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CHAPITRE PREMIER

INSCRIPTION DES MOUVEMENTS PHONÉTIQUES

Utilité d’une inscription précise des mouvements phonétiques. — M. Vaïsse au laboratoire de M. Marey. — Expériences du docteur Rosapelly. Inscription des vibrations du‘larynx, des mouvements des lèvres, du voile du palais, de la langue. — Quelle utilité pratique peut-on retirer de ces expériences? — Miroir de Czermak. — Étude de la parole dans les livres védiques. — La méthode des enduits colorés de MM. Oakley-Coles et Kingsley. . -

Le maître qui se propose d’enseigner la parole au sourdmuet doit avoir une connaissance très précise des mouvements simultanés des divers organes de la phonation pour la formation de chaque élément. L’étude de ces mouvements lui suggérera les procédés utiles à èmployer pour les faire apprécier par le toucher ou la vue au jeune sourd confié à ses soins. Mais « combien celui-ci ne serait-il pas mieux renseigné sur les actes vocaux qu’il devra repro-

duire, s’il avait sous les yeux les tracés graphiques de tous ces actes! Il chercherait alors à imiter lui-même ces tracés, qui lui serviraient de modèle, et n’arriverait à leur parfaite imitation qu’en exécutant les mêmes actes et en émettant les sons mêmes qu’il s’agit de reproduire (1) ».

Poussé par ces considérations, M, Vaïsse (2), qui, nous l’avons dit plus haut, ne cessa jusqu’à son dernier jour de s’intéresser à l’enseignement de la parole aux sourdsmuets, alla trouver M. le professeur Marey « afin de savoir de lui si la méthode graphique pouvait s’appliquer à l’étude des mouvements si variés et si complexes qui se produisent dans la parole ; si elle pouvait fournir une trace objective des actes exécutés par la cage thoracique, le larynx, la langue, les lèvres et le voile du palais dans 1 articulation des différents phonèmes (3j, en indiquant la manière dont ces actes se succèdent ou se combinent suivant les différents cas ».

M. Marey considéra l’entreprise comme réalisable et chargea M. le docteur Rosapelly de faire, sous sa direction, les expériences que nous allons résumer succinctement.

Dans ces expériences, le docteur Rosapelly s’est efforcé de « caractériser graphiquement chacun des actes phonétiques : vibrations du larynx, mouvements de la langue ou des lèvres, émission de l’air par les narines », puis de « disposer les tracés de ces actes de manière à mesurer leurs rapports de succession et de durée ».

(2) C’était au commencement de l’année 1873 M v*ïco^

société que a même curiosité hantait, mais pour d’autres SéraMoÙ

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Au moyen d’un appareil très ingénieux dont nous n’entreprendrons pas ici la descriplion, M. Rosapelly parvint à inscrire sur un cylindre tournant une série de petits groupes de vibrations dont chacun indique l’instant où a été émis un son laryngé et mesure la durée de l’émission de ce son. Mais ce graphique ne fournit d’indications ni sur la hauteur du son émis ni sur son intensité qui nous intéressent plus que la durée.

S’occupant ensuite des mouvements de lèvres, l’expérimentateur a très bien réussi à fournir le tracé des mouvements verticaux, mais non celui des mouvements horizontaux, au moins aussi utiles à connaître.

Les mouvements du voile du palais, difficiles à explorer d’une manière directe, mais faciles à signaler par l’échappement d'air qui se produit par les narines si le voile du palais est abaissé, par la bouche seule s’il est relevé, ont pu facilement être inscrits.

Quant aux mouvements de la langue, le docteur Rosapelly constate qu’il n’est pas parvenu à les inscrire et que la méthode des enduits colorés donne sur ce point des renseignements précieux.

Dans leur état actuel, les expériences de M. Rosapelly ne peuvent donc offrir une grande utilité pratique pour nous. Mais elles méritent d’être reprises et complétées et alors « le sourd pourra contrôler par lui-même le plus ou moins de correction du son qu’il émet, en voyant si les courbes qu’il inscrit en parlant ressemblent aux types qu’on lui donnera à imiter. L’enseignement de la parole à un sourd serait donc très analogue à celui de l’écriture (1) ».

Avant les essais d’inscription des mouvements phoné-

(1) Marey, Préface du livre déjà cité.

iu COMMENT ON FAIT PARLER LES SOURDS MUETS.

tiques faits au laboratoire de M. Marey, Kœnig, au moyen de flammes vibrantes, était parvenu à faire une analyse optique des sons permettant d’estimer la tonalité des différents sons contenus dans chaque voyelle.

