CHAPITRE VII
ÉTUDE SCIENTIFIQUE
Comparaison des deux allures, ordinaire et en flexion, par la chronophotographie. — Epures chronophotographiques. - Méthode graphique.
L’expérience reste toujours la meilleure école à laquelle puisse s’adresser le savant. Du moment qu’il est vérifié qu’expérimentalement l’allure en flexion est moins fatigante que toute autre, on ne peut se refuser à l’admettre.
Mais il ne suffit pas à la curiosité humaine de savoir qu’une chose est, il faut encore savoir pourquoi elle est.
Aussi était-il intéressant et utile d’entreprendre l’étude critique de la nouvelle méthode de progression et de déterminer, d’une façon précise, les différences qui existent entre la marche et la course ordinaires et les allures du commandant de Raoul (1). La station physiologique du Collège de France était tout indiquée pour ces recherches. Le terrain si généreuse-^ ment mis par la ville de Paris à la disposition de M. le professeur Marey et les nombreux appareils imaginés
(!) Travail fait par MM. Comte et Régnault.
par ce maître nous permettent de faire nos investigations avec toutela précision désirable. Par la chronophotographie, on pouvait déterminer les traits caractéristiques de ces deux sortes d'allure, déduire les conditions mécaniques de chacune d’elles et contrôler ces résultats par la dynamographie. Afin de rendre les résultats plus facilement comparables, le même sujet, le commandant de Raoul, a exécuté successivement les deux genres de marche et de course.
Nous avons comparé la marche et la course en flexion du commandant de Raoul à sa marche et sa course classiques en extension, de façon à déterminer dans quelle mesure la flexion modifiait son allure. Pour que cette comparaison fût valable entre un autre individu et lui, il aurait fallu trouver une personne offrant le même poids et la même taille que lui, conditions difficiles à réaliser.
La comparaison entre les allures ordinaire et en flexion du commandant de Raoul est légitime; car sa marche et sa course ordinaires sont analogues à celles étudiées par Marey et Démeny ou par Richer et Londe. La seule différence est une extension un peu moindre des membres et une allure moins raide. Ces sujets sont encore plus raides, moins fléchis, plus pas de parade que la marche classique exécutée par de Raoul (fig. 25). Celui-ci, pratiquant beaucoup la marche en flexion, ne peut s’en affranchir complètement dans la marche classique.
D’autre part de nouvelles chronophotographies, prises sur Comte et Bouny, nous ont révélé une marche normale plus en extension encore que chez les sujets de Marey. Les résultats que nous donnons ci-dessous
ÉTUDE SCIENTIFIQUE
en comparant la marche classique et la marche en flexion de de Raoul sont donc légitimement valables pour les autres sujets.
Parmi les séries d’épreuves chronophotographiques, choisissons deux images correspondant autant que
possible à la même phase du pas dans les deux genres de marche qu’il s’agit de comparer. C’est l’instant du posé du pied droit sur le sol qui est représenté (fig. 26 et 27).
On voit déjà aisément que : 1° le corps est plus incliné en avant dans la marche en flexion que dans la marche ordinaire; 2° la jambe posant à terre est plus fléchie sur la cuisse; 3° la jambe qui termine son
appui est plus fortement inclinée sur l’horizontale. Il s’ensuit que le choc du pied qui pose sur la terre, étant transmis au corps par un levier plus brisé, se trouve amorti, et l’eflort de propulsion du pied qui quitte le sol, se faisant suivant un angle qui s’écarte