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UTILITÉ DE L’ALLURE EN FLEXION DANS LES MALADIES

Dangers de la course de vitesse. — La course en flexion ne fatigue ni n’essouffle. Elle est avantageuse, par l’exercice musculaire, respiratoire et la sudation qu’elle fournit, dans les maladies pulmonaires, dans les maladies par ralentissement de la nutrition. — Conclusion.

De tous les exercices, le plus dangereux est la course de vitesse. On y dépense toute sa force dans un temps très court. Si la distance parcourue n’est que de 120 à 150 mètres on l’accomplit sans respirer : si elle est plus longue et qu’on veuille courir par le même procédé, l’essoufflement arrive bientôt et force à s’arrêter malgré toute la volonté. La respiration est brève et entrecoupée, le cœur bat précipité. Si on veut persister on doit craindre le cœur forcé, on a vu des cas dé mort. Pour soumettre son appareil circulatoire à un tel surmenage il faut avoir des artères jeunes. Les hommes faits ne peuvent plus s’adonner aux courses.

Les sports de courses ont été parmi les plus critiqués. Ce sont entre tous les plus dangereux. Car ils excitent l’émulation et poussent à continuer à courir malgré l’essoufflement.

Aussi les courses ont été presque toujours proscrites

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par les médecins. Mais ils n’ont vu dans la course que la vélocité.

Quand on fait de la course en flexion, qu’on la pratique avec un entraînement suffisant, on peut au contraire en retirer de grands avantages au point de vue de sa santé, surtout si on a soin de s’entraîner graduellement et de s’arrêter sitôt qu’on prend une mauvaise progression qui se révèle par l’essoufflement.

La course en flexion est avantageuse par :

P L’exercice musculaire ;

IP L’exercice respiratoire;

IIP La sudation qu’elle fournit.

Exercice musculaire. — Il faut, si on veut apprécier un exercice au point de vue musculaire, considérer plusieurs facteurs :

1° On cherchera d’abord le nombre des muscles utilisés. Plus grand sera ce nombre, plus l’exercice sera avantageux, et ce à un double point de vue : parce que le but même de l’exercice est de s’adresser au système musculaire entier, et parce qu’un travail accompli par plusieurs muscles nécessite moins d’efforts et fatigue moins que rempli par un seul.

A ce titre la gymnastique aux appareils est fâcheuse, car elle s’adresse spécialement à quelques muscles; la gymnastique suédoise au contraire cherche dans les mouvements à mettre en jeu le plus grand nombre possible de muscles.

La natation, l’escrime, l’aviron sont très avantageux à ce point de vue.

La marche, avons-nous dit, n’exerce ni les muscles lombaires, ni ceux du thorax, ni ceux de l’abdomen.

L'étude de la course en flexion montre qu’elle tend à mobiliser les unes sur les autres les diverses pièces osseuses qui composent la colonne vertébrale, le thorax et le bassin; il faut avoir les reins très souples. D’autre part, l’attitude tête en arrière, coudes fléchis en arrière, contracte les muscles thoraciques supérieurs ;

2® On considérera l’effort accompli par un muscle, et ce à plusieurs points de vue :

а) De son intensité. Soulever des poids donne la mesure d’un exercice qui recherche cette action seule;

б) De la brusquerie du début. Le saut est un exercice violent à début des plus brusques ; la lutte exige aussi des efforts brusques ;

- c) De la durée de l’effort; elle sera d’autant plus grande que l’effort sera moins violent et moins brusque.

Il est utile dans un exercice hygiénique de rechercher un effort lent, peu intense et durable. C’est le cas de la gymnastique suédoise. C’est également celui de la course en flexion. Le mouvement adopté dépense le minimum de forces ; par suite l’allure peut être soutenue, à l’inverse de la course de vélocité.

3® U amplitude du mouvement. Un mouvement long et une contraction totale du muscle sont préférables à unmouvementbrusqueetécourté. La gymnastique suédoise, àl’inversedelanôtre, recherche ces mouvements allongés. Ils favorisent mieux le jeu des articulations et la fonction des muscles. La course en flexion offre des mouvements articulaires plus lents et plus prononcés que ceux fournis par la course ordinaire. Quand cette dernière offre quelques mouvements prononcés, ils

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sont brusques et heurtés : tels les genoux dans la période d’oscillation.

