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L'ACCOMPAGNEMENT, OU DE LA PROVIDENCE

F raclas Spiritas : Castitas.

Onomie ApoUonide : Lukéios.

Signe : Poissons.

Arcane : Nonodënaire.

Œuvre aristiqae :

Génie d'Orient : Fo-Hi.

Génie d'Occident : Wagner.

Les Mages, en appelant l'homme un microcosme ou un petit monde, nous ont donné une leçon de méthode trop souvent méconnue. L'homme n'est pas une espèce mammilère comme le chien ; l'homme est à l'état sublime et synthétique, l'animalité et la végétalité.

Seulement, il y a l'ops et l'inops. L'ops qui a le don de la parole comme les sirènes et celui de beauté comme les gorgones. Quant a l'inops. il doit fermer l'oreille au chant des

sirènes et la vue des gorgones ne peut que le changer en pierre.

A. CXLI. — Les malheurs collectifs résultent d'un jaux classement des espèces humaines, et les erreurs des égrégores d'une vue trop partielle des catégories d'activité.

A. CXLIl. — L'erreur actuelle consiste chez les gouvernants comme chez les savants à oublier les besoins animiques du peuple comme de l'individu.

Il y a, dans la ville Lumière, un comité d'hygiène, et si on doute de la science de ce comité, on est menacé de prison^

Quant à rhygiène morale, à la salubrité intellectuelle, ce n'est pas affaire d'Etat.

Sa sollicitude consiste à déchirer vos dentelles et à y dégraisser les pattes de la douane, et pour les femmes à tripler les propos égrillards de ces soudards amusés de manier du linge sexuel.

Paris ne possède pas un seul théâtre moralement hygiénique : on joue des gaudrioles

1 Menaces du commissaire Scheffer à l'auteur, en gare frontière de Baisieux.

a la Comëdie-Francalse plus souvent que des chefs-d'œuvre.

A. ex LUI. — LEtat ne croyant pas à l'existence de rame ne saurait s'occuper de ses besoins, et l'Eglise ayant perdu la prééminence cérébrale ne s'occupe pas de l' intelle dualité qu elle considère comme proJane.

Entre ces deux lacunes, que fera le jeune latin livre à lui-même, sans rien qui lui conseille la bonne voie ? A cet âge, ayant reçu la triste éducation moderne^ on ne s'éprend pas de la vertu : on ne saurait être mystique avant d'avoir vécu ; Dieu n'entre dans une àme, à moins de spéciale vocation, qu'après que les objets profanes y ont laissé leur salutaire déception. Peut-il s'adresser au prêtre? Il dispose des sacrements, mais non pas de la clé animique qui les prépare. Peut-il s'adresser à un savant, le jeune latin? Le savant lui parlera de son corps et des charmes du savoir, à lui qui a besoin de sentir. Ni Thomme du sacrement , ni l'homme de l'expérience ne peuvent rien à cette heure de la puberté de l'esprit.

La femme n'est bonne qu'aux forts, aux initiés qui, perçant son mystère, se meuvent

eu paix parmi ses prestiges iiicoliéreiits. lllaut savoir la vie pour affronter la l'emme. Cet homme eucore adolescent ne peut s'adresser ni à la religion ni a la science ni a la femme ; cependant il lui faut une activité qui soit religieuse, enseignante et voluptueuse ; il luilaut une manière d'enthousiasme qui tienne à la fois delà prière, de Fétude et du plaisir. On peut chercher indéfiniment et remuer toute matière pensable, une seule réalité réunit ces trois caractères de religosité, de culture et de joie : c'est l'art. Un chef-d'œuvre contient kla fois une formule religieuse, instructive et plaisante, et ces trois aspects du besoin pubéral ne se satisfont que par l'enthousiasme.

A quelles erreurs le jeune latin n'est-il pas exposé en ce temps vulgaire où le journal remplace le livre et la vignette le tableau, et le bruit la musique, et la pantomime le théâtre ? Il suffît qu'il se souvienne des trois aspects de son désir, il sera guidé.

A. CXLIV . — Le chef-d'œuvre est une triple réalisation de théodicée, de science et de volupté.

C'est-k-dire cjue le chef-d'œuvre est la perception du divin a travers des symboles,

exécutée suivant Texpérience humaine et propre à donner la joie esthétique.

Peut-être la pensée de beaucoup n'est-elle pas plus fixée sur la joie que sur la douleur?