Mais cette méthode présente quelques difficultés pratiques qui nécessiteraient des modifications des appareils pour pouvoir être utilisée avec les sourds-parlants.

jjhonautographe de Scott inscrit « les tonalités diverses des sons émis dans son voisinage et même parfois des sons composés, mais il serait absolument insuffisant dans l’analyse délicate du timbre des voyelles (1) ».

Nous craignons bien qu’il n’en soit de même du jihonoscop^deM. J.-G. Forchammer (1). Cet appareil, au dire de l’auteur, inscrit la hauteur des notes avec beaucoup de netteté et de précision. Mais nous ne l’avons pas vu fonctionner et nous ne pouvons apprécier son utilité pour l’inscription visible des sons de la parole.

Des indications pour nous plus pratiques nous sont fournies par l’emploi du petit miroir de Gzermak, et par la méthode des enduits colorés.

« Gzermak imagina, pour signaler les mouvements du voile du palais, de placer au devant des narines une petite glace froide et bien polie. Chaque fois que l’air s’échappe par les narines dans l’émission de consonnes (ou de voyelles) nasales, on voit la glace se ternir et on obtient ainsi, sans le secours de l’ouïe, la notion des mouvements du voile du palais et de l’émission d’air qui les accompagne. On peut, avec ce contrôle, s’exercer, suivant le cas, soit à produire, soit à éviter ces mouvements (2). »

-m«efs,t.III,p. 232 .

(1) Rosapelly, loc. cit.

( 2 ) Yoir-.Revueinternationale de l'enseignement des sourds-

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Au courant de la période préparatoire, nous avons recommandé l’emploi d’un petit miroir aidé du toucher pour faire l’éducation du voile du palais. On verra par la suite que nous avons de nouveau recours au meme procédé pour apprendre aux sourds-muets à prononcer les voyelles ou les consonnes nasales.

Signalons, au passage, le soin minutieux qui avait été apporté dans l’étude des mouvements de la parole par les prêtres hindous, il y a plus de deux mille ans, et dont on retrouve l’exposé dans les Prâticâkhya des livres védiques. « Cette perfection dans l’analyse du mécanisme de la parole tenait, chez ces Orientaux, à une idée religieuse : ils s’imaginaient qu’une prononciation défectueuse des textes sacrés constituait une profanation; aussi avaient-ils soumis à des lois rigoureuses l’articulation des sons (1). »

M. J. Oakley-Goles a usé d’un procédé expérimental ingénieux pour déterminer les différents points de contact qui s’établissent entre la langue et les parois buccales dans l’articulation des consonnes. C’est la méthode des enduits colorés.

Ce procédé a été repris et poussé à une perfection rare par un autre auteur (2) à qui nous en empruntons la description.

« J’ai moulé, nous dit M. Kingsley, la partie supérieure d’une bouche depuis les limites derarrière-bouche, et sur ce moulage j’ai appliqué une plaque de vulcanite noir (fig. 20).

(1) Rosapelly, loe. dt.

(2) Norman W. Kingsley, A Treatise on oral deformities, London, 1882.

Quand il s’agit de se servir de cette plaque pour apprécier l’articulation, je l’ai peinte à l’aide d’un mélange de craie et d’alcool, puis je l’ai introduite dans la bouche. Le son à expérimenter fut émis aussi clairement que possible, puis la plaque fut enlevée. Si la langue avait touché la paroi supérieure de la bouche, les dents ou 4e palais en un point quelconque, une portion de la surface blanche élait enlevée, exposant distinctement la surface foncée sur laquelle avait eu lieu le contact. La forme du contact dans un son donné a été ensuite dessinée sur un moulage de la paroi supérieure de la bouche et reproduit dans les figures qui accompagnent ce livre. »

Ces expériences ont été répétées maintes fois avec les mêmes sons, à des jours et avec des individus différents, jusqu’à ce que l’uniformité des résultats fût bien établie et que les différents moulages fussent conformes entre eux pour un même son.

Nous n’avons trouvé décrits ces points de contact de la langue dans aucun traité d’articulation, et nous sommes d’autant plus heureux de pouvoir en fournir le détail dans les chapitres qui vont suivre (v. fig. 31, 35, 48, 52, 55, 59, 62, 66, 70, 73 et 74). Leur importance est grande et fait mieux ressortir l’analogie qui existe entre certaines lettres d’un même groupe. Le maître y puisera des indications précieuses pour la correction des défauts d’articulation.

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