‹ Comment on fait son chemin dans le monde [microform]; code du savoir-vivreChapitre 12 sur 14 · ET D£ CŒUR · texte numérisé non relu

ET D£ CŒUR

Ce titre pourra vous étonner peut-être ; bien des gens ne donnent pas au mot ridicule une acception aussi étendue. Ils ne croient pas que le cœur puisse en participer, et cependant les ridicules du cœur sont les plus dangereux, ils sont aussi les plus communs.

Ces ridicules sont la source de bien des malheurs et des dissensions de famille : ce sont eux qui mettent le trouble dans beaucoup de ména-

ges ; ce sont eux surtout qui portent la zizanie entre ces deux éléments qui devraient se chérir et qui généralement se détestent ; la bellemère et le gendre.

11 ne s'agit que d'observer pour être convaincu.

Lorsqu'une mère marie sa fille, si elle a le cœur ridicule, elle est d'avance armée contre son gendre ; elle se prépare à trouver mal ce qu'il fera, à le contre-carrer en toutes choses, à moins qu'il ne se proclame sa chose et son esclave, ce que peu de gens se décident à accepter. Il faut abdiquer sa volonté, ses goûts, ses habitudes, non-seulement pour ceux de sa femme , mais surtout pour ceux de sa belle-mère. On épouse presque plus celle-ci que celle-là.

Si la femme a été gâtée, si elle est accoutumée à l'adulation perpétuelle, s'il ne lui est pas permis d'avoir une imperfection, ni à vous de

lui trouver un tort, je vous plains, pauvres gendres! Vous êtes perdus, rien ne vous sauvera, qu'une révolution terrible.

Si, au contraire, la femme est elle-même la très-humble servante d'un tyran, avec de l'adresse, on arrivera, sans trop de secousses, à un état à peu près normal. En vous réunissant, vous parviendrez à séparer peu à peu votre existence de celle de la mère, vous dénouerez les liens imposés par l'habitude et par la crainte, et la reine, menacée de perdre entièrement son pouvoir, fera des concessions tardives. C'est la démocratie introduite dans la maison ; l'opprimé -élèvera la tête, par suite de l'association matriaïoniale.

Quand on est deui on a moins peuri

Nous allons examiner ces hypothèses.

Dans le premier cas vous êtes seul contre deiuc; loin d avoir une alliée, vous n'avez que

DANS LE MOiNDE

des ennemies. Kidole, adorée depuis son enfance, défendra celle qu'elle sent être son meilleur appui contre vous, elles sont unies à la vie et à la mort. Votre amour, votre rigueur, tout échouera devant cette ligue, tant que vous chercherez à temporiser. La tendresse idiote et ridicule de la mère triomphera , même de Topinion du monde. Une femme obstinément soutenue par sa mère est bien forte, ne l'oubliez pas.

Ainsi, vos adoucissements, vos temporisations, tourneront à votre honte et à votre détriment. Elles se diront :

— 11 cède ; c'est qu'il nous craint I

Et elles vous tiendront rigueur. Je puis vous citer un exemple très-frappant de ces aifections stupides, qui, par égoïsme, détruisent le bonheur et l'avenir de leurs objets, j'en pourrais citer miUe. Celui^îi est un des plus frappants,

car rien n'y manque, pas même le dénoûment : le drame est complet.

Un jeune homme, d'une famille très-distinguée et fort riche, épousa une jeune personne dont la dot était encore plus considérable que la sienne. Ils ne se connaissaient que fort peu ; mais les familles étaient liées ; elles avaient habité longtemps la même ville. La nouvelle épouse, que nous appellerons Chai'lotte, pour lui donner un nom, était adorée de sa mère; la première condition fut qu elles ne se quitteraient pas. Leur esprit borné s'était adonné aux petites pratiques de la dévotion, et tout ce qui ne les suivait pas exactement comme elles, était regardé comme indigne de vivre, et surtout de les approcher.

Emile (appelons le mari ainsi), Emile donc n'était pas un ^gle ; il s'en fallait. Il avait reçu des principes religieux, qu'il ne pratiquait pas, ce qui arrive à beaucoup d'entre nous;

mais c'était un bon garçon , facile à conduire, dont une femme, même ordinaire, eût fait ce qu'elle eût voulu avec un peu d'esprit et de cœur. On commença par le tourmenter sur ses manières et sur ses habitudes ; on blâma ses idées, ses inclinations, ses goûts. Puis, après quelques remontrances inutUes, voyant qu'il ne cédait pas, on lui imposa le maigre, le jeûne, avec les exagérations et les raffineries des dévotes de profession et des plus sévères. — La cuisine à l'huile, les légumes à l'eau, les repas exigus; puis les longs offices et les dîners faits à neuf heures du soir, après trois heures d'attente.

