CHAPITRE X
EXEMPLES
Expériences à Vannes sous le contrôle des généraux Fay et de Négrier. — Les coureurs du 116 ® d’infanterie. — Expériences des capitaines Faure et de Soultrait.
L’allure en flexion a été jusqu’à présent peu pratiquée dans l’armée. Aussi n’aurons-nous pas de nombreux résultats à citer.
Pourtant quelques essais ont été tentés qui méritent d’être rapportés.
Le général de Négrier fut le premier à expérimenter la nouvelle méthode. En 1889, pendant son passage à la tête du 11® corps, le général étant venu inspecter les régiments en garnison à Vannes, le commandant de Raoul lui présenta un projet d’entraînement au pas en flexion. Ce projet sourit au général. Rentré à Nantes il donne l’ordre que des essais soient tentés, sous la direction de cet ofîicier, au 116® régiment d’infanterie, pendant l’hiver 1889-90, et fait mettre à sa disposition 2 officiers, 2 sergents et une trentaine de caporaux et soldats.
Trois mois après le commencement des exercices ces hommes dépassaient en agilité et en endurance tout ce qu’on pent imaginer. Leur instruction était
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compiète. Sous les yeux du général Fay, qui venait de remplacer le général de Négrier au commandement du 11® corps, ils exécutèrent une course de 20 kilomètres 500 mètres en 1 h. 46’, de la place de l’Hôtel-de- Ville de Vannes à la gare d’Auray. Route très accidentée. Chaque homme portait son fusil, son sabre, 100 cartouches et un repas froid dans la musette. Pas un seul ne resta en route. Deux heures après ils reprenaient tous le chemin de Vannes. La durée de ce dernier trajet a été de 3 h. 5’ y compris deux haltes de 10 minutes.
Ce jour-là, en 4 h. 55' ces coureurs ont fait 41 kilomètres. Partis de Vannes à midi, arrivés à la gare d’Auray à 1 h. 6'. Le général Fay les passe en revue. Collation offerte par le général. Départ d’Auray à 4 h. 50’. Arrivée à Vannes à 7 h. 55’.
Le tout exécuté sans fatigue, dispos et alertes.
Deux jours après ces mêmes hommes faisaient en présence du général Colonieu, délégué par le général Fay, une course avec la charge de campagne complète, de 11 kilomètres, à travers champs, en 1 h. 20’. Pas un seul instant ces coureurs n’ont mis le pied sur une route et, comme dans la course de 20 kilomètres 500 mètres, le parcours était des plus accidentés. On ne faisait pas 200 mètres sans rencontrer une dépression de terrain. Dans de semblables conditions la marche ordinaire aurait été particulièrement pénible. Avec la marche ou la course en flexion la fatigue n augmente pas et la vitesse est à peu près uniforme.
Ce trajet de 11 kilomètres en pleine campagne bretonne avait été ordonné par le général Colonieu dans te but de s’assurer si les coureurs, après une course
de cette importance, faite comme nous l’avons dit avec la charge complète de campagne, étaient encore susceptibles de bien tirer un coup de fusil.
Un tir a été exécuté aussitôt leur arrivée et le résultat a dépassé toutes les espérances. Le hasard a voulu que le nombre des balles mises dans les cibles par les coureurs fût plus grand que celui de la compagnie la plus favorisée au concours.
De cette journée date la conversion du général Colonieu; après avoir été l’ennemi de ces courses, il en est devenu un chaud partisan. Combien d’autres en feraient autant s’ils pouvaient constater par euxmêmes les résultats obtenus !
Pendant toute la durée de son commandement, le général Fay, qui s’était rendu compte du parti qu’on pourrait tirer en campagne de la pratique de cette course, fit continuer les expériences sur les routes et en terrain varié, les hommes portant la chargé réglementaire ou seulement leurs armes et leurs cartouches.
Aux grandes manœuvres du 11® corps, les coureurs se sont fait remarquer par de véritables tours de force. Nous nous rappelons encore l’enthousiasme des officiers de cavalerie, frappés de voir constamment ces hommes collés à leurs bottes.
Citons enfin le 16® bataillon de forteresse, où nous avons obtenu de canonniers réservistes, en 18 leçons, 8 kilomètres en armes en 46 minutes et 4 kilomètres avec le chargement complet en 26 minutes. Nous avons répété ces courses deux fois dans la même journée sans fatigue appréciable. La rapidité avec laquelle on peut obtenir un entraînement relatif
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montre bien quel parti on pourrait tirer de ces exercices pour les réservistes et même les territoriaux.
