‹ Comment on fait parler les sourds-muetsChapitre 55 sur 85 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DIFFICULTÉS PROVENANT DE l’oRTHOGRAPHE.

Anomalies de-l’ortliograplie. — Pourquoi le sourd-muet ne commet pas de fautes d’orthographe. — Voyelles pures, voyelles nasales, consonnes, étudiées au point de vue de leurs équivalents, des cas où elles perdent leur valeur habituelle et des cas où elles sont nulles. — De l’e muet à la fin des mots : Règle. — Consonnes redoublées. — Signes orthographiques. — Simplification de l’orthographe : vœu des grammairiens de Port-Royal; sociétés qui poursuivent actuellement la réforme de l’orthographe; but à atteindre. — Utilité d’un syllabaire ou de tableaux de syllabation. — Première nomenclature. — Indication d’exercices.

Les mois ne s’écrivent pas toujours comme ils se prononcent : un même son peut être figuré par des éléments graphiques très divers ; la lettre qui le représente habituellement peut perdre sa valeur propre en présence d’une autre, et beaucoup de lettres ne se prononcent pas. Il est donc nécessaire de familiariser le plus possible le sourd parlant avec ces bizarreries de l’orthographe, pour l’amener à lire intelligiblement un texte écrit. Il esta peine nécessaire de faire remarquer qu’on n’attendra pas d’avoir triomphé de toutes les difficultés que nous avons passées en revue pour donner à l’élève la notion des principaux équivalents et l’empêcher de prononcer telles lettres nulles. Dès qu’il a pu assembler des syllabes formant des mots usuels, nous avons vu (1) qu il était bon de lui fournir la signification de

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quelques mots et leur valeur graphique, quelle que pût être leur orthographe.

On a dû lui faire prononcer les mots chapeau, bateau, couteau, gâteau, balai comme s’ils étaient écrits chapes, bato, couto, gato, balè, elles mots lit, chocolat^ toupie, bougie, sans faire entendre la lettre finale. Dans le mot lait l’observation a été double. Ces dérogations l’ont un peu surpris d’abord, mais il les a acceptées sans sourciller, parce qu’elles venaient du maître, et il s’est vite habitué à l’orthographe spéciale de ces mots que, désormais, il ne pourra plus enfreindre.

Le sourd-muet, en effet, offre cette particularité, surprenante pour le commun du public, qu’il ne commet pas de fautes d’orthographe, si ce n’est des fautes d’accord. Ou le mot lui est inconnu, et il ne sait pas l’écrire, ou le mot lui a été appris, et il ne le connaît que dans sa forme orthographique usitée dans les lexiques (1). Quand on le lui dicte avant qu’il le connaisse, ainsi que le veut la méthode orale pure, il l’écrit d’abord tel qu’il se prononce, mais dès que le professeur lui en a indiqué l’orthographe exacte, après lui en avoir donné la signification, cette orthographe reste immuablement fixée dans son esprit : il serait plus juste de dire dans son œil.

Amesure que son vocabulaire s’est étendu, ces exceptions sont devenues plus fréquentes et, petit à petit, il a pu se faire à chacune d’elles.

Il n’en est pas moins nécessaire de consacrer ici un chapitre spécial aux difficultés provenant de l’orthographe, pour que l’on puisse en faire une récapitulation méthodique, et de passer en revue pour chaque élément, et dans l’ordre

(I) V. La surdi-mutité simulée, par L. Goguillot, in Revue internationale de Venseignement des sourds-muets, 3® année, n®9.

que nous avons déjà adopté précédemment, les cas où il peut se présenter sous différentes formes graphiques, les cas où il est détourné de sa valeur propre et les cas où il ne doit pas être prononcé.

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