Il fit doucement des observations à sa femme.

— Cela doit être ainsi, lui répondit-elle, et je n'irai pas risquer mon salut pour vous être agréable !

Repoussé de ce côté » il se tourna vers sa belle-mère.

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— Ce que ma fille veut est toujours parfait; elle est incapable de mal faire. Soumettez-vous, changez de vie, vous serez parfaitement heureux.

11 n'en put rien tirer de plus.

Le pauvre garçon essaya; il alla jusqu'à cet abaissement. Alors, ce fut autre chose ; on le reprit en sous- œuvre sur sa toilette, sur ses sorties, sur ses chevaux, sur ses lectures, sur ses travaux même. La mère, à genoux devant son oratoire, répétait littéralement ce que sa fille disait. Un enfant était né; il voulut le faire élever comme tout le monde. 11 trouva des résistances impossibles.

— Ma fille sait mieux que vous ce qu'il faut, monsieur. Ne vous inquiétez pas pour votre fils : elle en fera un homme distingué.

Malheureusement le jeune homme avait ployé toute la vie sous son père et sa mère, il n'eut pas l'énergie nécessaire pour tenir tête à ses

dominatrices, il résista comme les gens faibles, juste assez pour que sa faiblesse fût plus visible. Et puis il prit le parti de la souffrance et du malheur. Sa jeunesse parlait à grands cris, sa femme lui imposa silence, elle étendit jusqu'aux limites du possible le jeûne et l'abstinence qu'elle lui ordonna les veilles de fêtes, le carême, l'avent, etc. ; enfin, elle fit si bien, qu'une belle nuit la solitude lui monta au cerveau, il s'enfuit, il vint à Paris, en jurant qu'on ne le reverrait jamais.

. Une fois sans contrôle, il se plongea dans des extravagances de toutes sortes, dissipa sa fortune, afficha des amours désordonnées, et finit par demander son fils lorsqu'il eut sept ans. La loi le lui accorda, la femme et la belle-mère répondirent :

— Venez le prendre I

11 y alla avec le commissaire et les magistrats, on lui remit un enfant. Ce n'était pas le sien, et

quatre fois le manège se renouvela. Elles allèrent jusqu'à s'expatrier, espérant échapper à l'exécution de l'arrêt. Il courut après elles, les rejoignit. Le jour où, avec le chancelier de l'ambassade et la force armée, il entra chez elles, il ne trouva pas sa femme ; sa belle -mère le reçut, ayant autour d'elle cinq petits garçons, du même âge, habillés de même, Français tous les cinq.

— Choisissez I lui dit-elle.

Il eut une telle peur de ce sacrilège, de son amour paternel, prostitué déjà à des étrangers, qu'il se sauva, et ne renouvela plus ses tentatives. D'ailleurs on élevait cet enfant à le plaindre et à l'accuser. Il en prit un dégoût horrible de la vie ; quelque temps après, il eut un accès de fièvre chaude et se tua.

Sa maison de commerce, — c'était un fabricant, — était déjà à moitié ruinée par ses folies. La belle-mère, veuve, et n'ayant que cette fille

unique, la fit gérer au nom de l'orphelin, elle est aujourd'hui doublée de valeur. Quant à Charlotte, elle a continué les mêmes errements, elle est restée sèche, acariâtre, impérieuse ; sa mère est à ses pieds, trouvant que le Gel n'a pu faire une créature plus parfaite. Ceux qui ne vont pas au fond des choses s'extasient sur sa tendresse maternelle.

Sans doute, cette tendresse existe, mais c'est une tendresse ridicule, ainsi que je vous le disais. Un seul moyen pouvait sauver la situation, c'était une ferme volonté et un coup d'État de la part du mari ; encore devait-il s'y prendre à temps. Il fallait enlever sa femme à cette influence déplorable, à cette adoration perpétuelle ; il fallait la bien convaincre qu'elle n'était pas l'unique but de la nature entière, et qu'une femme, une mère, était créée pour autre chose que pour songer à elle seule.