Les courses de fond exécutées journellement par les coureurs du 116® avaient attiré l’attention du public militaire. L’emploi n’en a jamais été ofidciellement prescrit. Citons pourtant une circulaire deBurdeau, alors ministre de la marine, qui prescrivait des essais dans cette arme. Sa circulaire resta lettre morte. Mais un grand nombre d’ofTiciers d’infanterie et de cavalerie de tous grades nous prièrent de leur envoyer notre méthode, les uns pour eux-mêmes, les autres dans le but de former des éclaireurs rapides.
Les officiers qui ont dirigé ces dernières expériences étaient dans des conditions bien moins favorables que les instructeurs du 116® que nous avions formés à Vannes en 1890. Ils n’avaient que la théorie pour guide et, dans ces conditions, ce qu’on appelle le « tour de main » est difficile à saisir.
Les débuts ont parfois été laborieux; il fallait s’y attendre. Dans quelques cas isolés les tâtonnements de l’instructeur, joints à son inexpérience, ont déterminé chez les hommes une grande fatigue qui n’a pas permis de pousser plus loin l’expérience.
Ces rares échecs, ainsi que nous avons eu l’occasion de le constater, ont toujours été amenés par la même tendance : on veut aller trop vite. — Aussitôt que les officiers chargés de diriger cette instruction ont constaté qu’en employant les moyens indiqués on arrive, dès les premières leçons, à supprimer l’essoufflement, rien ne les arrête plus, ils brûlent les étapes sans se douter que pour marcher à pas de géant une qualité essentielle leur manque : ils oublient qu’eux-mêmes
sont des élèves, qu’ils n’ont ni 1 habitude ni la pratique de ces exercices et que le seul moyen de mener à bien leur tentative c’est de procéder avec une sage lenteur. On n’augmentera la longueur du parcours ou la vitesse qu’après s’être assuré que les hommes peuvent supporter ce nouvel efiEort sans le moindre inconvénient. On restera au-dessous des moyens de son personnel pour ne rien laisser au hasard et être certain du succès.
Dans le petit nombre de régiments que nous avons eu la bonne fortune de visiter, nous avons été frappés de toujours relever les mêmes défauts. Certes, les résultats obtenus étaient de nature à satisfaire l’instructeur. Les hommes étaient bien dressés et pouvaient fournir de longues courses. Cependant, pour un observateur rompu depuis de longues années à la pratique de cette marche, ilitait aisé de découvrir des vices de position qui empêchaient l’homme d’obtenir toute, la souplesse dont il était susceptible; souvent la flexion des jambes était trop prononcée et toujours le « penché en avant » laissait à désirer. Ces irrégularités qui avaient échappé à l’instructeur sont très importantes, car elles augmentent beaucoup la fatigue et nuisent à la vitesse. Avec des instructeurs bien dressés ces défauts ne se seraient jamais produits, mais dans les conditions où ces essais ont eu lieu il était diflicile de les éviter.
Depuis l’apparition de la méthode, une seule troupe, les coureurs du 116® régiment d’infanterie, ont été dressés par des instructeurs à hauteur de leur tâche, c’est-à-dire connaissant la méthode qu’ils enseignaient.
Pourtant des officiers n’ayant pris qu’une seule leçon ou même par simple lecture de la théorie ont pu obtenir de bons résultats.
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Nous en citerons deux : les capitaines Faure et de Soultrait dont les essais ont été particulièrement concluants.
Le capitaine Faure, du 138® régiment d’infanterie, à Bellac, après avoir pris une seule leçon, a pu entraîner ses soldats; il a commencé son entraînement le 3 août 1896, par une course de 3.000 mètres. Le quatrième jour il fait 5.000 mètres, avec une progression beaucoup plus rapide que celle que nous recommandons :
Il parcourt le premier kilomètre en 8',45"; le deuxième en 7’,45"; le troisième en 6’,45"; le quatrième en6’,15 ’; et enfin le cinquième kilomètre en 6'. Quatrevingt-six hommes étaient présents. Personne ne resta en arrière.
« Jusqu’à présent, nous écrit le capitaine Faure, je n’ai pas eu un seul malade et personne ne se plaint. Je fais faire ces courses à mon petit garçon qui a treize ans et qui n’a pas l’air d’en être le moins du monde incommodé.
