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CHAPITRE IV

PRÉPARATION DE l’APPAREIL VOCAL.

Nécessité de préparer les orgaaes de la phonation. — Opinion de MM. Magnat etMarchio. — Procédé recommandé par le D’^ Blanchet. — Émission du souffle. — Spiromètres. — Exercice de la bougie. Résultats produits par cet exercice. — Émission lente et continue du souffle.

Bulles de savon. — Respiration par la bouche seule. — Respiration-

par le nez seul. — Respiration par le nez et la bouche alternativement. — Éducation du voile du palais. — Exercices destinés à favoriser le développement du thorax. — Conclusion.

Appendice: Audiomètre du D*" Ladreit de Lacharrière. — Description et figure.

Bien que nous placions ici la préparation de l’appareil de la voix, ce n’est pas à dire qu’il faille attendre d’avoir terminé les. exercices que nous venons de décrire. Les exercices de préparation de l’appareil vocal se font parallèlement à ceux qui ont pour but de préparer la lecture sur les lèvres et le toucher, ils peuvent commencer aussitôt après les mouvements de gymnastique générale, c’est-à-dire en même temps que les exercices de gymnastique buccale.

La nécessité de préparer les organes qui concourent à la production de la voix est reconnue de ceux-là mêmes qui ne font aucun exercice ayant pour but l’éducation de l’œil. Tous les professeurs d’articulation sont d’accord sur ce point. M. Magnat, en particulier, dit : « Les poumons, dans leurs fonctions, ne recevant que l’air qui est propre à l’acte

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de la respiration, n’ont pas acquis le degré de force nécessaire pour produire des sons. C’est donc par 1 exercice des poumons, qui constituent la partie essentielle de l’organe vocal, que le professeur commencera l’enseignement de l’articulation (1). »

Cette nécessité est exposée d’une façon plus saisissante encore par M. l’abbé Marchio, dans une citation que fait de lui YOrgan (2) :

« Les trois quarts des défauts dans l’articulation de nos élèves sourds, dit le père Marchio, doivent être attribués à une respiration défectueuse. L’action des poumons chez les gens qui parlent a un double but : introduire de l’oxygène dans le sang et fournir le souffle, la matière de la voix.. Les poumons d’un muet, qui ne servent qu’à un seul de ces deux objets, sont conséquemment moins bien développés que ceux d’un enfant du même âge qui parle, et leur fonction s’exécute d’une façon anormale. Cxénéralement, la respiration d’un sourd-muet est courte et suffoquée. Tandis qu’un individu ayant des poumons normalement développés respire de quatorze à vingt fois par minute, unsourd-muetadulte, dans le même laps de temps, respirera de vingt-quatre à vingt-huit fois... Par des soins et l’habitude, on a ramené la rapidité de respiration de sourds parlants à des conditions normales. »

Pour amener le sourd-muet à se rendre compte du jeu de l’appareil vocal, le D” Blanchet (3) recommandait un exercice peu pratique, surtout peu à la portée du maître, qui consiste à faire remarquer à l’élève le jeu des soufflets d’un harmonium (4) mettant en vibration les lames de cet

(1) Mganat, Cours d'articulation, p. 120.

(2) Organ, fév. 1883.

(3) D” Blanchet, La surdi-mutité, t. II, p. 157.

(4) Il y a lieu de supposer que le D>' Blanchet voulait parler d’un accordéon et non d’un harmonium.

instrument. D’autres exercices plus simples sont à notre portée qui nous suffisent amplement à obtenir de l’élève une émission de souffle suffisante et proportionnée à l’effet qui devra être produit.

Avant de passer à la gymnastique respiratoire proprement dite, on exercera l’élève à émettre progressivement la plus grande somme de souffle possible.

Pour rendre cet exercice attrayant, en même temps que pour faire constater à l’élève lui-même ce qu il peut faire et ce qu’il doit faire, on pourra se servir d’un ballon fait d’une vessie et dans lequel il soufflera jusqu’à le gonfler entièrement.

