CONSONNES ; P, B, M
Quelquefois l’enfant déplace sa langue en même temps qu’il ouvre les lèvres et un élément étranger vient s’ajouter au P : il dit, alors, pk^ ps. On veillera à ce qu’il laisse sa langue couchée immobile sur le planchër de la bouche.
Certains élèves serrent trop les lèvres et font des efforts exagérés qui rendent l’articulation trop lourde et disgracieuse : frôler rapidement leurs lèvres avec le doigt,
de façon à les amener à une action plus souple ét plus naturelle.
On joindra au plus tôt cet élément aux voyelles connues de l’élève, et on n’insistera pas trop sur l’émission isolée de la consonne.
La similitude ’qui existe entre le jo et le é explique les changements fréquents que l’on trouve dans notre langue : nous voyons le p se changer en b dans les mots : abeille
dérivé du latin a^icula, câble de cajîmlum, double de du j»lus, cabane de cajî?anna, gobelet de ciijoelletum, vignoble de viniojoulens, etc., etc.
h. — L’aspect du visage, dans la production dé cet élément, est bien peu différent de ce qu’il est pour la formation de l’élément précédent. Il se produit seulement un
léger abaissement de la région sus-hyoïdienne qui peut échapper à l’œil le plus observateur.
Ce n’est qu’en portant la main à celte région que Tentant peut nettement saisir la différence qui existe entre le P b.
Le jeu des organes ne diffère du p au b que par le bruissement laryngien qui accompagne la formation de ce dernier..
consonnes; p, b, m.
Oû enseignera donc cet élément au jeune sourd en attirant son attention sur ce bruissement, sensible au toucher, et sur l’abaissement de la région sus-byoïdienne qui l’accompagne (v. fig. 42). Il se produit aussi un très léger gonflement des joues sur lequel il sera prudent de ne pas
Fig. 42. — B et D.
attirer l’attention de l’élève, car il serait porté à l’exagérer et à contracter ainsi un défaut difficile à corriger par la suite. ‘ ■
L’enseignement du b présente plus de difficultés que celui de diverses autres consonnes, à cause de l’analogie qu’il présente avec deux autres éléments, le p et le m. L’élève émettra souvent l’un ou l’autre de ces deux derniers au lieu du ô.
S’il articule p, c’est qu’il ne se rend pas suffisamment compte de l’effort laryngien à produire. On attendra, dans ce cas, que l’enfant soit capable de prononcer ot# que l’on fera accompagner d’abord du p, puis du v ; on passera assez facilement de pou et vou à bou.
Si l’enfant donne un m pour b, c’est que le voile du palais est abaissé et que l’air s’échappe par les fosses nasales. On sait comment se corrige cette fausse direction du souffle.
S’il fait précéder le b d’un m, et dit mb, on lui fera remarquer que le souffle ne n’échappe à aucun instant par le nez et que les ailes du nez ne vibrent pas.
Les substitutions du Z» au sont assez communes dans l’histoire de notre langue; on trouve aussi quelques exemples du changement du b en m, tel que samedi de sabôati.
La forme du B majuscule rappelle assez le profil des lèvres dans la formation de cet élément.
m. — Cet élément peut être facilement confondu avec l’un ou l’autre des deux précédemment étudiés, car l’aspect du visage est presque entièrement pareil (fig. 43). Il est vrai que les lèvres appuient moins fortement l’une contre l’autre et que les ailes du nez vibrent (ce qui n’avait pas lieu pour les éléments p oi b)\ mais ces phénomènes passent inaperçus dans 1 articulation courante. Si on les exagère pour les rendre plus sensibles à l’enfant, on risque de faire contracter à celui-ci des défauts d’articulation, ou bien on établit entre le maître et lui des signes conventionnels du visage de nature à donner le change sur l’aptitude de l’enfant à lire sur les lèvres.
La différence caractéristique qui existe dans le jeu des organes entre b et m, c’est que, pour ce dernier, le voile du palais s’abaissant (fig. 44), une partie de l’air s’échappe par les fosses nasales. Ce phénomène est facile à percevoir
consonnes: P, B, M.
en mettant un petit miroir sous le nez : on voit sa surface se couvrir d’une légère buée. On sent aussi, au toucher, les ailes du nez vibrer assez forlement.
11 suffira le plus souvent d’attirer l’attention de l’enfant sur
ce dernier phénomène (fig. 45) pour lui apprendre à émettre cet élément.
Il existe une différence de pression des lèvres, entre jo, h, et la consonne m, que nous ne devons pas négliger de signaler. Dans le p et le b, le milieu des lèvres seul participe à l’explosion ; dans le m, les lèvres cèdent dans toute leur étendue et elles n’appuient que mollement l’une contre
l’autre, tandis qu’il y a uu effort bien plus marqué dans la production de et ô.
Le m est un des éléments les plus faciles a enseigner au sourd-muet, peut-être le plus facile, aussi avons-nous vu que c’est par lui que commencent certains maîtres pour provoquer la voix chez le jeune sourd.
Néanmoins il pourra se faire que l’enfant prononce
un h ou un n au lieu du m. Dans le premier cas, il pince trop les lèvres et n’abaisse pas le voile du palais ; dans le second cas, il déplace la langue qu’il porte soit contre les dents supérieures, soit contre le voile du palais. Il arrive plus fréquemment que l’élève fait suivre le m d’un 5. C’est qu’il déplace le voile du palais avant l’ouverture de la bouche. Signaler ces défauts, c’est indiquer le moyen de les corriger : on emploiera les procédés que nous avons déjà décrits.
consonnes: P, B, M.
Nous avons vu qu’on trouvait des exemples de la substitution du h au m et inversement ; mais on voit plus souvent le m se changer en n : natte (de matta), nappe (de mappa), changer (de cambiare), printemps (de prim’tempus), ronger (de ruw’gare), songe (de somnium), etc. On sait que les
Fig. 45. — M.
personnes enrhumées du cerveau transforment tous les m en h et disent bouton pour mouton, (Mouchoir pour mouchoir. Ce phénomène s’explique aisément par ce que nous savons du rôle des fosses nasales dans la formation du timbre particulier du m ; celles-ci étant obstruées, le m se transforme en b.