» J’ai parmi mes hommes toutes les non-valeurs ordinaires : tailleurs, cordonniers, etc. Un tailleur qui n’a jamais pu suivre les courses d’entraînement réglementaire est du nombre de ces non-valeurs et a fait la course comme les camarades. »
Le 11 août, le capitaine Faure fait une course de 7.000 mètres. Il y a juste neuf jours qu’il a commencé son entraînement; mais laissons-le parler;
« Hier matin nous avons fait une course de 7 kilomètres en 45'; premier kilomètre en 8',30", deuxième kilomètre en 7',30", troisième en 6',30", quatrième et cinquième kilomètres en 6’, sixième kilomètre en S ,30" et septième kilomètre en 5'.
» L’allure était un peu vive aux deux derniers kilomètres, d’autant plus que la route est accidentée. Néanmoins j’avais 87 hommes, 3 officiers, moi compris, et mon moutard de 13 ans ; nous avons tous fait la course sans fatigue appréciable. Un seul homme, de faible complexion, qui n’a jamais pu faire les grandes manœuvres ni une étape forte, est resté un peu en arrière et a mis deux minutes de plus que ses camarades. »
Le capitaine Faure est un homme très vigoureux, plein d’entrain. L’unique leçon qu’il a reçue lui a permis d'éviter une partie des tâtonnements toujours inséparables d’un début. Dans ces conditions favorables il a pu exécuter un entraînement, presque intensif, remarquable et arriver à un bon résultat. Cependant, si cet officier nous avait demandé un conseil, nous Lui aurions démontré le danger qu’il courait en adoptant, pour les exercices, une progression plus rapide que celle que nous indiquons et qu’il faut toujours considérer comme un maximum.
M. le capitaine de Soultrait, qui a été chargé de cette instruction au 60® régiment d’infanterie, a bien voulu nous communiquer le remarquable travail qu’il a fait sur l’application de notre système.
Nous n’avons pas l’honneur de connaître personnellement M. le capitaine de Soultrait; jusqu’ici nos relations se sont bornées à l’échange de quelques lettres.
Cet officier, avant d’entreprendre le. dressage de ses hommes, a dû se rompre lui-même à cette nouvelle progression, n’ayant pour se diriger que les principes théoriques que nous avions mis à sa disposition. C’est le cas le plus difficile de l’application de la marche
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en flexion. Pour que le lecteur se fasse une idée de la difiiculté qu’on rencontre en opérant dans ces conditions, supposons que sans jamais avoir touché un fleuret on soit chargé d’enseigner l’escrime. Au lieu d’un professeur on vous donne un livre qui traite de cette science. C’est avec ce livre que vous devez commencer par vous initier vous-même et ensuite faire profiter vos élèves de la pratique et de l’expérience qui vous manquent.
Voici comment cet officier, dans son intéressante étude sur le pas gymnastique progressif (marche et course en flexion), dépeint l’état général de santé des hommes soumis à notre entraînement :
(( Les pesées effectuées au cours de la visite médicale passée avant la course de 10 kilomètres ont permis de constater que, malgré tout, le poids des hommes n’a pas diminué et que pour la grande majorité il a augmenté.
» Les appréciations des hommes sont presque toujours dictées par un sentiment d’amour-propre qui les porte à paraître plus vigoureux que les camarades ; ou alors, au contraire, cas plus rare, par la paresse. Cependant il a été permis de constater qu’à la marche, à la gymnastique, à tous les exercices du corps, les éclaireurs de vitesse se montraient des plus vigoureux.
» MM. les officiers, qui sont meilleurs juges en la matière et plus habitués à écouter les rouages de leur propre organisme, ont été unanimes à déclarer que ja- Diais leur santé n’avait été meilleure et que jamais ils û’avaient été plus vigoureux, plus alertes, plus résistants aux fatigues de tout genre, marche, escrime, cyclisme et aussi plus portés aux travaux intellectuels.
» Un seul, le plus âgé, a souffert pendant longtemps
d’insomnie. »
Il est probable que pour cet officier plus âgé que ses camarades, la progression suivie était un peu forte; le système nerveux trop violemment excité devait amener déterminer après chaque course une légère agitation qui pouvait nuire au sommeil. Pour éviter cet inconvénient il aurait fallu faire suivre à cet officier, au commencement des exercices, une progression un peu plus douce. La souplesse de cette méthode lui permet de s’adapter admirablement à toutes les constitutions.
