LA SYNTAXE DES SOÜRS-MUETS
dre la question. Quel que soit le mode d’expression employé (parole, écriture ou signes), pourquoi suit-il un ordre qui n’est pas celui adopté par IcUgénéralité des hommes qui jouissent de l’ouïe?
Citons d’abord des exemples d’inversions familières au sourd-muet; nous voulons dire au sourd-muet en cours d’instruction, et qui n’est pas parvenu encore à se familiariser avec noire syntaxe ; nous essayerons ensuite d’expliquer leur raison d’être.
Le sourd-muet instruit par la méthode orale, dès qu’il pourra prononcer ces mots, c’est-à-dire au bout de sept à huit mois, dira et écrira :
1) a Moi, méchant, non, »
pour : Je ne suis pas méchant.
2) « Bertrand girafe grand comme, »
pour : Bertrand est grand comme une girafe.
Le professeur n’aura pas beaucoup de peine à corriger ces fautes, et quand l’&fant ne retombera plus dans ces inversions, il lui arrivera d’en faire comme celle-ci :
3) a J’ai frotté le torchon avec le tableau, «
4) « J’ai mis ma tête sur ton chapeau, »
pour : J’ai frotté le tableau avec le torchon; j’ai mis ton chapeau sur ma tête :
Et encore ;
5) « Le lièvre le chien chasse, »
pour : Le chien chasse le lièvre.
Plus tard, à mesure que l’usage de la langue lui est moins étranger et qu’il ne commet plus des fautes aussi
grossières, voici comment il lui arrive de s’exprimer (nous copions textuellement dans un cahier d’élève) :
6) cc J’ai ouvert le robinet qui coule l’eau pour me laver les mains. »
Un écolier entendant aurait dit simplement : Je me suis lavé les mains. »
Un autre, ayant à raconter les faits saillants de la semaine, écrit dans son cahier-journal :
7) a M. Grévy, président plus, parti, autre remplace, s’appelle Carnot. »
Le même racontait, quelques lignes plus haut :
8) « J’ai acheté un journal et j’ai lu que M. Clémenceau avait querellé M. Rouvier. »
Un de ses camarades plus avancés s’exprime ainsi :
9) a M. Grévy n’est plus président de la République : un nouveau président le remplace qui s’appelle Sadi-Carnot. »
Ces exemples correspondent, à peu près, à ce que peut faire un de nos élèves en première, troisième, cinquième et septième années. Le dernier exemple nous le montre arrivé à une correction parfaite. Néanmoins, ce n’est pas indifféremment que saphrase suit l’ordre ci-dessus. On peut affirmer qu’il n’aurait pas écrit, comme un entendant pourrait le faire : « M. Carnot remplace M. Grévy à la Présidence de la République. »
Lt maintenant, la raison de tout ceci? La voici, à notre avis :
Le sourd-muet a une tendance naturelle à exprimer les faits dans l ordre ou il les voit se produire, et à ex primer successivement toutes les phases d'un même fait, sans les grouper, comme nous le ferions, sous une appellation générique.
De là les inversions que nous rencontrons dans quelques-uns des exemples que nous avons cités; de là aussi la surcharge de détails que nous trouvons dans d’autres.