Elle eût fini par le comprendre, ou du moins

IT-t-E

2Vi COMMENT ON FAIT SON CHEMIN

par se soumettre, et, s'il n'avait pu obtenir le bonheur, il aurait obtenu au moins le repos et la dignité de sa position.

Ainsi que je vous Tai dit en commençant ce chapitre, la violence seule peut réussir en pareil

cas.

Voyons la seconde combinaison, celle où la belle-mère domine, non par Tadulation, mais par la terreur. Elle est, vous le savez, infiniment plus facile à vaincre ; si on le veut, l'assaut ne saurait être long. Il s'agit de lui démontrer que son esclave lui échappe; aussitôt qu'elle en sera persuadée, la partie est à vous. — Elle emploiera toutefois les grands moyens pour vous séduire, si elle ne peut vous vaincre. — C'est alors qu'éclateront ses sentiments ridicules et faux ; elle deviendra Niobé, Mérope, Clytemneslre, pour vous arracher son fruit bien-aimé ; elle vous jouera des scènes, dont il vous sera très-facile d'être dupe si vous perdez votre

sang.froid. Gardez-vous-en ! Le sang-froid est votre arme la plus précieuse, sans celle-là les autres s'émousseront ; ne permettez pas qu'elle vous échappe.

Voilà que, sans m'en apercevoir, je donne

aux maris des poignards et des conseils, comme

s'ils n'avaient pas assez d'eux-mêmes pour triom-

pher. C'est que toutes les injustices me blessent

profondément, c'est que je voudrais apprendre

aux mères à régler même le sentiment qu'elles

portent à leurs enfants, dans Hntérêt du bon-

heur de ces enfants et de tout ce qui leur appar-

tient. C'est un rôle qu'elles doivent s'imposer

SI la nature ne le leur inspire pas ; ou elles ne

sont pas dignes du titre de mère, pas dignes

d'être une femme, dans la grande acception du mot.

L'abnégation et le dévouement sont le partage des nobles âmes. -Jeune, une femme vérita.

Wementiemme, se dévoue à son mari, ensuite

aux êtres qu'elle a mis au monde, qui sont Ja chair de sa chair et le sang de son sang» Elle se dévoue avec intelligence, nau pas pour sa propre satisfaction seulement, mais pour que ce dévouement profite à celui qui l'inspire, dût- il être ignoré et méconnu.

Oh ! quelles joies immenses il y a dans un pareil sentiment! Comme il nous élève, comme il nous rapproche de l'essence divine ! Quel respect il inspire à ceux qui le comprennent et l'apprécient suivant sa valeur ! Aimer de toute sa puissance, aimer noblement, hautement, un objet que Dieu et la nature nous ordonnent d'aimer, lui consacrer sa vie et son cœur, s'oublier soi-même, sacrifier jusqu'à la récompense qu'on en pourrait attendre, si elle doit toucher à la félicité qu'on a rêvée pour cet objet chéri, c'est un spectacle à ravir les anges qui en sont témoins, à nous donner, à nous, pauvres femmes, un pouvoir plus grand que la force, le seuj

dont nous devions être véritablement glorieuses !

La première chose donc à apprendre pour nous, c'est de régler nos senliments comme nos pensées. Rien ne peut, rien ne doit nous écarter de la route, si facile à suivre lorsqu'on la connaît, où le Ciel a placé le bonheur permis. Ce bonheur n'apporte avec lui ni inquiétudes, ni nuages qui ne puissent se dissiper, et si les soucis adhérents à l'espèce humaine nous assiègent, la consolation est après ces ennuis, elle y touche eUe en est la suite nécessaire. La satisfaction de soi-même et d'un devoir rempli, est la plus grande, la plus légitime; c'est un don de Dieu dont il faut le remercier chaque jour.

tES GRANDES ET LES PETITES CRAINTES

La femme est faible, c'est un de nos grands charmes aux yeux des hommes; ils aiment à BOUS proléger, ils aiment à se convaincre qu'ils ont au moins cette supériorité sur nous. Ils préfèrent généralement les peureuses aux héroïnes ; mais il ne faut pas non plus que ces craintes soient exagérées et qu elles tombent dans raflectation.

