naître l'envie au cœur d'autrui, qui jouit d'humilier, qui manque a la charité, est un mécréant.
Mais celui qui œuvre comme un bon chevalier et défend sa devise et son blason idéal sans faiblesse, qui impose le langage de l'enthousiasme et appuie le divin de son talent, celui-là peut accepter la gloire, il l'a conquise par des prouesses , et non par des vilenies. Celui-là enfin qui réduit son orgueil à être plus puf et plus doux que les autres, se trouve valoir, comme l'humble.
Il manque à la civilisation moderne des Mages, des esprits de synthèse dontla vie monacale, mais savante et esthétique, se passerait à peser les mémoires et à rendre la justice abstraite ; il manque un conseil des Amphictyons à la culture occidentale. Fabre
d'Olivet et Tabbé Lacuria sont inconnus. Parmi les morts, le plus beau tableau, le capo d' opère à la gloire de la Hollande, le Jugement dernier de Lucas de Leyde, qui le connaît? La Samothrace n'a pas pris la place de la Vénasde Milo et le Saint Jean de Léonard n'est pas au Salon Carré, oiionvoiten revanche des Guide et des Lionello Spada. H y a quinze ans, on méprisait les primitifs Italiens. Gluck est abandonné, et on joue les ordures d'un Mascagni.
L'œuvre du génie subit pendant des siècles le sort du génie lui-même : voilà pourquoi l'Ariste doit consacrer son esprit à réparer la barbarie, en aimant les chefs-d'œuvre qui sont toute la preuve de limmortalité de l'âme.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARCANE SEPTODÉNAIRE
L'Eglise a une infériorité sur les sacerdoces anciens; depuis deux siècles, la clergie est laïque, profane^ libre-penseuse.
Il faudrait convertir les talents ou en produire de sacrés. Rome a des liserés et non dct. palmes à donner, Sa Sainteté, qui pourtant a le Dante pour livre de chevet, semble se désintéresser de l'œuvre esthétique.
Quant aux écrivains religieux, leur pathos redondant et leur lâche conduite les désignent au mépris du lettré et de l'Ariste.
Puisse Tordre de la Rose -J- Croix devenir assez éclatant, pour être béni comme succès, s'il doit être méconnu, comme intention ! Puisse-t-il refouler les dévotes dans les bas côtés et rendre à la dévotion, avec tous les arts, le caractère de màleté, tellement perdu et cependant le seul qui convienne.
Xî LA MANIÈRE, OU DES ENNEMIS
Frudus Spiriius : Continentia.
Onomie Apollonide : Zucoctonos.
Signe : Verseau.
Arcane : Octodënairc.
Œuvre Arisiiqae : nier reniiemi.
Génie d'Orient : Ram-Ramsès.
Génie d Occident : Fabre d'Olivet.
Nos ennemis immédiats sont en nous : l'instinct qui nous pousse a nous inférioriser et sans cesse nous tire vers l'animalité, et la trop grande réceptivité sentimentale qui nous rend extraordinairement sensible à l'influence d'autrui.
Entre ces deux attracts de la concupiscence et de la suggestion, nous n'avons qu'un moyen de résistance : c'est la volonté cérébrale, c'est-àdire l'adhésion abstraite a une activité précise^ adoptée avec sérénité et non dans un moment
de fougue.
3o6 AMPHITHEATRE DES SCIENCES MOHTES
Il faut tourner sa volonté sur soi et l'y faire agir profondément, parce que le résultat nous reste acquis et encore parce qu'en extériorisant notre vouloir, nous provoquons la con- 4radiction des hommes.
Qu'il s'agisse de grandes entreprises ou de la plus calme originalité , toute forme de personnalité provoque l'animosité générale. 11 semble qu'on doit au grand nombre de lui ressembler et qu'on manque à la courtoisie en suivant d'autres maximes que celles du commun. Qui se différencie de la foule s'expose k sourire ou à sa calomnie.
On me montre des hommes de valeur qui ne sont pas ainsi traités, mais, qu'on y regarde bien, ils portent les couleurs de leur corporation; il y a, là encore, une façon d'être pour chaque catégorie et qui est la bonne : cela se peint dans l'exclamation d'un journaliste à propos d'un écrivain de beaucoup de volumes, mais qui ne fréquente pas au boulevard. « Existe-t-il ? ou est-ce une raison sociale ? Gomment voulez-vous qu'on prenne au sérieux un homme de lettres que personne n'a vu?» Dans tous les métiers il y a un bouc puant et goëtique qui vous impose sa dégoûtante patène à baiser.
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L'Ariste s'expose donc à une méconnaissance voulue : son amour de l'art lui vaudra l'épithète de maniaque.