A. CXLV. — La joie esthétique consiste dans r augmentation de conscience qui se forme en nous par la compréhension d'une œuvre

L'antiquité considérait comme le premier bien après les dons natifs la pédagogie d'un grand esprit. Philippe de Macédoine remerciait le ciel de lui avoir donné Alexandre et aussi de le lui avoir donné du temps d'Aristote. Nul doute que toute la beauté décorative de ce conquérant ne soit née du philosophe grec ; sans le Stagirite, le Macédonien n'eût été que le plus brillant des soudards, au lieu de réaliser, par des crimes, il est vrai, un peu de mythe solaire .

L^écriture du génie agit, comme sa parole, pour l'attentif persévérant : j'ai connu profondément Lacuria et d'Aurevilly, et j'atteste que leur œuvre contient leurs plus grandes lumières ; quant a ceux des Beaux-Arts, leurs ouvrages valent mieux que leur personne souvent, et, compensation du magnétisme résultant de la présence réelle, on peut se pas-

sionner pour tous les grands morts, au lieu qu'on en préférerait un, s'ils vivaient, et le plus amical, non pas le plus haut.

A. GXLVI. — L'Ansiie, c'est le commerce avec les génies par la pénétration de leurs œuvres.

Le vrai sens chrétien de la mysticité, c'est la communion avec Jésus-Christ par l'adoration directe.

Le vrai sens occidental de l'esthétique, c'est la communion avec Jésus-Christ par l'adoration indirecte, au moyen des chefs-d'œuvre.

Il manque ici les lois de Beauté, qu'on trouvera dans Y Art idéaliste et mystique, et la hiérarchisation des maîtres et des œuvres qui sera l'objet du Catéchisme intellectuel de la Rose-\- Croix. Le troisième traité, Comment on devient Ariste, est donc une simple Introduction à la vie esthétique: elle manque du charme infini qu'un adorable écrivain, saint François de Sales, a comme pris k la Grèce pour prêcher la vertu. Oseraisje dire que la matière était plus simple, le terrain plus ferme, les exemples plus nombreux et la thèse acceptée d'avance? Leprinceévêque appelait avec des accents d'exquisité les âmes au salut : les grâces sacerdotales s'augmentaient en lui d'une beauté d*âme in-

m. GOMMENT ON DEVIENT AUISTE 'S'j'S

comparable, et, pour tout dire, il parlait au nom de 1 Eglise.

Au lieu de cet effort joyeux dans la certitude, je dois formuler une ascèse également combattive des mœurs du siècle et des mœurs cléricales : ne rien sacrifier ni de l'art à la religion ni de la religion à l'art ; tenir une juste balance entre l'intellectuel et le moral, prier avec le dévot, comprendre avec le lettré, honorer Oannès et Orphée sans manquer à mes devoirs catholiques j juxtaposer toujours la vérité au beau et la forme à l'idée : enseigner la révolte nécessaire contre les lois égalitaires, et cependant reconnaître leur nécessité d'ordre lïiatériel ; enfin tenir en main des mouvements dont les protagonistes se méconnaissent, réconcilier l'individu et la règle, le devoir et le droit, ouvrir le Vatican k toute sublimité sans en être rejeté, et accorder les tendances relatives au plan d'absolu.

L'apparent désordre du discours vient d'une méthode, je m'efforce de me figurer la nature d'esprit que je vise, et je parle dans le mouvement même que j'attribue a sa pensée. Il ne s'agit pas de l'éblouir, mais de bonifier, je suis un milliaire qui parle : Roule de tinfini^ Marche de t idéal.

32/1 ABIPllIÏHÉATRE DES SCIENCES MORTES

J'éveille et j'indique, au tournant de la vie qui sépare l'inconscient de la volonté^ aux libre-penseurs la voie qui mène à Rome ^ aux Romains la voie qui mène au Beau.

Je sais que ces routes aboutissent ensemble au Vatican, l'une et l'autre.

Mais ni l'une ni Fautre ne se peut marcher comme soldat, comme avocat, comme université, comme douanier. Qui porte le collier social ne se rachète qu'en trahissant sa fonction au profit de la lumière.

L'Ariste n'est pas un mauvais citoyen :pour mériter une adjectivité, ilfaut se substantiver; l'Ariste n'est pas citoyen, il est Ariste et ne s'enquiert pas du drapeau qui flotte, puisqu'il ne peut dresser le sien.

En revanche, il incarne la pacilicité, il repousse les devoirs^ mais sans prétendre aux droits. 11 renonce aux décorations, aux salaires, et à des honneurs qu'il juge déshonorants ; au conflit des intérêts, il n'a souci que de ceux de l'art : c'est un religieux par la foi, et le premier article de son Credo est : ^( Je ne crois pas à la société, mais aux seuls génies qui ont créé les religions, les lettres et les arts, et je refuse de servir la société parce que je me consacre au service des religions, des lettres

et des arts, qui sont toute la civilisation, laquelle est toute la charité. »

Depuis un siècle, des cuistres et des goujats, les Robespierres et les brutes de Médan, ont éclaboussé des ordures de leur àme la fresque chrétienne, la fresque traditionnelle ; la chaux vive de l'égalité a couvert l'outremer ; l'œuvre de l'élite doit être de rendre à la lumière et a tous la vision sanctifiante de l'au-delà.