Autrefois la mode était de s évanouii au

moindre bruit, de s'effrayer de tout, de n'oser marcher seule, dans la crainte de rencontrer des pièges. Une petite-maîtresse ne marchait pas sans ses gouttes^ et un petit-maître bien stylé devait avoir au moins deux flacons de vinaigre dans sa poche, à offrir aux belles tombées en pâmoison ou près de perdre connaissance, pour peu qu'un chien les regardât de travers ou qu'une souris menaçât de trotter dans la chambre.

Depuis, la mode a changé.

11 y a une vingtaine d'années, une femme devait être une Bradamante, sous peine de passer pour une provinciale de la lune. Il fallait monter à cheval en casse-cou, faire des armes, tirer le pistolet, aller à la chasse, grimper les côtes inaccessibles, s'exposer enfin de gaieté de cœur à des dangers inutiles.

Je me rappelle un fait que j'ai vu, et qui vous en donnera la mesurct

Jetais dans un château, chez une de mes parentes qui ne connaissait pas d'obstacles, comme le héros du Pied de mouton.

On donnait des fêtes pour la Saint-Hubert; nous étions trente personnes réunies, sans compter celles qui ne venaient que le soir. Il y eut donc une chasse à courre superbe, qui devait être suivie d'un dîner et d'un grand bal.

La marquise suivait la chasse; bien entendu, elle l'eût volontiers conduite, mais elle avait guigné un certain cheval de ses écuries, à moitié rétif, qu elle prétendait dompter, et s'était résolue à le monter ce jour-là. Son mari partit conduisant la moitié des chasseurs ; elle resta avec les retardataires, sous un prétexte quelconque, et se fit seller cette bête enragée, qui, tout étonnée de sentir cette longue robe M balayer les flancs, crut avoir affaire à un être extraordinaire et s'en alla doucement en branlant la tête.

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Tout alla bien d'abord ; il obéit sans révolte ; elle se montra enchantée, et s'enhardit davantage encore. — Le cheval accepta les allures qu'elle lui imposa, et son galop même ne révéla aucune intention coupable, jusqu'au moment où, parvenu en haut d'une côte à pic, elle aperçut la chasse dans la vallée, à une trèscourte distance. Elle cingla alors un coup de fouet, et le nouveau converti, retrouvant Toccasion, se mit à courir au point de lui donner le vertige. 11 rencontra une pierre dans sa route, et, manquant des quatre jambes, il fit deux ou trois tours sur lui-même, jetant de côté Tamazone, laquelle tomba juste sur un caillou coupant.

Elle se fendit le nea, au milieu, dans sa longueur. Vous jugez, un jour de bal !

On la releva, ou plutôt elle se releva, le visage ensanglanté, et fort défigurée. Impossible de continuer la chasse, impossible de

remonter le coursier, légèrement couronné et à moitié fourbu. Heureusement un char-à-bancs suivait à quelque distance : elle put revenir à la maison.

En outre de sa blessure au visage, elle était moulue jusqu'aux os. Une autre, moins courageuse, moins esclave de ses devoirs de maîtresse de maison, peut-être aussi moins glorieuse de sa valeur, se fût mise au lit sur-lechamp. Elle ne se reposa point, sentant parfaitement qu'il lui serait impossible de se relever; elle commença par panser son nez, étancha le sang, réunit les chairs avec du taffetas d'Angleterre rosé, et se bassina le plus possible, afin de prévenir l'enflure. Elle n'y parvint qu'à moitié, et, bien qu'elle fût habituellement charmante, elle ne put parvenir à être jolie ce jour-là.

Elle s'habilla néanmoins avec son élégance accoutumée, et, lorsque la compagnie rentra à

la nuit, elle était sur le perron pour la recevoir Elle fit les honneurs du dîner, du bal, jusqu'à quatre heures du matin, et, quand tout le monde fut parti, elle entra dans sa chambre • son énergie ne la soutenant plus, elle se trouva mal.

De ce bel événement, il résulta une fièvre

ten-ible, qui la retint couchée plus d'un mois.

Mais ceux qui l'apprirent proclamèrent sa

vaillance, mais les salons retentirent de ses

louanges; on les chanta sur tous les tons. Son

but était atteint; elle avait soutenu sa réputation d'amazone sans peur et sans reproche. Je ne vous cite pas cette prouesse comme un exemple à suivre, remarquez-le; c'est un trait de mœurs, c'est un incident marqué du cachet de son époque. Je n'approuve ni ne blâme ie raconte. '

J'ajouterai maintenant que je n'entends pas msi l'éducation des femmes, et que je ne vou-

drais ^xis leur voir suivre cette brillante exception.