. Dans une compagnie d’infanterie, la progression moyenne, celle qu’on doit employer toutes les fois qu’on s’adresse à de jeunes soldats, peut s’appliquer à 85 p. 100 de l’effectif. Dans certains contingents, par exemple les contingents bretons, le tant pour cent s’élève à 95.
Pour lé petit nombre de soldats pour lesquels la progression moyenne est trop forte, il suffit d’en adopter une plus faible qui convient mieux à leur constitution, pour les amener, en y mettant un peu plus de temps, au niveau de leurs camarades.
Depuis plus de 25 ans que nous pratiquons ces exercices nous n’avons pas encore rencontré un seul réfractaire. C’est cette facilité d’adaptation qui rend cette méthode si pratique.
Mais continuons à suivre le travail du capitaine de Soultrait sur les points qui ont été les plus discutés ;
« La respiration à pleins poumons est indispensable pour assurer le fonctionnement calme et régulier du
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cœur et par suite la circulation du sang et son oxygénation dans des conditions normales.
« Plus la quantité d’air inspiré est considérable, plus le travail mécanique est facile.
» L’article 28 du règlement prescrivant de conserver la bouche fermée pour exécuter le pas gymnastique semble incompréhensible.
» A la suite des exercices d’application pratiqués avec des éclaireurs de vitesse, il est permis d’affirmer que, sans sac, ils pourraient marcher sans arrêt pendant plusieurs heures à une vitesse moyenne de 7 à 8 kilomètres, entons terrains, à travers tous obstacles.
» Notre école du soldat est à modifier en ce qui concerne les différents pas. Notre manuel de gymnastique ne l’est pas moins en ce qui touche la gymnastique d’assouplissement (boxe, bâton), et surtout la gymnastique appliquée. »
Sous forme de conclusion le capitaine de Soultrait résume ainsi son appréciation sur l’allure en flexion.
ft La course en flexion est à elle seule une gymnastique parfaite complète. Elle donne au plus haut degré la santé, la vigueur, l’énergie. Elle développe les poumons, endurcit et fortifie tous les muscles.
» Elle a pour résultante d’amener l’homme en peu de temps à son maximum d’énergie physique.
» Elle s’impose de plus en plus à notre époque de locomotion mécanique à outrance. Personne ne marche plus aujourd’hui. En quelques semaines elle permet de former un marcheur de premier ordre.
» Avec les armes à tir rapide, à longue portée, il semble établi en principe, dans certaines armées étrangères, que le fantassin doit pouvoir parcourir, à une allure rapide, avec armes et bagages, une distance égale à la portée de son fusil.
» Notre arme est meurtrière à 3.000 mètres. Donnons à notre infanterie le moyen de parcourir cette distance en 20’ et pour cela habituons les recrues à franchir allègrement 4.500 mètres sans armes. La distance de 3.000 mètres avec chargement ne sera qu’un jeul
» Tous les hommes peuvent, en appliquant une sage progression, courir cette distance sans fatigue réelle.. Au grand jour de la lutte, le temps et les efforts emT ployés pour .arriver à ce résultat seront largement rémunérés. Apprenons à tous à franchir sans arrêt, simplement, tous les accidents du sol.
» Prenons les meilleurs d’entre eux pour recevoir l’éducation spéciale des « éclaireurs de vitesse » et faisons leur couvrir des distances de 10.000 mètres au moins en tenue de guerre avec leurs armes. Donnonsleur en outre une éducation spéciale, toute d’extérieur, toute de guerre.
» Un corps franc composé de quelques centaines de ces derniers serait un outil redoutable, capable par sa force et sa mobilité d’aveugler la cavalerie, d’éteindre, une artillerie gênante, de tromper pendant des heures des masses d’infanterie.
» Que cet essai soit tenté sans parti-pris, avec méthode et énergie ; le résultat dépassera les espérances! » ,
Ces réflexions ont été écrites à la suite d’une expé-
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rience de quelques semaines, certainement bien conduite, mais à laquelle manquaient les éléments pratiques indispensables. L’absence complète d’instructeurs au courant, ne permettait pas au capitaine de Soultrait, dès la première tentative, d’obtenir en si peu de jours des résultats complets. Ce qui est hors de doute, c’est que, dans les conditions où il se trouvait, il a parfaitement opéré. Son essai, nous l’espérons, ne passera pas inaperçu.
