‹ Comment on fait parler les sourds-muetsChapitre 52 sur 85 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nécessité d’étudier les diverses déformations des sons accouplés. — Consonne précédant la voyelle, — Consonne placée après la voyelle. — Syllabe répétée. —Mots composés de syllabes simples différentes. —Voyelle prise entre deux consonnes. — Consonne prise entre deux voyelles différentes. — Symphones : accouplement de deux labiales, d’une labiale et d’une dentale, de deux dentales, d’une dentale et d’une gutturale, de deux gutturales, d’une gutturale et d’une labiale. — Remarque. — Diphtongues. — Consonnes précédant une diphtongue. — Articulations complexes ill, et gn. Principe général : du retour à la position de repos.

Quand on se propose d’enseigner la parole articulée au s ourd-muet, il ne suffit pas de lui apprendre à bien émettre chaque son séparément, à bien articuler chaque consonne, il faut surtout l’exercer à bien associer ces éléments entre eux. C’est le but des exercices de syllabation.

Le professeur qui n’a pas fait de la syllabation méthodiquement, en passant en revue les diverses formes de syllabes pour rompre son élève aux déformations que subissent tels éléments mis en contact de tels autres, s’exposa à se heurter plus tard à des défauts de prononciation qui lui seront d’autant plus difficiles à corriger qu’il devra les corriger tous à la fois et que l’élève aura pris une longue habitude de ces défauts.

Nous avons entendu très souvent des confrères en démutisation s’étonner de ce que la parole de leurs élèves fût moins intelligibleen quatrièmeouencinquièmeannéequ’enpremière. Et cependant, quand ils faisaient articuler séparément chaque son, pourvoir où était le défaut, chaque son sortait pur et net. Chaque partie étant très bonne, mettons parfaite, ils ne s’expliquaient pas que le tout ne le fût pas aussi. Ils y perdaient leur latin et oubliaient cette observation d’Horace :

<( ... Infelix operis summa,

Quia ponere totum nesciet. »

Chaque détail a beau être parfait, l’ensemble peut être mauvais faute d’avoir su associer les parties entre elles et les fondre dans un tout harmonieux.

1*" C’est qu’il y a des règles à observer dans la liaison des i sons, dans la liaison des syllabes, dans la liaison des mots, I dans la liaison des propositions, dont ils ont négligé de k^tenir le compte important qu’il faut en tenir.

Nous ne nous occuperons dans ce chapitre que de la liaison des sons et de la liaison des syllabes, remettant la liaison des mots et des propositions à la sixième partie. Citons des exemples :

r L’élève prononce^jEow pour pou, pti ^owv pi, etc. ;

■— oupK pour oup, ipY. pour ip;

^ touKtou pour toutou, tikii pour üti]

^ poteau,coutKO^QMv couteau;

poukp pour poup,pitp pourjoïjo; jetté pour oKpa pour opa ;

AE/m pour spa, s^ti pour sti; solEclat^onv soldat, volEga ^ouvvolga; iko pour io, mou pour iou; pi-oupi-ou pour pioupiou, etc.

Ces exemples correspondent aux dix catégories de syllabes que nous allons étudier successivement :

1° Syllabe simple où la consonne précède la voyelle ;

T — où la voyelle précède la consonne ;

3“ — — répétée ;

4“ Groupes syllabiques composés de syllabes simples différentes ;

5® Voyelle prise entre deux consonnes ;

6® Consonne prise entre deux voyelles ;

7® Symphone au commencement ou à la fin d’un mot;

8° — entre deux voyelles ;

9° Rapprochement de deux voyelles (diphtongue) ;

10® Consonne précédant une diphtongue.

Si l’on veut bien remarquer que tous les défauts signalés plus haut et leurs similaires se rencontrent fatalement chez la plupart de nos élèves, on voit de quelle importance doivent être les exercices qui tendront à les faire disparaître.

Consonne précédant la voyelle. — Quoique la syllabe simple et directe (/;«, po^ pou) soit d’une émission relativement facile, il arrive fréquemment que l’élève prononce pKO pour po, pmu pour pou^ pti pour pi^ ou, en changeant la consonne : tKo, fk.o, câo, etc. pour to, fo^ co. Cela provient de ce que notre jeune sourd ne donne pas par avance à ses lèvres la position qui convient à la voyelle qui va suivre. Or, il est nécessaire que la consonne précédant une voyelle s’accommode de l’ouverture de bouche suffisant à la voyelle qui la suit, ce qui revient à dire, comme l’a f^'j‘hS9^’^hér M. J. Vatter, dans un travail sur cette question, « qu’il y a pour chaque consonne autant .d e„

variétés qu’il y a de voyelles avec lesquelles elle peut être , accouplée ».

Le maître aura donc soin d’observer, en faisant précéder chaque voyelle de chacune des consonnes enseignées, que l’élève, avant même d’articuler la consonne, donne à sa

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