Le mot (( hostis » de la loi des XII Tables a une signification étrange, il vaut comme étranger, hôte, ennemi; mais son sens primitif plus ésotérique désigna d'abord dans le Latium, Findividu hors de la collectivité, le réfractaire né, sans implication de délit, le dissemblable, le différencié.
On chercherait vainement un grand génie qui n'ait pas été d'abord hostis ; cela se réunit à ce que j'ai dit d'abord de la présence terrestre des descendants daïmoniques.
Ce martellement de la contradiction niaise que subit l'homme supérieur n'est pas inutile à son développement^ et providentiellement les mauvais et les bêtes sont les taons qui empêchent les bons et les intellectuels de cesser leur effort.
Le Mage perçoit, dans la méditation, que les pires circonstances concourent à l'œuvre divine : le génie est comme une réaction contre la vulgarité, la sainteté comme une réplique en face du vice. Certes le mal est inutile, mais puisqu'il existe, sois convaincu, mon disciple^ qu'il sert au bien.
AMPHITHEATRE DES SCIENCES MOUTES
La Providence utilise rimmondicllc humaine : rhumus social sert de fumier aux productions divines.
Sur le problème du mal on a divagué.
A. CXXXVII. — On appelle mal communément ce qui s'oppose à notre volonté.
Mais notre volonté n'est pas toujours légitime, ni consciente des fatalités qu'elle remue.
A. CXXXVIII. — Le mal n étant quune obscuration du bien n a point de durée.
Sa plus grande extension ne déborde pas la vie ; pour l'initié, le mal est de deux sortes :
A. CXXXIX. — L'opposition des circonstances , des choses ou des êtres, à notre personnalité.
Mais la personnalité a deux modes : l'un extérieur, expansij , passionnel ou réalisateur ; l autre, intérieur, concentratij , abstrait et spéculatij : et rien ne peut entraver ce dernier.
A. CXL. — La Magie connaît deux Jins dernières : le salut chrétien et la gloire divine.
Le salut se fait malgré tout, il se constitue d'une adhésion mentale au Verbe incréé.
La gloire se conquiert par les réalisations d'oeuvres ou d'exemples : mais il n'y a pas a s'émouvoir de l'irréalisation puisque ce succès dépend autant de la vocation que de l'effort.
En décrétant le salut par l'obéissance et la perfection négative, l'Eglise a bien vu, puisque la gloire divine est une question de naissance spirituelle. Ex Deonaii sunt, ceux-là sont nés de Dieu qui seront vainqueurs aux combats de l'idéal éternel contre le siècle.
Je n'ignore pas qu'une noble ambition peut naître chez des individus incapables de l'incarner et qu'ainsi ils se perdront.
La perspective que j'ouvre mènera à d'infaillibles malheurs les téméraires et les présomptueux : qui s'avance jusqu'au sphinx doit deviner ou mourir. Mais ici la défaite a de la grandeur; mieux vaut encore être vaincu pour la plus noble des causes, que de vivre niaisement.
Comme la graine pullulente se perd en majeure partie, et que les germes animaux n'aboutissent point en totalité, ainsi l'être humain subit la loi naturelle, et chaque fois que vous voyez un savant découvrir une loi, un artiste créer une forme, ne doutez pas que mille ont cherché de même et sont morts sans trouver.
3lO AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
Ce trépas de l'individu k la queste du Graal, de la Toison d'or, des pommes d'Hespérides, a toujours été tellement honorable, que le seul fait de Tavoir choisi a mérité l'estime des hommes.
Comme certains sont à la recherche des continents et succombent à la découverte du pôle, d'autres s'aveuglent à vouloir provoquer l'éclat du mystère. Honneur à ces vaincus : l'éternité, aussi juste au moins que la pensée humaine, les jugera sur la bravoure et non sur la victoire.
L'homme lient tout son honneur dans son cœur : où aspire-t-il .^^ Voilà qui le classe et le qualifie, et son devenir sera de môme nom que notre aspiration.
Les saints, en provoquant les ennuis et les mécomptes, prenaient un souci exagéré ; la vie se charge de fournir carrière à nos vertus et je ne connais personne qui n'ait vingt fois le jour l'occasion d'infinis mérites. Aussi, mon disciple, n'ameute pas sans raison les chiens humains ; si tu marches vers l'idéal , tes chausses les connaîtront, sois en sûr, sans que tu les excites.
11 y a, de par le monde, des prêtres qui portent un cilice et qui chantent faux, qui se disciplinent pour une négligence et qui ne
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corrigent point leur accent de terroir nuisible a l'enseignement divin.
Comment faire comprendre aux clercs que Dieu est beau, que Dieu est intelligent et qu'on l'offense en portant un parapluie, en bafouillant des cantiques stupides ?