L’auteur de Ma Compagnie (1), qui, sous les initiales J. G. M. R., écrivit une brochure qui fit grand bruit, porte sur la marche en flexion le jugement suivant ;
« Vous la connaissez, n’est-ce pas, la méthode du capitaine d’artillerie de Raoul, cette méthode merveilleuse qui fait courir en aspirant fortement deux fois par minute, pour envoyer le plus d’air possible dans les poumons, qui fait commencer si lentement le pas gymnastique qu’on ne dépasse pas la vitesse d’un bon marcheur et qui, grâce à cette lente progression, arrive à faire parcourir 6, 8 et même 10 kilomètres au pas gymnastique à une troupe non exercée, et amène au bout de trois mois d’entraînement une recrue à faire 20 kilomètres avec ses armes, sur une route accidentée, en 1 h. 50!
» C’est si merveilleux que c’était à peine croyable il y a quelques années ; mais des expériences ont été faites par des régiments entiers, on en a vu l’application aux grandes manœuvres ; les médecins ont reconnu
(1) Ma Compagnie. Paris, Henri Charles-Lavauzelle, boulevard Saint- Germain, 118, rue Danton, 10.
.Marche. ®
qu’aucun inconvénient n’en pouvait résulter pour la santé.
» Faut-il que l’armée française soit arriérée et figée dans ses traditions pour ne pas adopter avec élan cette innovation! Combien faudra-t-il d’années pour l’introduire dans les mœursde notre instruction routinière?
» Voyez-vous cependant la révolution que le nouveau pas gymnastique apporterait dans toute la tactique! Tous les savants calculs des grands faiseurs de livres, les vitesses de marche, les durées d’écoulement, les distances d’avant-garde, la relation entre le temps et l’espace, tout cela s’écroulant comme un château de cartes devant cette phrase si simple, aux conséquences si grandes : L’infanterie ne marche plus, elle court. »
« Ma compagnie sera entraînée à la méthode de Raoul ; la démarche souple, les jarrets ployés, la poitrine ouverte, elle glissera moelleusement sur les routes, prête à sauter d’un bond à l’avant-garde ou à un point menacé; j’aurai une compagnie de coureurs, »
On n’a pas encore cherché à développer chez le soldat les qualités physiques; on le prend tel qu’il se présente et, lorsqu’on lui a appris à se servir de ses armes, on le déclare niobilisable. Il peut, en effet, tirer un coup de fusil ou un coup de canon ; mais est-ce suffisant? Au lieu de chercher à endurcir ses muscles et par cela même augmenter son énergie, on lui apprend un tas de choses qui ne lui servent à rien.
C’est aux muscles, à l’organisme tout entier qu’il faut s’adresser. L’homme est l’animal le mieux orga-
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nisé et le plus puissant qui soit au monde. On ne se doute pas des résultats qu’on peut obtenir par des exercices savamment gradués mettant en jeu toutes les ressources de la nature.
De même pour l’armée : toutes les fois qu’il s’agit de changer un fusil ou un canon on trouve cinq cents millions, et pas une voix ne s’élève pour discuter l’opportunité de cette dépense. Tout le monde comprend qu’il est avantageux de mettre entre les mains de nos soldats une arme un peu meilleure que celle du voisin; souvent la difîérence est peu sensible et son influence sur le sort des batailles à peu près nulle, mais au point de vue moral l’assurance que donnera cette supériorité hypothétique aura toujours son importance et justifiera l’adoption du nouvel engin. Mais si au lieu de modifier l’armement on propose simplement de modifier notre troupier, de lui faire acquérir une vitesse sans précédent, de doubler sa vigueur, son endurance et son énergie, on vous prend pour un utopiste et personne ne veut entendre parler d’un projet où il n’y a rien à dépenser. Y-pensez-vous? il faudrait changer nos habitudes ! Peut-être serions-nous obligés de courir comme nos hommes, pensent quelques officiers.
Ne serait-ce point le peu de goût que professe le plus grand nombre pour les exercices du corps qui dicte cette opinion? Un homme de quarante ans qui s’est épaissi prématurément ne veut pas admettre qu’il soit possible de retrouver la souplesse ■ que le manque d’exercice physique lui a fait perdre. Ceperdant, s il le voulait bien, avec un peu d’énergie, il serait encore vigoureux à cinquante ans. .