La prudence, la convenance même, ne défendent pas les exercices du corps, au contraire. Une femme peut monter à cheval, il est bon mêiiie qu'elle apprenne l'équitation ; cela peut lui être utile quelquefois, agréable souvent. Il faut tâcher de bien faire ce aue Ton fait; elle a raison de se perfectionner dans cel ai't.

Quelle monte sûrement, gracieusement, sans en faire une des quatre fins de ThommCç comme les sportmen; quelle ne s'eftVaie pas inutilement, c'est nuisible, mais qu'elle ne s'expose pas non plus inutilement au danger. Une femme raisonnable doit avoir des chevaux bien dressés qui ne mettent pas sa vie en péril.

Il en est de même pour les autres exercices. Je ne vois pas la nécessité de tirer le pistolet comme Guillaume ïell tirait l'arc; l'essentiel

i)ANS LE MONDE

est de n'avoir pas de sottes peurs des armes et de pouvoir s'en servir, s'il y avait lieu de le iaire pour sa défense.

Lorsqu'on n'a pas de fortune, à moins que la santé ne l'exige, on ne doit pas se donner le ridicule de monter des haridelles de louage pour faire semblant d'être une écuyère. Ceci

rentredansle chapitre des prétentions dont je vous ai parlé. On peut vivre, et très-bien et très-heureuse, sans ces exhibitions-Jà. De ton tes choses, on doit savoir prendre ce qui con- Vient.

Une des craintes dont les femmes se préser vent le moins, c'est celle de certains animaux,

et. bien que je les conçoive à mervcillo, j. „e puis cependant m'empôcher de vous prescnre ae les dompter.

Les rats, les araignées, les chenilles, les in« sectes, en g,méral. ont quelque chose de re- PO-ant. j'en conviens. - Lorsqu'ils se prc

■^yf.y

mènent sur vous ou qu'ils vous surprennent, ils peuvent vous arracher un cri ; la raison doit VOUS rendre votre tranquillité.

Dans nos climats surtout, aucun de ces animaux n'est nuisible. - Us sont laids, désagréables; ils ne sont pas propres; aussi ne les gardez pas sur vous ; fuyez-les, et, si le hasard vous met en présence, rejetez-les tranquillement sans crier, sans appeler à votre aide. A quoi bon? Est-il besoin de la garde pour tuer un hanneton, pour faire sauver un mulot ?

C'est encore une façon de se faire remarquer, d'attirer l'attention, qu'il faut éviter soigneusement. Habituez-vous de bonne heure à conserver votre sang-froid ; c'est une grande chance de sûreté. — La présence d'esprit est le meilleur préservatif des accidents.

11 en est de même pour les voitures dans la rue, pour les chevaux que l'on est forcé d'approcher en passant. Prônez les précautions

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nécessaires; ne vous exposez pas, ne vous alarmez pas non plus sans motif. Loin de vous rendre intéresssntes, les cris, les sauts, les manières vous rendront insupportables. Vous n'y gagnerez pas qu'on vous plaigne : vous ferez fuir les gens, et voilà tout.

Sans compter qu'en vous fuyant, on se moquera de vous, ce qui est. bien une considération.

Toutes les façons d'une femme doivent être de bonne compagnie, sans exagération dans aucun genre, n'importe en quelle situation le Ciel l'ait placée. Elle peut être la première, si elle le veut, par la position qu'elle se crée. II ne s'agit que de régler en toutes choses ses paroles, ses mouvements, ses allures; elle se fera respecter et honorer par son attitude , avec une robe de bure et un vieux chapeau. C'est peut-êtr.? .B seul terrain où l'argent puisse être vaincu par la pauvreté.

Une autre remarque à vous faire, mes chères lectrices, c est ce qui regarde vos admirations artistiquei=i, votre tenue au théâtre ; elle est fort importante aussi.

Certes, Tenthousiasme ne vous est pas défendu; au contraire, les belles âmes et les intelligences élevées sont facilement prises par le talent, par la poésie, par la musique, ou par un drame nouveau. Jouissez de tout cela, jouissez-en autant que vos facultés vous le permettent, mais sans bruit et sans éclat.

Ne faites point de cabale avec les personnes qui vous accompagnent : ne parlez pas haut, ne riez pas à gorge déployée, ne pleurez pas à chaudes larmes; soyez réservée, enfin, et ne gaspillez pas en public les impressions réservées pour rintimité et pour la famille.