Les droits de la beauté et de l'intelligence, oh ! comment les proclamer et les reconquérir ? Pourquoi chaque pays n'a-t-il pas un légat esthétique sans le visa duquel rien n'entrerait enlaidir le temple ? Ah ! si un homme était responsable de la forme byzantine du Sacré-Cœur de Montmartre, on le pourrait assommer et ce serait justice. Le clergé, préoccupé d'administration et du train financier des écoles et des paroisses, se désintéresse de la culture et combat les laïques qui les supplée.
Au premier rang des ennemis de l'art, les jésuites, qui ont cependant sur la conscience assez d'ignobles églises, se lèvent contre les zèles séculiers. Ces ouvriers du Seigneur n'agissent point, mais ne veulent pas qu'on agisse : ils ne militent que pour empêcher: ils ont barré la voie de Peladan père, de d'Aurevilly, de Villiers, d'Hello ; mais une cohorte a passé sur eux et ne les craint plus : les Rose-}- Croix, dévots a saint Ignace, mais
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non pas au Père Cornu, ne sont pas plus embarrasses des Révérends que des Archevêquescitoyens, ils ont même une supériorité qui leur vaudra la victoire, (c Nous ne croyons qu'à la messe », diseal-ils. La Rose -|- Croix croit aussi k la messe et aux chefs-d'œuvre.
Le moindre danger pour l'Ariste, c'est le libre-penseur et le républicain : illettré, il s'indifférencie de l'esthétique; cultivé, il s'intéresse parfois , malgré son scepticisme, à la bonne exécution.
L'ennemi de l'Ariste , c'est le fonctionnaire, le préposé social.
De ceux-là il iaut se méfier, ils incarnent l'Etat jacobin, l'Etat athée, ils sont ennemis par mandat, par devoir, pour ainsi dire ; car la fonction de général et de magistrat implique la persécution, la torture et la mort des seuls êtres assez savants, assez puissants pour les juger et les condamner eux-mêmes, au nom de l'abstrait. Pour la loi française l'auteur de co livre est entrepreneur d'expositions et de tliéàtre : la justice française le nomme ainsi. Mais comment lui à son tour nommerait-il la juslicc française, s'il s'y décidait?
Au vingtième siècle, l'Etat sera trop heureux de voir une partie des citoyens se contenter de désobéir, sans désordre, en face du
dccliaîiiemeiit qui se prépare et qui sera le juste écho de l'athéisme national.
L'héroïsme esthétique, de nos jours, est de vivre et non pas de s'exposer à la mort.
Après le déluge des castes, il faudra reconstruire : pour ce travail prépare-toi, mon disciple. On ne peut plus rien sauver de l'édifice social; il se lézarde et craque incessamment : aucun étai ne le consolidera. Il faut qu'il tombe pour engloutir les infidèles. Point n'est besoin de Schimchon : les colonnes d'ellesmêmes chancellent, et le sol se fend à chaque mouvement des aliénés qui piétinent. Sois prêt avec ton zèle et une connaissance profonde des traditions. Mais ne A^a pas te flatter d'un âge d'or venant après la barbarie ; non, les maux changeront d'aspect, la douleur variera, mais ne quittera ni ce monde ni aucun lieu de ce monde.
Le mérite est égal de subir la mauvaise fortune et de bien user de la bonne : il faut autant d'esprit pour être un beau riche que pour relever sa pauvreté, et de même que la suprêuie victoire se remporte sur soi-même, le meilleur destin est le céleste avenir qu'on se prépare indifféremment dans l'elTort qui réalise ou dans la bonne volonté qui attend.
CONCORDANCE CATHOLIQUE
ARCANE OCTODENAIRE
On a force rOccidental à baisser son regard sur les satisfactions immédiates ; on l'a dissuadé de l'espoir éternel, et cet être sans avenir demande aujourd'hui à la vie tout ce que jadis il cherchait dans le rêve de l'au-delà. Ainsi excité à ne considérer que le présent matériel, le latin collectif réclame sa part de plaisir et menace de désordonner, si on la lui refuse. Ceux qui ont ameuté tant d appétits ne pensaient pas les satisfaire, ils avaient besoin du nombre pour opérer leur ambition. Le rôle de l'individualisme, qui doit s'adapter au temps et a ses caractères, veut aujourd'hui la contenance la plus hautaine vis-à-vis des biens terrestres ; ils n'ont jamais signifié beaucoup pour les initiés, mais de l'instant où le vul-
3lf) AMPITTTJIKATRE DES SCIENCES ^[OKTES
gaire se rue aux commodités de la vie, TArislc doit s'en indépeudantiser. Il faut pour l'exemple que ces quelques-uns soient les initiés, et que le prêtre de Tart fasse honte, par comparaison, à l'autre prêtre qui s*est assermenté pour conserver un maigre traitement.