‹ Comment on fait parler les sourds-muetsChapitre 30 sur 85 · SONS : A, O, OU · texte numérisé non relu

SONS : A, O, OU

Aspect du visage et jeu des organes dans l’émission de ces sons. — Moyen de les enseigner, — Défauts les plus communs et procédés à employer pQ jir les corriger. — Rapprochements philologiques.

a. — Ce son vu (fig. 21) nous présente la bouche largement ouverte, sans exagération; les incisives supérieures sont visibles pendant que les incisives inférieures affleurent à peine au bord de la lèvre (1); on aperçoit la langue mollement étendue sur le plancher de la bouche, sa pointe en arrière des incisives inférieures.

C’est le son le plus facile à lire sur les lèvres et il est bien rare qu’un sourd-parlant le confonde avec un autre.

Le JEU DES ORGANES (fîg. 22) est des plus simples : la mâchoire s’abaisse, le voile du palais se relève et intercepte le passage du son par les fosses nasales, les lèvres et la langue n’ont aucun rôle, actif. Ce dernier organe ne touche la voûte palatine en aucun point. Pour apprendre à l’élève à prononcer ce son, il suffit donc d’ouvrir la bouche comme il convient devant lui, en ayant soin de se placer dans un jour favorable, et de lui faire sentir avec la main que le larynx vibre.

(1) Nous parlons des sujets dont la dentition n’offre rien d’anormal.

Quoique ce son offre généralement peu de difficultés^ cependant quelques défauts se présentent parfois.

L’enfant ouvre trop la bouche en hauteur ou en largeur : le placer devant un miroir et l’amener à donner à sa bouche la disposition convenable; il relève la langue ou la

retire vers le voile du palais, de façon à faire passer tout ou partie du son par le nez : on lui tiendra la langue abaissée avec une spatule ou un coupe-papier (fig. 23).

Il donne un son nasillard : c’est qu’il ne relève pas le voile du palais; dans ce cas, il faut revenir aux exercices indiqués pour corriger la voix nasillarde

sons: a, O, OU.

La même observation s’applique à tous lès défauts de la voix qui pourraient se présenter.

Il prononce è au lieu de a : c’est qu’il n’ouvre pas assez la bouche et que la langue se relève en s’arc-boutant contre les dents inférieures. On lui abaissera le menton d’une main pendant que l’autre, munie de la spatule, tiendra la langue couchée sur le plancher de la bouche (fig. 23).

11 y a une très grande parenté entre le mécanisme de l’a et celui de l’à, comme nous le verrons en parlant de ce dernier, ce qui explique la facilité avec laquelle le sourdmuet substitue l’une à l’autre, ce qui explique aussi les substitutions qui se sont produites dans notre langue, comme elles ont dû se produire dans d’autres idiomes. Pour ne parler que du français et du simple changement de a en è, on constate que ce changement a eu lieu dans les mots :

Rez (du vieux français ras), aigus (de agus), guérison (de guarison), et dans tous les mots provenant de mots latins dans lesquels Va était bref : aime [amo), main [manus], clair

Fig. 23.

{darus), pain [panem), vrai [veracem], assez [ad satis) ; les ou lez [iatus], mer [mare), chez [casa), etc...

O. — Pour rémission de ce son, la bouche est un peu moins ouverte que pour a, elle présente une ouverture arrondie figurant assez exactement un o, comme on l’a fait remarquer souvent; les dents ne sont pas visibles, la langue, non plus. ®

Comme lectures™ les lèvres (fig.24), ce son peut être

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assez facilement confondu avec eu. Nous en verrons la raison en parlant du mécanisme de ce dernier.

Le JEU DES ORGANES (fig. 25) esl un peu moins simple que pour a : la mâchoire s’abaisse moins que dans l’émission de ce

dernier ; le voile du palais se relève, comme précédemment, à sa hauteur maxima; le muscle orbicülaire des lèvres se contracte et celles-ci se rapprochent un peu, de façon à former l’ovale tout en s’écartant légèrement des dents ; les joues se creusent légèrement ; la partie antérieure de la langue est déprimée pendant que la partie postérieure se relève assez haut vers le voile du palais, de manière à rétrécir le passage de l’air, mais sans toucher par aucun

LES SOÜRDS-MÜETS.

point le palais, ni les limites alvéolaires de l’arcade dentaire supérieure.

Les principaux défauts qui peuvent se présenter à propos de l’émission de cette voyelle sont les suivants :

L’élève émet un son qui se rapproche plus de Ya que de Vo : c’est qu’il ouvre trop la bouche et qu’il ne recule pas sa

Fig. 25.

langue vers le fond de la cavité buccale. Après l’avoir amené à faire prendre à ses lèvres la position voulue, en se plaçant avec lui devant un miroir, on poussera tout doucement la langue vers le fond de la bouche au moyen d’un crayon.

Le son émis peut aussi ressembler beaucoup plus à ou qu’à O : c’est que l’ouverture de la bouche est trop étroite que les Iwres avancent trop, et que la langue recule trop vers le pharynx. On remédiera à ces trois excès enabaissant avec le pouce le menton de l’enfant, en ramenant avec de

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légers coups du plat de la main les lèvres contre les dents et en retirant la langue un peu vers soi au moyen de la spatule.

