‹ Comment on fait parler les sourds-muetsChapitre 31 sur 85 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

SONS : È, É, I

Aspect du visage. — Jeu des organes. — Points de contact de la langue avec le palais, r— Moyens d’enseignement. — Défauts les plus communs. — Procédés à employer pour les corriger. — Rapprochements philologiques.

è. — Dans la production du son è, la bouche est entr’ouverte et le§ commissures des lèvres écartées, de manière à laisser voir les dents d’en haut et celles d’en bas séparées par un intervalle représentant l’épaisseur du petit doigt. Quand la bouche est convenablement éclairée, on voit très bien lalangue placée derrière les incisives inférieures (fig. 29).

La lecture de ce son sur les lèvres est généralement facile. Une peut guère être confondu avec d’autres.

Quant au jeu des organes (fig. 30), il demande une attention particulière parce qu’il commande celui de l’é fermé et de l’i, comme nous le verrons.

Pour former l’è, les mâchoires se rapprochent un peu plus que pour o, et les commissures des lèvres sont légèrement tirées en arrière. La langue joue le rôle le plus important : pour la première fois, Jusqu’ici, elle touche la partie supérieure delà bouche, comme le montre la figure 31 à proximité des trois dernières molaires ; elle s’arc-boute de la pointe contre les incisives inférieures et se soulève en son milieu de façon à réduire à peu près de moitié l’inter-

valle qui existait entre sa face dorsale et la voûte palatine dans rémission de O.

Le voile du palais garde la place qu’il occupait dans a, o^ou. L’è peut être prononcé plus ou moins ouvert, plus ou moins fermé ; mais, dans tous les cas, la langue doit avoir avec

Si Vé est fermé, ou qu’il ressemble à un i, c’est que les dents sont trop rapprochées et que le contact de la langue avec la voûte est trop étendu. Il suffira de faire ouvrir un peu la bouche pour corriger ce défaut.

Pourtant, si l’enfant prononce un é fermé convenable, le maître pourra en profiter pour fixer ce son, car c’est une forme de Vè très commune dans notre langue.

Pour mieux faire saisir le jeu très délicat de la langue dans la fonction de Vè ouvert et de Vé fermé, il sera utile de faire usage d’un miroir à main que l’on peut rapprocher plus facilement du visage et placer dans l’angle qui convient le mieux pour bien éclairer la bouche (v. fig. 32 ),

é. — Ué fermé se comporte, par rapport à é ouvert, comme ou par rapport à o : c’est le même jeu plus accentue. Les dents se rapprochent un peu plus, de même le retrait des commissures des lèvres s’accentue, enfin la

sons: È, É, I.

langue appuie un peu plus fort contre les incisives inférieures et touche une surface un peu plus considérable de la voûte palatine. Ce contact a lieu, en avant, jusqu’à la première molaire.

Ce son peut facilement être confondu, comme lecture sur les lèvres et comme articulation, avec ses deux proches vè ou rc

Il est assez difficile à faire émettre et à fixer. Voici le

Fig. 31.

procédé qui nous a le mieux réussi pour l’enseigner : nous avons attendu que l’élève pût prononcer i; alors, avec la poinled’un crayon, nous avons légèrement rabaissé la pointe de la langue de façon à diminuer un peu la surface de contact de cet organe avec la voûte. Par ce procédé, le son sort moins aigu que i, moins ouvert que è ; il tient le milieu entre les deux : c’est Vé fermé.

Les changements de è en a et de é eh i sont communs dans notre langue.

è s’est changé en a dans le mot langage (autrefois languaigê)^ image (anciennement imaige) et autres mots sem-

blables. L’é fermé s’est changé en i dans une foule de cas comme dans les verbes accomplir, abolir, appartenir, avertir, emplir, fleurir, qui viennent des.mots latins complere^ abolere, adpertinere, implere^ ftorere; et dans les substantifs

Fi^^ 32. — È, É.

alise {alesia), boutique [apotheca), cire (cera), église (ecclesia),

parchemin etc., etc.

i. — La bouche, au moment de l’émission de i, a un aspect caractéristique : elle prend l’expression du rire (fig. 33).

ussi ce son ést-il un des plus faciles à reconnaître pour a. VHP ^

Le jeu des organes est très semblable à celui de l’é, mais tout est plusmarqué. Les dents sont très rapprochées, sans

SONS : È, É, I

se toucher toiUefois ; on doit pouvoir passer entre elles l’épaisseur dhme pièce de cinquante centimes.

Les commissures des lèvres sont tirées dans leur écartement maximum.

La langue s’arc-boute fortement contre les incisives

■ Fig. 33. — I.

inférieures, se relève de plus en plus et la surface de contact de cet organe sur la voûte augmente en largeur et en longueur (v. fig. 35). Le passage de l’air est rendu si étroit à ce moment, que le souffle sonore, pressé entre la face dorsale delà langue et la voûte palatine, communique àcelleci des vibrations très fortes qui sa transmettent à tout le crâne et sont particulièrement sensibles au-dessus de la

tête. On attirera plus spécialement l’attention de l’élève

sur ce phénomène pour l’amener à prononcer i (v. fig. 36 ),

§ s’il ne pouvait l’émettre sponta-

Le son prononcé par l’élève peut ressembler plus à è ou e qu’à i; c’est qu’il ne ferme pas assez la bouche, qu’il n’écarte pas assez les commissures des lèvres, qu’il n’appuie pas assez vigoureusement la pointe de la langue contre les incisives inférieures et qu’il ne relève pas Fig. 3o. assez le dos de cet organe vers

la voûte palatine. On fera d’abord fermer la bouche au degré voulu, puis on appuiera avec

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le pouce ou le médius entre le menton et le larynx pour faire bomber la langue, on écartera les commissures axec le pouce et Tindex s’éloignant l’un de l’autre (v. fig. 36); enfin on attirera tout spécialement son attention sur le

une pièce de cinquante centimes, un jeton, le bout de la spatule ou simplement l’ongle du pouce. Ce défaut peut provenir aussi de ce que la langue touche toute la eurface de la voûte palatine et arrête le passage du souffle. Dans ce cas, il faut revenir à l’articulation de a, ê, é, pour passer hi en tenant la langue légèrement abaissée avec la spatule.

Les changements de i en é sont assez fréquents : par exemple dans le mot lettre (du latin litterd) et dans une foule de verbes, comme les composés de mettre : com mettre, permettre, promettre, remettre qui dérivent tous du latin mit ter é.

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