On s’assurera que l’élève ne laisse pas échapper du souffle par le nez. S’il le faisait, on lui presserait légèrement les narines pour empêcher cette déperdition d’avoir lieu et pour lui apprendre à régler la sortie de l’air qui doit se faire dans certains cas par le nez (voyelles et consonnes nasales), mais qui a lieu le plus souvent par la bouche.

Il pourra être utile de faire usage d’un spiromètre, particulièrement pour constater les progrès faits par chaque élève sous le rapport de la capacité pulmonaire et de la durée d’expulsion du souffle. En dehors de cette constatation, les spiromètres sont d’un usage peu pratique dans les exercices journaliers, à cause de leur volume et du soin qu’ils exigent.

Les spiromètres ont pour but, comme leur nom l’indique, de mesurer le volume d’air que peuvent contenir les poumons d’un individu. Nous en signalerons trois seulement ; celui de 1 abbé Marchio, celui de M. Mathieu et celui du D”" Bellangé.

Le spiromètre de l’abbé Marchio, comme le spiromèire dHutchinson, est basé sur le principe des gazomètres d usine à gaz : il se compose de deux cloches maintenues

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en équilibre et renversées sur deux vases remplis d’eau. L’une de ces cloches est destinée à mesurer la quantité d’air émise dans une expiration; l’autre mesure la quantité d’air qu’absorbent les poumons dans une aspiration. Mais cet appareil est trop volumineux pour être utilisé dans nos classes.

Le spiromètre de Mathieu est beaucoup plus simple et plus maniable. Il se compose de deux planchettes, réunies

Fig. 11. — Spiromètre dé Mathieu.

à leurs bords par une peau non élastique. C’est une sorte de soufflet que l’on peut emplir d’air au moyen d’un tube à embouchure (B). Les deux planchettes s’écartent plus ou moins : cet écart est constaté par une règle graduée (A’) fixée à l’un des bords de l’instrument et qui glisse librement sur l’autre bord.

Le spiromètre de Bellangé, tout aussi facile à déplacer que celui de Mathieu, a sur les précédents une double supériorité qui l’a fait adopter à l’Institution nationale de Paris : il fournit des indications plus précises, et ce n’est

plus seulemeut uu simple récipient d’une quantité d’air déterminée, c’est un véritable enregistreur comptant mathématiquement l’air qui passe dans ses organes, et pourant indiquer depuis un centilitre jusqu’à des centaines de litres, soit d’air inspiré, soit d’air expiré.

Ce spiromètre est construit sur les principes d’un compteur à gaz sec et de telle façon que la pression qui le fait

Fig. 12.

marcher soit extrêmement faible, que l’humidité delà respiration ne l’altère pas et que la vapeur d’eau condensée puisse être facilement chassée de l’appareil. L’occlusion des narines étant effectuée par un compresseur, on peut mesurer soit une expiration maxima, soit la quantité d’air qui a passé dans un temps donné, cinq minutes par exemple, dans les poumons de l’élève.

Un système de roues dentées fait tourner deux aiguilles, dont l’une marque les litres (100 litres pour un tour du

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cadran) et l’autre les divisions du litre. On peut donc de la sorte faire des études comparatives et savoir quelle ^st la quantité de gaz expiré dans la même unité de temps par plusieurs élèves.

Pour varier les exercices d’émission du souffle, on fera chasser de petits flocons de duvet ou de petits morceaux de

Fig. 13.

papier, enfin on fera éteindre une bougie à des distances de plus en plus grandes.

Nous avons fait à plusieurs reprises, à l’Institution nationale, un minutieux relevé des distances auxquelles des élèves de première année éteignaient une bougie avant tout exercice spécial de respiration et après un mois de gymnastique pulmonaire. Nous donnons ci-déssous le tableau que nous avons dressé cette année encore.

Nous avons remarqué que les plus faibles voix appartenaient presque toujours aux enfants qui éteignaient la bougie à la plus courte distance, et nous avons été amené à conclure qu’il faut attendre, avant de provoquer et de fixer la voix d’un jeune sourd, qu’il puisse éteindre la bougie au moins à bout de bras, c’est-à-dire à une distance qui varie de 45 à 60 centimètres, suivant la taille de l’enfant.

Tableau des distances auxquelles buit élèves de l’'® année éteignaient une bougie à, leur entrée, puis un mois après.

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