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CHAPITRE III

ÉDUCATION DU TOUCHER

Utilité de cette éducation. — Le sourd-muet est moins sensible que les autres enfants. — Marche à suivre dans cette éducation. — Comment nous avons amené des sourds-muets même peu intelligents à reconnaître an toucher des choses très semblables.

Nous nous sommes efforcé, plus liant (1), de faire ressortir l’importance du. rôle que le toucher était appelé à jouer dans notre enseignement et nous avons fait prévoir qu’une éducation particulière de ce sens devait être faite aussi bien que du sens de la vue.

Pour justifier Putilité de ,cette éducation particulière, il nous suffira de-rappeler; avec M. Th. Arnold (2), que 1 emploi du toucher « est nécessaire à la parole, il remplace l’oreille relativement au son, il produit des effets mentaux directs et, par conséquent, mérite une des premières places

dans l’éducation des sourds-muets ».

De tout temps, les maîtres qui ont enseigné la parole aux sourds-muets ont eu plus ou moins recours au toucher. Mais aucun de ceux qui ont précédé notre génération ne semble s’être occupé de faire l’éducation préalable de ce sens avant de recourir à son contrôle. Et pourtant il en

(1) Voir chap. I.

(2) Communication faite au congrès de Bruxelles.

dl2 COMMENT ON FAIT PARLER LES SOURDS-MUETS.

est du loucher, chez les sourds-mue(s, comme de la vue, comme de l’appareil de la phonation, qui demandent des exercices préparatoires particuliers.

Le toucher est susceptible d’acquérir une délicatesse et une habileté des plus remarquables. On sait quel degré de perfection il atteint chez les aveugles, chez les travailleurs habitués à manier toujours les mêmes matières ou les mêmes outils. Or chez les sourds-muets, pour qui le toucher doit être d’un secours si utile, il est notoire que ce sens est moins affiné, avant toute éducation spéciale, que chez la plupart des enfants jouissant de l’intégrité de leurs sens ; nous avons dit déjà pourquoi ; parce que la sensibilité nerveuse est plus ou moins émoussée chez eux, selon qu’ils sont plus ou moins dégénérés.

Pour apprendre à connaître le son par le toucher et « s’en former une idée en tant que vibration, de la même manière que nous le connaissons en tant que son (1) », pour arriver à distinguer suffisamment entre elles des vibrations fortes ou faibles, étendues ou localisées, il faut donc que le sourdmuet acquière une habileté particulière du tact ; il y parviendra si on fait subir à cette faculté un entraînement analogue, à celui qui a été suivi pour l’éducation de l’œil, et qui aura pour but d’apprendre au sourd-muet à distinguer par le toucher des différences de moins en moins sensibles dans la manière, d’être des choses.

Voici comment nous avons procédé dans notre propre classe : du mouchoir de l’élève nous faisions un bandeau que nous tenions appliqué sur ses yeux pendant qu’il palpait les objets, et que nous laissions glisser aussitôt que l’objet palpé avait été enlevé de sés mains et confondu au

li) Th. Arnold, loc. cit.

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milieu de plusieurs autres. L’élève jetait un rapide coup d’œil sur l’ensemble et ne tardait pas à désigner l’objet qu il avait touché.

Nous avons fait d’abord reconnaître ainsi, par le toucher, des objets bien différents entre eux, comme un cahier et un porte-plume, une ardoise et un crayon ; puis nous avons fait distinguer l’un de l’autre deux objets assez semblables comme forme, mais ne présentant pas les mêmes qualités de poids ou de finesse, comme deux cahiers cartonnés, dont l’un recouvert de toile et l’autre de moleskine, ou deux crayons de même dimension, mais l’un en bois verni et l’autre en bois blanc, deux morceaux de craie inégalement cassés, etc. ; c’étaient, ensuite, trois, quatre, cinq cahiers peu différents les uns des autres, trois, quatre, cinq crayons presque identiques que pouvait faire distinguer seule la façon dont ils étaient taillés ou une légère encoche faite dans le bois.

Enfin, pour nous rapprocher de plus en plus de notre but, nous avons exercé chaque élève à reconnaître un de ses camarades parmi tous les autres, habillés identiquement de la même façon, par les différences plus ou moins sensibles que pouvait présenter la taille, la grosseur, puis en restreignant ses investigations au visage seul.

Nous avons constaté que même les moins intelligents de nos élèves arrivaient vite à percevoir des nuances très subtiles qui auraient échappé à leur attention sans ces exercices particuliers.

LES SOüRDS-AlüETS.

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