AU DIABLE
Par le nom le plus bas qu'on t'ait infligé : Sathan, Lucifer, — Démon, Diable, je te salue de ma pitié.
Quomodo cecidisti, Lucifer? Quelquesoit ton crime, il n'est pas de ceux que l'homme peut juger. Quel que soit ton dam., il n'est pas de ceux que r homme peut concevoir.
Quoi que tu sois devenu par ton péché, tu as été le plus parfait des esprits créés : et cela suffit pour que, respectant ton ancien éclat, je m.' approche avec compassion.
Ayant dans ma mesquine sphère subi l'injure plus qu'aucun de ce siècle, j'ai rêvé parfois à déblayer la montagne de calomnies que l'humanité entassa sur ton nom,' et trois lignes de V Aréopagite m'ont suffi pour te rendre ta figure de coupable, qui in apitoyé sans m'effrayer.
Au langage familier , on envoie au diable qui vous ennuie ,' au langage sacré, hélas I on attribue au Démon toute la malice humaine.
Ah! pourquoi as-tu payé, depuis les siècles, les tristes frais de l'humanité indigne ? On a dit que tu poussais la main de tous les assassins : tu pousses donc aussi les armées? On a dit que tu versais tous
Xll AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES
les poisons : tu inspires donc Gréard et tous les pédagogues d 'a théisme .
Ah ! pauvre Lucifer, Vhoninie f attribue, avec sa scélératesse, sa bêtise.
C^est toi qui radotes dans les tables, c'est toi qui commandites tous les escrocs du spiritisme. Le père Ventura a dit que nul magnétiseur ne pouvait opérer sans toi et l'abbé Le Canu a écrit ton histoire, et celle de la guerre que tu fais à Dieu (sic) et aux hommes.
Si obscui;é que tu sois en ton jjri/icipat des esprits, tu aspu te tromper sur toi-même et te perdre^ mais tu n'as pu te tromper sui' ton Créateur. La rage de rinsulte,en te touchant, va Jusqu'à blasphémer Dieu.
Lorsque le Christianisme se fonda sur les ruines païennes, il y avait une telle habitude de pensées panthéistiques et une conception si pneumato-morphique de la nature, ([ue les premiers Pères, allant au plus pressé , traitèrent de diableries toute superstition trop difficile à expliquer, et tu héritas du paganisme en discrédit ,' l'esprit lyric/ue et cocasse du moyen âge te dessina en caricature. Mais des brutes scélérates conçurent l'idée d'un Dieu du mal et tu eus pour fidèles la crapule, le crime, l'ignorance, toi l'ancien prince des esprits.
Maintenant, on t'oublie : la science, peu à peu, découvre la maladie là oiz il y a quatre cents ans on aurait vu encore ta griffe.
Et moi, platonicien lucide et catholique fervent, je te visite en pensée, selon qu'il est dit aux œuvres de jyiiséricorde , esprit prisonnier, esprit puni : et
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comme je sens en moi palpiter le snn(j dunnonique, j'essuije de ton visaçfc la houe (/ne la méchanceté humaine t'a jetée.
Si ta n'es qu'un méchant privé de toute intelli(jence,je ne te crains point : qu est-ce qu un esprit devenu idiot, c est-à-dire m^échant? Si tu es, comme je crois, un grand pécheur, mais lucide en ton expiation, reçois la consolation de ma pensée et le rafraîchissement de ma charité,
U humanité est ce fils de Nouah qui tourna en dérision la déchéance de son père j je suis Sem, je te respecte dans ton infortune, comme je t'admire dans la splendeur de ton origine.
Les Bené-OElohim étaient les fils de ta volonté et je voudrais croire que je viens d'eux ,' ceci, qu'on le regarde comme l'élan confus du plus humble au plus grand et au plus malheureux d'une même race.