U y a deux existences très-distinctes pour les femmes : celle du monde et celle de Tintérieurt

Toutes les deux ont des nécessités et des devoirs différents.

Dans le monde, soyez polie sans obséquiosité. J'entends par le nionde^ vos rapports avec les étrangers, quels qu'ils soient, en dehors de votre cercle ordinaire et de vos amis. — Efforcez-vous de rendre à chacun ce qui lui est dû; respectez les vieillards et les personnes considérables ; ayez pour eux les égards que la convenance commande. Veillez sur vous pour éviter les scènes gaies ou dramatiques ; faites qu'on ne vous remarque pas ; passez inaperçue. Si vous avez du mérite, il percera d'autant plus que vous serez plus modeste, de même que voire joli visage obtiendra le succès auquel il a droit, si vous n'avez pas l'air de l'imposer en vous mettant en évidence.

Parmi les vôtres, soyez vous-même; ne cachez pas votre pensée ; écartez les entraves que la société vous impose ; donnez carrière à votre

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imagination, à \otre exaltation, si vous en avez. Il faut toujours qu'elle s'échappe; mieux vaut que ce soit ainsi qu'autrement. La famille est la soupape de sûreté pour bien des caractères. Ils éclateraient s'il leur fallait renfermer sans cesse ce qu'ils éprouvent, et la solitude est le plus dangereux confident.

La condition des femmes est hérissée de difficultés : elles ont à lutter continuellement et contre elles-mêmes et contre les embarras de la vie. Elles doivent se montrer différentes de ce qu'elles sont ; l'éducation doit leur faire une seconde nature, tout autre que la véritable.

On exige d'elles davantage que des hommes, parce qu'elles subissent la loi et que ce sont eux qui l'ont faite. Réunissons nos forces, soutenons-les par de puissants auxiliaires. Le meilleur de tous, c'est le savoir-vivre, qui, par l'habitude, arrive à nous faire presque oublier les penchants qu'il a vaincus.

Je vous demande pardon si cette phrase arrive souvent sous ma plume : le sujet de ce livre n'est pas . .utre fin et tout m'y rappelle I Et puis, je voudrais tant vous convaincre et contribuer ainsi à votre bonheur I

ib.

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J)Ê lA MANIl'-.RE DE DONNEK

Nous allons nous occuper de cette exquise délicatesse de l'àiued' autant plus réelle qu'elle est plus fine et moins appréciable.

Donner est un des délicieux bonheurs que Dieu a octroyés à ses créatures ; c'est un des rayons lumineux qui descendent jusqu'à nous, de sa gloire et de sa bonté, qui nous a tant prodiî^ué de richesses : il nous autorise à goûter comme lui ce céleste plaisir, il nous cède cette

douce prérogative, et il a mis dans les cœurs qu'il aime le besoin de Timiter en sa munificence, autant que la faiblesse humaicg peut y prétendre.

Mais il y a manière de donner.

Un bouquet de deux sous peut être plus agréable à recevoir qu'un bouquet de diamants. A défaut d'une âme d'élite, à qui sa propre nature inspire tout ce qui est bien, il y a le savoir-vivre ; il remplace ce que l'on ne sent pas, il apprend ce que l'on ignore. Que de gens lui doivent l'estime dont ils jouissent! Tâchons donc de bien faire ce que nous faisons de bon et nous aurons atteint le suprême de la perfection humaine.

On peut donner à plus riche que soi, on peut aussi donner à un plus pauvre, et l'on peut donner à ses égaux en fortune et en position, ce sont trois situations différentes.

L'idée qui se présente aux esprits vulgaires

lorsqu'ils doivent offrir un cadeau h une personne munie de beaucoup d'argent, c'est de Tébiouir, c'est de faire aussi bien qu elle ferait elle-même et pour elle-même.

Grande et sotte erreur î Pardonnez -moi le mot.

Quoi que vous inventiez, vous ne lutterez pas en munificence avec un millionnaire, ou, si vous y parvenez, vous n'obtiendrez d'autre résultat que de le blesser d'abord, de vous faire moquer de vous ensuite.

