‹ Comment on devient artisteChapitre 8 sur 70 · AD ROSAM PER CRUCEM XIX · texte numérisé non relu

AD ROSAM PER CRUCEM XIX

Le douanier in emmena dans une sorte de cellule.

et là, avec des bouts de phrases comminatoires sur la c/ravité du délit, de sourdes insinuations, me fouilla pour trouver encore c/uelques cigarettes égarées dans mes poches.

Puis ils firent des paperasses et me laissèrent debout, gardant leurs casquettes, ces drôles : enfin, ils me firent signer je ne sais quoi j je leur donnai deux billets de cent francs, et j'eus la liberté de passer, de S heures du matin à 6 heures du soir, dans l'unique hôtellerie de Baisieux. J'y appris que le commissaire ne fumait pas de tabac français, ce que je comprends fort ,' que le comité d'hygiène louait l'étuve et ainsi la payait plusieurs fois par mois, ce qui est dans V ordre administratif, et j'offris au Saint-Esprit ma colère.

Il me plaît d'immortaliser cette gare boueuse : caserne Bellechasse, gare de Baisieux, voilà les heures les plus amères que j'ai vécu. Rien ne les effacera de mon esprit j la montée au C apitoie ne les ferait pas oublier.

Ceux qui m'ont lu savent quelle imprécation termine mon roman de Curieuse ; c'était en 1885. Sept ans de plus mûrissent la pensée et les sentiments qui agissent se taisent.

J'ai fait un serment, un terrible serment, dans cette petite gare où je fus prisonnier de la douane française : j'y ai mis toute la force de ma pensée, toute ma puissance de mage,' on le connaîtra aux effets.

Tout ce que je cachais encore des mystères de

V individualisme, je le révélerai / et je laisserai, 6 soeiété égalitaire, 6 peuple stercoraire, une posrtérité de tigres ; ceux-là, on ne les fera pas prisonniers dans les gares frontières pour quelques cigarettes étrangères, c est-à-dire non empoisonnées, ou mieux encore pour des cigarettes de France rapportées en France.

L'attentat de Baisieux, même à Vétat de souvenir, me produit une impression tellement violente qu'entre deux plaintes, celle contre la douane qui servira de prétexte à amuser les bons journaux, et celle contre les bons journaux eux-mêmes, qui, isolée, rencontrerait plus d'écho, je n'hésite point et clame la première.

Et cependant quelle injustice plus criante que ce silence envers mon théâtre : Wagner seul a subi de pareilles haines : il est vraiment amer ce laurier qui ne m'égale à lui qu'en opprobre : je cherche quel écrivain a suscité une conspiration telle, et je ne le trouve pas.

Je suppose que je suis citoyen français^ je m'appelle Pradon, Racine ou Peladan,peu importe j j'ai écrit douze ronfians, de la philosophie et de l'esthétique en abondance ^ je crois avoir fait une tragédie: mon devoir de citoyen est de la porter au directeur de la Comédie-Française, qui me déclare que c'est fort beau, mais que cela n'est pas théâtral ,' je fais construire une scène de douze mètres de large sur neuf de haut,je fais peindre des décors : le ciel m,' envoie un acteur prodigieux, incomparable, Hattier ,' 3/11* Mellot, une remarquable diseuse d'une grâce

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