L'esthétique ne vous demande pas de billet de confession, elle vous aveugle de croissantes joies et se révèle à coups de volupté : volupté de Bayreuthet volupté du Louvre, volupté de Florence et volupté de Rome.

Vivre la vie, cela est bon pour des hommes. Un daïmon veut vivre l'art, vivre la poésie, vivre la métaphysique, vivre la magie, afin de vivre un jour l'éternité.

Jeune homme de vingt ans, que sollicitent à la lois tous les tenanciers de prostitution sociale, résiste a leurs laides invites : tu ignores a quel prix immonde ces mégères te marqueraient de leur numéro de déshonneur consenti par Fopinion. Situ es doux, que ferais-tu dans l'armée où la charité est impossible sous peine de mort? Si tu aimes la vérité, que ferais-tu

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dans l'Université où il est défendu de parler de Dieu et de son Eglise sous peine d'ostracisme. Que ferais-tu dans ce bouge des brigands de la légalité? Ne pactise pas avec cette meute d'affamés, ne t ajoute pas aux chiens qui se ruent aux tas d'ordures nationales .

Reste seul, reste pur, reste pauvre ! Je promets à ta solitude l'amitié des génies et leur illuminante intimité.

Je promets k ta pauvreté la puissance d'évoquer les magnificences du passé et de revivre en pensée les fastes babyloniens : choisis entre les Vers Dorés de Pythagore et la morale laïque, choisis entre la Sainte Eglise et le siècle, entre l'imitation de Jésus et celle de la bête, entre ton pays et l'univers, entre le temps et l'éternité. Veux-tu. par une palingénésie dont j ai éprouvé les prodigieux effets sur moi-même, mourir a la vulgarité et naître aux splendeurs ? Diacre du dogme éternel, viens célébrer les cérémonies extasiantes de l'admiration sainte: viens a Tautel du génie ; viens brûler l'encens de ton cœur. Saint François d'Assise t'aurait dit: «Prends la croix et me suis à travers la souffrance rédemptrice. )) Moi, indigne, mais zélé, d'une intention pure, d'une pensée lucide,- jeune homme moderne, je t'invite à jouir !

J'ai découvert un salut plein d ivresse et je t'enseigne ici les mérites joyeux. Viens épouser la Beauté, comme l'Ange de l'Alverne épousa la Pauvreté ; viens recevoir la bénédiction de tous les sages et la leçon de tous les penseurs.

Admirer c'est prier ; comprendre c'est mériter; viens t'agenouiller avec moi devant le Verbe des Moïse, des S. Jean, des Platon, des Spinosa, des S. Thomas ; viens t'émouvoir avec Eschyle, Sophocle, Shakespeare^ Racine : viens t'extasier avec Palestrina Bach, Beethoven, Wagner.

Viens aux cathédrales et viens aux musées : admire et comprends : et un jour, terrassé par le spasme séraphique dans la clarté d'un chef-d'œuvre, tu verras Dieu, et tu auras monté vers lui, ô mon Frère, par cette volupté sainte de l'art qui est une des formes de sa miséricorde et le gage clair de l'immortalité bienheureuse. Ainsi soit-il.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARC4NE NONODÉNAIRE

Qui dira que Beauté n'est pas un nom de Dieu ? A cette invocation, l'absolu répondra par les mêmes grâces dont il récompense les aspirations de vérité et de justice.

J'ose convier k l'orgue, aux fresques, aux sculptures des églises , certain qu'après^ le tabernacle saura faire son miracle et toucher au cœur l'esthète.

Au Saint-Esprit l'an deux mille ; selon madébilité, je rassemble sa garde et prépare les âmes a sa venue. Je l'espère, au jour où il se manifestera avec tant de lumière, quelquesuns seront là. venus par moi; au premier rang des fidèles, mes Rose -|- Croix seront agenouillés, et moi-même, le front dans la poussière, j'obtiendrai cette bénédiction que Rome ne me donnera pas encore et que j'attends. Il y a dans mon beau dessein une incertitude

des moyens qui me gêne et diminue mon efïort ; à ce jour fulgurant, j espère être béni^ malgré mes péchés, béni, pardonné, car à toute page, à toute minute, et tant qu'il me sera possible , j'élèverai mon esprit comme une offrande a mon suzerain très subtil , le Saint-Esprit.

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