Il vous en voudra nécessairement de l'espèce d'infériorité, imposée par votre position médiocre, à sa fortune, si supérieure à la vôtre. 11 épiloguera votre présent, il y découvrira des défauts, si vous avez surtout commis la maladresse de lui apporter un de ces à peu près qui coûtent fort cher et qui imitent si mal les objets d'art auxquels ils ont la prétention de ressembler.

Avant de choisir ce que vous comptez offrir, votre premier soin doit être de vous informer des gtûts de la personne dont il s'agit. Si vous ave ! assez de chance pour vous adresser à un coUecr^onneur, tout devient facile. La plus mince bagatelle se rapportant à sa manie sera acceptée avec reconnaissance.

S'il est bibliophile, cherchez-lui un livre rare. N'allez pas lui apporter un de ces beaux volumes modernes illustrés, il a les meilleurs et le prix en est connu. Cherchez un Mathieu Lansberg de deux sous, pourvu que la date en soit ancienne, vous le comblerez de joie. Tâchez de dénicher quelque bouquin ignoré ; plus il sera obscur en apparence, plus il aura de chances de succès.

Pour tenter ce filon, il faut être très-sûr de soi, car si on arrive avec une édition commune, on est perdu à jamais.

Au cas où votre homme ne serait qu'un sim-

266 COMMENT Oî^ FAIT SON CHEMIN

pie Plutus, bornez-vous h une bagatelle, seulenient que cette bagatelle soit cVun goût exquis, qu'elle ne se rencontre pas dans les magasins où va la foule, c est une chasse à faire. Tel brimborion de vingt francs bien choisi vous fera plus d'honneur qu une magnificence prise chez Giroux ou chez Susse, que vous aurez seulement

la pehie de payer.

Quoi que vous offriez, faites-le simplement, n'y attachez aucune importance, n'ayez pas Vair de faire valoir ce que vous apportez, n'affichez pas non plus une fausse modestie. Parlex le moins possible, que votre attitude dise :

- Je n'ai qu'un désir ; celui de vous être agréable, je suis heureux si j'ai réussi.

Et puis, détournez les yeux, faites que l'on ne s'en occupe plus, devant vous, du meins. Croyez qu'on appréciera cette façon de s'y prendre plus encore que le cadeau.

Si au contraire vous vous adressez à un égal,

craignez de prendre de lai une situation qui fasse peiicher vers vous la balance de cette égalité.

Vous devez le juger par vous-même. S'il y a parité entre vous et si vous déployez votre générosité, n'allez pas le faire avec le dessein de l'éblouir et de l'écraser. Donnez bien ; mais que ce ne soit pas un de ces dons qui coûtent à accepter ; déguisez le prix de la matière sous son entourage. Qu'on ne dise pas :

— Cela coûte bien cher! C'est splendide. Mais :

— C'est charmant ! c'est admirablement choisi ! Cela peut être d'un prix élevé.

Votre obligé, en sachant vous y prendre, placera son amour-propre dans l'argent que vous avez dépensé pour lui être agréable au lieu de s'en blesser, parce qu'il y verra une preuve de la haute opinion qu'il vous inspire. En ce temps-ci surtout, où tout se pèse au poids

de Tor, il supposera que vous tenez énormément à son amitié, puisque vous lui avez fait

un pareil sacrifice.

Si vous vous laissez aller au clésir de briller et que vous sembliez faire valoir votre marchandise, il aura dans sa pensée un levain contre vous, et vous vous en ferez peut-être un ennemi, avec votre argent ; vous en ferez assurément un ingrat.

Quant à ceux que la destinée a moins favorisés que vous, c est plus difficile encore.

Leur apporter une fanfreluche élégante qui ne sert à rien, comme vous le feriez pour une belle dame, c^estleur donner un regret; c'est placer, dans leur pauvre logis, un point de comparaison entre leur simplicité forcée et le luxe que vous pouvez avoir. C'est leur faire naître cette idée qu'avec le prix de ce joujou, on aurait acheté telle chose utile au ménage, où il en manque tant de nécessaires.

En leur envoyant, d'un autre côté, un de ces nécessaires, vous avez l'air de leur dire :

— Vous êtes malheureux ! On ne peut que secourir ce malheur par une aumône déguisée en présent.

Le dilemme est difficile, et c'est le cas, ou jamais, de racheter le fond par la forme.

