CHAPITRE XII
CONSONNES : lu, R.
Aspect du visage et jeu des organes dans la formation de ces consonnes.
— Moyen de les enseigner. — Défauts les plus communs et procédés à
employer pour les corriger. — Rapprochements philologiques.
1. — Dans l’émission du /, on voit (fig. 64) la langue se placer derrière les incisives supérieures comme pour d, t; aussi le jeune sourd peut-il confondre cet élément avec l’un des trois ci-dessus, à moins qu’on n’exagère intentionnellement le mouvement de la langue, exagération toujours fâcheuse, comme nous l’avons dit à propos du n.
Le jeu de la langue n’est pourtant pas le même que pour les trois articulations étudiées au chapitre précédent. La pointe seule de . cet organe vient s’appuyer contre les gencives des incisives supérieures, dans l’angle qu’elles forment avec la voûte palatine (v. fig. 65). Les bords de la langue ne touchent pas aux gencives des molaires (6g. 66) et laissent passer entre eux et ces dernières le souffle, qui fait vibrer mollement les bords de la langue et, par influence, les joues.
G est en faisant sentir par le toucher ces vibrations
des joues (fig. 67) qu’on amènera l’élève à produire le /.
consonnes: L, R.
Ce moyen ne réussira pas toujours suffisamment et il importe, pourtant, d’obtenir cet élément rigoureusement pur, car il se présente à tout propos dans notre langue, en particulier dans les articles et certains pronoms (le, la les, lui, le, leur, etc.).
C’est surtout pour préparer la bonne articulation de
cet élément que la gymnastique linguale faite au courant de la période préparatoire aura été utile.
de Beaulieu, belle-mère d’un sourd-muet qu’elle instruisit elle-même, imagina un procédé qui mérite d’être signalé, quoique peu pratique dans nos classes: « Je me
souviens que la lettre /, raconte-t-elle (1), me demanda plusieurs jours de travail; j’y tenais beaucoup à cause de sa similitude avec le pronom ; désespérant d’y parvenir, je m’avisai de verser de la crème dans une soucoupe, et prenant un chat dont je tolérai la présence sur la table de travail, je le mis devant le liquide affriolant en faisant remarquer à l’enfant les mouvements de sa langue rose.
Fig. 6S.
Je lui donnai l’autre soucoupe; la démonstration eut un plein succès. »
Si l’élève donne un pour un /, c’est que les bords de la langue ne sont pas libres et touchent les dents tout autour.
S’il donne un n, c’est que le voile du palais est abaissé.
La facilité avec laqueUe ce défaut peut se produire et
(1) Voir le compte rendu du congrès de Milan. -
consonnes: L, R.
sa fréquence expliquent les nombreux changements qui se sont produits du n en l et inversement. ' .
iV est devenu l dans orphe/in dérivé de orpJianinus^ Château-Xandon de Castellum Nantonis^ Bo/ogne de Bononia, Roussi/Ion de Buscinionem^ entrai/les de intranla^ fa/ot du vieux français fawot, dérivé lui-même du grec çavoç, etc.
La substitution inverse est également fréquente: ainsi / s’est changé en n, dans les mots ; Mar/îe, dérivé du
Fig. 66.
vieux français Mar/e ; niveau, du latin libella-, pêne, du vieux français pes/e ; queiîouille, du latin colucla, etc.
r. — Cet élément pouvant être articulé de deux manières peut se présenter sous deux aspects différents. Dans le r lingual, on voit (fig. 68) la pointe de la langue vibrer rapidement en des oscillations qui vont du palais au bord des incisives supérieures. Ces mouvements sont d’autant plus visibles que le r est associé à une voyelle plus ouverte.
Dans le r guttural, la langue ne fait aucun mouvement
et cet élément est alors très difficile à lire, il a l’aspect du k. Le sourd ne peut que deviner sa présence d’après la composition générale du mot qu’on lui donne à lire.
Le jeu de la langue, dans le r lingual, diffère de celui du / en ce que, au lieu de vibrer sur les côtés, elle vibre par sa pointe seulement et que, au lieu d’appuyer delà
pointe contre 1 arcade dentaire, elle appuie par ses côtés (v. fig. 70). Ainsi l’ordre des mouvements de la langue est juste l’inverse chez l’un de ce qu’il est chez l’autre. On le remarquera mieux en rapprochant l’une de l’autre les deux figures 66 et 70 : elles sont complémentaires, c’est-à-dire que le tracé du contact lingual dans / ajouté au tracé du contact lingual dans r complète le circuit.