Enfin l’o peut se'rapprocher d’un e ou eu, c’est que la langue touche de la pointe aux incisives inférieures, se soulève dans sa partie médiane et non à sa partie postérieure et touche des deux côtés les limites alvéolaires de l’arcade dentaire supérieure à la hauteur des trois dernières molaires. On corrigera ce jeu de la langue en appuyant légèrement avec le doigt sur le milieu tout en la repoussant vers le fond de la bouche.

Ce retrait de la langue vers le voile du palais occasionne quelquefois un nasillement assez prononcé. On le corrigera comme il a été dit au chapitre de la correction des défauts de ta voix.

Les exemples du changement de o en ou ou en eu sont très nombreux dans l’histoire de notre langue. Qu’il nous suffise de dire qu’en règle générale o latin est devenu ou en français lorsqu’il était long dans la première langue, et qu’il s’est transformé en eu quand il était bref en latin :

Farouche (/«îrocem), bœuf etc.

ou. — On pourrait dire de ce son que c’est un o fermé. En effet, pour le passage de o à ou, on voit les lèvres se rapprocher un peu plus, toujours en s’arrondissant, et s’avancer de plus en plus en s’écartant des dents, qui restent invisibles (fig. 26).

Il y a une grande analogie, comme nous le verrons, entre l’aspect de ce son et celui de Vu. Aussi peut-il être confondu avec lui par le sourd lisant sur les lèvres.

Le JEU DES ORGANES (fig. 27) qui produit cette voyelle est le même que dans la formation de o. Il est seulement plus accentué. Le rapprochement des mâchoires est plus consi-

dérable, le muscle orbiculaire se contracte de plus en plus, et la langue se retire de plus en plus aussi vers le pharynx de façon à rendre plus étroit encore l’isthme du gosier, le rôle du voile du palais ne change pas.

Fig. 26, — OU.

Les DÉFAUTS qui peuvent se présenter dans l’émission de cet élément sont assez considérables.

D’abord, il peut ressembler à un o .* c’est que l’orifice buccal est trop grand et la langue pas assez repoussée. On reviendra à l’articulation de et l’on passera à l’o pour arriver à ou, en faisant bien remarquer à l’élève au moyen du miroir que l’orifice buccal se rétrécit de plus en plus

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et que la langue se retire au fur et à mesure plus profondément.

Les lèvres étant placées comme il convient, l’enfant peut faire entendre un u ; c’est que sa langue vient s’arc-bouter contre les dents inférieures, se soulève en son milieu et touche des deux côtés aux molaires supérieures. On corri¬

gera ce défaut en abaissant la langue et la repoussant au moyen d’un crayon.

On pourra faire remarquer à l’enfant qu’une feuille de papier suspendue devant sa bouche ne remue presque pas quand il prononce u et est vivement repoussée quand il dit ou (v. fig. 28).

En reprenant les trois éléments «, o, ou^ on attirera également son attention sur ce fait que le papier ne remue pas quand on prononce a, s’ébranle légèrement quand on dit o,

et se déplace d’une façon très marquée quand on profère ou (1).

Parfois, Vou résonne très faiblement ; on entend seulement un bruissement semblable à celui qui accompagne

Fig. .28. — OU.

l’émission de certaines consonnes : cela provient de ce que l’élève allonge trop les lèvres et que l’orifice buccal est trop

(1) La même expérience peut être faite avec une bougie allumée placée à0™,20 de la bouche. La flamme ne bouge pas quand on prononce a remue légèrement pour o et s’agite d’une façon très marquée pour ou. A ce propos, nous trouvons en. défaut une observation rapportée par M. Legouvédans son Art de la lecture qui abonde, cependant, en conseils judicieux; « Le chanteur Belle Sedie, dit-il, exécute devant une bou-^ie allumée une gamme montante et une gamme descendante sans que^la flamme s’agite. « C’est très vrai quand cet artiste chante sur l’a, sur l’ê ou sur Vi; mais il lui serait impossible d’en faire autant sur Voü.’

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étroit. On ramènera donc les lèvres vers les dents, tout en élargissant l’orifice avec un doigt ou un crayon.

Ce défaut peut provenir aussi de ce que le larynx ne vibre pas suffisamment. A l’aide du toucher, on fera remarquer à l’élève qu’il ne produit pas ce qu’il faut.

Très souvent, les soiirds-parlants font suivre le son ou d’un autre son, tel que a ou e et disent ou-a^ ou-e : c’est qu’ils continuent à faire vibrer leur larynx alors que leurs lèvres ont déjà quitté la position de Vou. Il faudra leur faire remarquer que le Jeu du laryux cesse avant le déplacement des lèvres et que la voyelle peut être prononcée plusieurs fois de suite sans que les lèvres aient à remuer, y Il en est de même, d’ailleurs, de toutes les voyelles.

Le nasillement peut se produire plus facilement encore dans l’émission de ow que dans celle des deux éléments déjà étudiés, car la base de la langue se rapproche de plus en plus du voile du palais et la sortie ménagée au souffle est tellement réduite qu’une déviation peut avoir lieu et la voix s’échapper par le nez. Nous avons dit comment on corrige ce défaut. s.

Les changements de ou en o se sont produits aussi fréquemment dans notre langue que les changements d’o en ou. On en trouvera de nombreux exemples dans l’excellent dictionnaire étymologique de Brachet et dans la Grammaire (cours supérieur) de MM. Brachèt et Dussouchet.

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