Apportez Tutilité, mais ayez Tair de croire qu'elle ne Test pas; accompagnez-la d'un de ces mots, d'un de ces regards qui font oublier le reste et qui se gravent dans la mémoire à côté du bienfait; ils lui prêtent une auréole; ils le rendent mille fois plus précieux et feraient passer sur un procédé même pénible ; ils s'adressent à l'amour-propre et au cœur.

Quand on touche de près à une blessure, il faut avoir la main légère. Et quelle blessure est plus vive que celle-là ?

Pour vos amis, c'est une autre histoire.

Assurez-vous délicatement de ce qui peut

leur plaire ; sachez ce dont ils ont envîe, quelle fantaisie ils voudraient satisfaire, tandis que la raison les retient. Arrangez-vous ensuite pour que cette fantaisie arrive à propos, qu'ils la trouvent sous la main au moment juste où ils la désirent; liiissez-vous deviner, et, quand on vous remercie, répondez avec votre cœur; l'esprit na rien à voir en un pareil moment; un serrement de main, un embrassement, un regard mouillé, un sourire affectueux sont plus éloquents que de belles paroles.

Il est des gens pour qui cet échange de souvenirs est pénible ; il en est même qui s'y refusent par un excès d'orgueil.

Ils ne veulent pas donner parce qu'ils ne veulent rien recevoir. C'est à leurs yeux une infériorité que d'accepter quoi que ce soit, même d'un ami, dans l'idée qu'on devra le rendre. Ils ne peuvent dépenser assez d'argent pour que leur amour -propre en soit

flatté, et tout ce qui est au-dessous de celte jouissance leur semble puéril. Leur maxime est : Donnez grandement ou abstenez-vous. Par conséquent, refusez.

Ces gens-là, qu'ils me permettent de le leur dire, manquent de la grâce du cœur.

On est si heureux d'offrir à ceux qu'on aimé un rien qui leur rappelle cette tendresse ! Si on est riche , ce rien est somptueux ; si l'on est pauvre, c'est une niaiserie, mais elle est là.

Dans les chagrins dont la vie est semée, c'est une flamme au milieu de l'orage. Quand la tempête ballotte un navire, quand les éléments déchaînés le menacent de sa perte, si le maria voit luire à Thorizon une petite lumière, si cette lumière lui est connue , s'il sait qu'elle révèle la chaumière où il est attendu, où il est aimé, n'aura-t-il pas autant de joie que s'il se dirige vers un phare aux rayons éclatants? Qu'est-ce

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qui le touche? qu est-ce qui fait battre son cœur? qu'est-ce qui le soutient dans la lutte ? qu'est-ce qui le console de ses douleurs et le repose de ses fatigues? — C'est la certitude d'être aimé, d'être attendu; c'est cette petite lueur, là-bas, qui lui représente l'ami qu'il va rejoindre. Qu'elle soit plus ou moins vive , qu'importe! Je le répète, il suffit qu'elle soiti

Il en est de même de tout ce qui se rapporte aux affections vraies et sincères. Un fétu de paille peut devenir un poëme, par les souvenirs qu'il rappelle.

Ouvrez La Fontaine, lisez la délicieuse fable des Deux Amis^ lisez cette autre non moins adorable des Deux Pigeons, Bien que cette dernière se rapporte davantage à l'amour peutêtre, elle est assez naïve, assez vraie, pour que l'amitié s'en empare.

Je dirai ; « J'étais là, telle chose m'advint, » Vous y croirez être vous-même.

Ainsi, en fixant vos regav^ds sur un objet donné et reçu avec bonheur à votre fête, au jour de l'an, dans une de ces occasions consacrées par l'usage et bien plus encore par îa tendresse, vous vous rappellerez les circonstances qui ont suivi, accompagné ce don; votre imagination en caressera les détails ; plus il sera insignifiant, plus il mettra en relief l'affection qu'il représente, car c'est elle qui en fait le prix.

Ah ! croyez-moi, donner, c'est un bonheur. Donner bien, c'est donner magnifiquement, c'est transformer un bienfait en grâce. Le plus heureux est celui qui donne ; faites que cette satisfaction se partage, et vous le pouvez, montrez celle que vous éprouvez vous-même ; qu'on n'en doute pas, elle sera bien vite à vous deux

Je ne vous parle pas ici de l'aumône, ceci est une question à part; je la résumerai en empruntant les divines paroles :

— Que votre main gauche ignore le bien que votre main droite fait à ceux qui souffrent.

Toute la science, tout le mérite de la charité est dans ces quelques mots.

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