Par suite, la course est un exercice excellent aux anémiques, aux amaigris, aux enfants dont la croissance se fait mal, en un mot à tous sujets qui auront besoin de fortifier leur système musculaire.

Exercice respiratoire. — Lagrange a montré que la marche et l’exércice des membres inférieurs agissent mieux que ceux des bras pour dilater la cage thoracique et améliorer la respiration.

La marche et la course seraient donc précieuses à ce point de vue. Et pourtant il est difficile au médecin d’en retirer un résultat pratique.

En effet, pour la marche, il faudrait y consacrer chaque jour plusieurs heures. Sinon elle est insuffisante.

La course est à l’opposé épuisante et dangereuse. Seuls les jeunes gens peuvent s’y adonner.

On peut au contraire, en employant le système de course en flexion, prendre unhomme quelconque de 20 à 60 ans, même obèse, et lui faire exécuter, dès la première leçon, une course variant de 3 à 10 kilomètres, suivant son âge et la force de ses jambes, sans jamais craindre le moindre essoufflement, quel que soit l’état de ses poumons. 11 suffit pour obtenir ce résultat de modifier la progression employée. Cette progression doit être d’autant plus lente que le sujet est plus faible ou plus âgé.

Quelques personnes ayant dépassé de beaucoup la cinquantaine font encore, dans le simple but de conserver leur activité physique, des courses de 20 kilomètres en 2 heures et cela deux ou trois fois par se-

maine. Bien peu de gens dans la force de l’âge pourraient en faire autant.

La course en flexion constituera un remède très favorable à plusieurs maladies chroniques du poumon et en particulier à la phtisie.

L’insuffisance de fonctionnement de cet organe paraît être un des facteurs les plus certains de l’apparition de cette maladie. La fréquence de cette maladie chez les sourds-muets dépend du repos forcé de leurs poumons.

Les animaux de course (chevaux) et ceux qui mènent une vie agreste (chèvres) sont peu sujets à la phtisie, à l’opposé de ceux d’étable (vaches) (1). Il faut voir là moins une différence d’espèce qu’une différence dans le mode de vie.

Il ne faut donc pas craindre de mettre en action les poumons des phtisiques. Les poumons s’agrandissent par l’exercice, la cage thoracique se dilate, on apprend à mieux respirer, c’est-à-dire à faire des inspirations lentes et profondes; d’où absorption plus grande d’oxygène. Cette suroxygénation constitue le meilleur traitement des phtisiques. Mais comment des phtisiques qui s’essoufflent avec une si grande facilité pourront ils respirer plus d’air ?

Lagrange croit qu’il faudrait prescrire hardiment aux tuberculeux et aux asthmatiques les longues marches en plaine.

(i) On regardait les chèvres comme non susceptibles de contracter la phtisie. On eut même l’idée d’inoculer du sang de chèvre à des phti- ^ques. Une chèvre savante surmenée chaque soir sur un théâtre de aris contracta la phtisie, et toutes ces théories s’effondrèrent.

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Ces marches les fatiguent et les rebutent. Au contraire quelques kilomètres faits en allure fléchie avec une cadence lente et bien graduée accompagnée d’inspirations lentes et profondes sont pour eux le meilleur exercice respiratoire.

Pour accoutumer peu à peu des poumons malades à une respiration lente et large, il faut un entraînement gradué. Or tous les principes de la méthode de course en flexion s’appliquent à graduer l’entraînement pour éviter toute fatigue et tout essoufflement.

Sudation. — La sudation que provoque la course en flexion a une grande importance hygiénique. La sueur enlève de la masse du sang tous les résidus de la nutrition, elle entraîne les poisons que fabrique l’organisme et ceux qui y sont introduits ou qu’y engendrent les bactéries. La crise salutaire des fièvres dans les maladies se traduit par une abondante sueur.

L’homme adulte qui a tendance à ne pas dépenser tous ses ingesta se trouve bien de transpirer. Dans certains pays, en Turquie par exemple, les bains à étuve sèche sont en grand honneur (1).

Mais la sudation obtenue par un exercice physique est bien préférable. M. Lagrange insiste sur ce point et rappelle que la sueur chez un animal inactif est épaisse et chargée de résidus solides ; elle est claire et aqueuse au contraire chez celui dont la peau fonctionne chaque jour par suite d’un travail quotidien. Un cheval

^1) Lagrange : L’exercice chez les adultes. P. Alcan, 1892.

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