deuxième partie
Nous avons trouvé assez fréquemment, parmi les jeunes sourds-muets, des myopes, des borgnes, des strabiques, etc. Ces défauts de la vue constituent une cause d’infériorité qui doit attirer l’attention du maître.
Il aura soin de placer plus près de lui les élèves dont la vue est défectueuse ; à ceux-ci les exercices faits en commun pourront ne pas être toujours très profitables, d’où la nécessité de faire avec eux de nombreux exercices
particuliers.
Pour ménager la vue si précieuse de nos élèves, il est des conditions indiquées par les hygiénistes que le maître devra s’efforcer de réaliser. 11 est reconnu, par exemple, que l’éclairage bilatéral, dans le jour, doit être préféré à tous. A son défaut, c’est l’éclairage de gauche. Il faut éviter l’éclairage venant de droite et surtout l’éclairage de face ou de dos. Quant à l’éclairage de nuit, le mieux serait de donner à chaque élève une lampe munie d’un abat-
(1) Cet examen audiométrique permet de s’assurer si, parmi les nouveaux arrivants, il se trouve des enfants en possession d’un reste d’audition suffisant pour faire avec eux un emploi journalier du tube acoustique. (Voir, à la troisième partie, ce qui concerne Tutilisation et le développement de l’ouïe.)
jour. Mais c’est impossible dans les institutions un peu nombreuses. Ce qu’il importe d’éviter, c’est un éclairage insuffisant ou trop fort (Ij.
. Cet examen physique ne serait pas complet s’il ne portait aussi sur le plus ou moins de voix qu’émet l’élève, et sur la nature de cette voix.
Le maître doit enfin se rendre compte, autant que possible, du degré d’intelligence de chacun de ses élèves. *Étant admis qu’il n’en aura pas plus de huit ou dix à former, il remarquera dès les premiers exercices ceux qui, plus vifs de regard et d’esprit plus éveillé, seront les plus prompts à saisir et à exécuter ce qu’on demande d’eux.
Cet examen lui désignera les élèves dont l’infériorité intellectuelle réclamera des soins spéciaux : il importe de ne pas les laisser en arrière pour éviter de former dans la classe des subdivisions qui demanderaient chacune un ènseignement à part et entraîneraient des pertes de temps très préjudiciables.
Il est bon de savoir si l’élève a reçu un commencement d’instruction. Le plus souvent, d’ailleurs, il nous fournira lui-même quelques manifestations de ce qu’il peut savoir. Au besoin, on provoquera ces manifestations soit par la lecture^sur les lèvres, soit par l’écriture-(2).
(1) Consulter le Rapport présenté à M. le Ministre de Finstruction publique par la Commission d’hygiène scolaire (Rapporteur M. Jatàl, député de l’Yonne).
Voir également {Revue internationale, t. I, p. 262 et t. II, p. 47) les résolutions adoptées par la conférence des professeurs de l’Institution nationale.
(2) La plupart des institutions sont renseignées d’avance par les familles, et les instituteurs reçoivent communication des renseignements qui leur sont utiles. Voici les questions auxquelles doivënt répondre les parents des enfants admis à l’Institution nationale de Pans :
Dans le cas où il aurait appris quelque part le langage des signes, on ne devra pas l’autoriser à en faire usage. La méthode orale pure les bannit absolument comme nuisibles
Série de questions relatives à des renseignements que l’élève doit apporter en entrant a 1 institution.
f De Tenfant.
10 Nom et prénoms | Du père.
( De la mère.
2“ Date de la naissance de l’enfant.
i Du père. -
30 Profession...( pe la mère.
40 Demeure, actuelle des père et mère, invités aussi à informer l’Administration de leurs changements ultérieurs de domicile.
50 L’enfant était-il sourd en naissant, ou l’est-il devenu depuis sa naissance?
60 Dans le premier cas, quelles circonstances ont précédé, accompagné et suivi sa naissance? (Accouchement laborieux, forceps, asphyxie en naissant, convulsions, etc.)
Dans le second cas, à quel âge est-il devenu sourd?
70 Depuis le jour de sa naissance jusqu’à celui où il a perdu l’ouïe, a-t-il éprouvé quelque maladie ou quelque accident? Nature de cette maladie ou de cet accident.
(Les oreiUes ont-elles été malades? L’enfant a-t-il eu beaucoup de gourme, des maladies de peau, des glandes engorgées, ulcérées, etc., des convulsions internes, des attaques de nerfs?)
8 ° Est-ce à la suite de cette maladie ou de cet accident qu’il a perdu l’ouïe?
9° Outre la surdité, a-t-il quelque autre infirmité?
10° L’enfant a-t-il parlé avant de perdre l’ouïe?
Jusqu’à quel point et pendant combien de temps a-t-il parlé?
11° Combien y a-t-il d’enfants dans la famille; de garçons, de filles; combien de vivants; de quelle naaladie sont morts ceux qu’on a perdus?
Y a-t-il d’autres sourds-muets dans la famille?
12° Les père et mère, les grand-père et grand’mère sont-ils sourds-muets euxmêmes ou ont-ils quelque autre infirmité?
Sont-ils parents, et quel est leur degré de parenté?
Quel était l’àge du père et de la mère lors de la naissance de l’enfant?
13° L’endroit où demeuraient les . parents, à Ta naissance de l’enfant, était-il dans un pays pjat pu montagneux, sec ou marécageux?
Était-il exposé à l’humidité ou à quelque autre influence atmosphérique particulière?
14° Existe-t-il d’autres sourds-muets dans le lieu de naissance de l’enfant, ou dans le voisinage?
15° Quelle religion professe la famille?
16° L’enfant a-t-il déjà quelque instruction, et où l’a-t-il reçue?
Nota. — Enfin, les parents sont priés de donner tous autres renseignements pouvant fournir quelque indication sur la cause de la surdité chez l’enfant.
à la lecture sur les lèvres, partant à la parole, comme nuisibles également à l’enseignement de la langue.
Les signes, plus facilement perceptibles que les mouvements de la bouche, sont plus séduisants pour l’élève, qui s habituerait à ne recevoir que par leur intermédiaire la pensée de son maître et négligerait volontiers de prêter une attention suffisante aux mouvements des lèvres.
Ces mouvements doivent être consta,mment observés par l’enfant, pour lui rappeler à chaque instant la position des organes dans l’émission des divers sons.
Enfin une lecture sur les lèvres aus>si peu assurée ne pourrait pas, dans la suite, servir de moyen prédominant pour l’enseignement de la langue ; on serait forcé, soit de recourir aux signes, soit de faire à l’écriture une part trop grande. Or ce sont là des instruments plus dangereux qu’utiles pour l’acquisition des formes du langage par l’enfant.
Le seul langage que le maître emploiera dans, ses premiers rapports avec l’élève est \& langage d'action. Une définition précise nous en a été donnée par M. 0. Claveau, dans son rapport de 1881 : «... Le langage d’action, c’està-dire le langage que parle à rintélligence la réalisation complète d’une action matérielle, la désignation directe d’objets ou de phénomènes accessibles à la vue. » Ce langage lui-même ne sera bientôt plus nécessaire, comme nous le verrons plus loin, à propos de la lecture synthétique.