DIVERS MODES DE MARCHE
Ces différences sont si connues, sans avoir été étudiées scientifiquement, que l’on trouve souvent des notions précises sur le caractère d’un individu simple-
Fig. 4. Nègre de Saint-Louis, Fig. 5. Nègre de Saint-Louis
marche ordinaire. à l’allure distinguée.
ment dans sa manière d’avancer, et c’est souvent notre démarche qui nous fait juger, parfois à tort, car bien des gens cherchent à avoir l’air fier et dégagé pour surmonter leur timidité. Telle allure est considérée distinguée, telle autre ne l’est pas ; question de conventions, peut-être, mais conventions bien générales, car dans n’importe quelle partie du monde on trouve les mêmes différences (fig. 4 et 5).
La convention paraît être cause de modifications
curieuses; souvent on reconnaît, surtout dans les petits centres, le docteur à ses petits pas précipités. Son genre d’occupation l’oblige à marcher beaucoup; or, comme il est convenu qu’il n’est pas distingué de marcher à grands pas, pour aller vite il est obligé d’accélérer la cadence de son pas, se fatigant davantage que le facteur qui va tout aussi rapidement que lui, mais qui, n’ayant pas à tenir compte des convenances, allonge au contraire le pas sans changer sa cadence habituelle.
L’éducation joue, un grand rôle sur la marche d’un individu. Dans bien des familles, on apprend aux enfants à marcher convenablement, on gronde les jeunes filles qui font de grands pas, les garçons qui traînent leurs pieds et qui marchent lourdement, et dans la suite le pas subit des modifications importantes, souvent contraires même à la conformation de l’individu.
L’éducation crée l’habitude et il arrive un moment où l’on est fait à une allure, l’organisme est plié au pas imposé, les membres et les articulations se sont développés en conséquence et l’on a son pas personnel.
Le costume et la chaussure jouent aussi un grand rôle; certains arabes et nègres marchent lentement, à petits pas, à cause du burnous qui ne permet pas de faire de grands mouvements et des babouches qu’ils traînent aux pieds (fig. 6).
Le garçon de ferme avec ses sabots ne peut non plus bien détacher le pied du sol, et pour faire de grands pas il doit déplacer la jambe, pendant l’oscillation, sans presque la fléchir.
De même, en Laponie et en Norvège, l’usage des
Fig. 6. Démarche de musulmans de Saint-Louis
Les hauts talons et les anciennes socques que Ton trouve encore dans certaines campagnes reculées exigent des petits pas et obligent à avancer en levant les genoux.
Peut-être même verra-t-on, par suite de l’emploi de la bicyclette, l’allure de la Parisienne se modifier; l’habitude de porter les pantalons courts et les souliers plats des cyclistes, au lieu de ces jupes qui limitent ses mouvements et des hauts talons qui la font marcher sur la pointe du pied, lui fera sans doute allonger le pas et perdre sa petite allure trottinante.
En Chine, la forme de la chaussure des gens riches paraît être faite pour les empêcher de marcher à grands pas ; la semelle de feutre, très élevée, au lieu de dépasser le pied, s’arrête au niveau de l’origine du gros orteil ; la propulsion finale de la pointe du pied qui nous permet d’allonger le pas ne peut se produire avec cette chaussure. (D'' Etchandy.)
Ma.-che. 2