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CHAPITRE V

INFLUX NERVEUX

Epuisement nerveux par surmenagephysique. —Facilitésuggestive d’autant plus forte que la fatigue est intense. — Le mouvement habituel automatique est le moins fatigant. — Mise en train nécessaire au début de l’allure en flexion. — Utilité de la marche en cadence.

Dans l’étude d’un exercice on n’a pas terminé quand on en a reconnu le mécanisme et les effets sur les fibres musculaires. Il faut encore, et c’est une des parties les plus importantes, voir son action sur les nerfs et le cerveau.

Le docteur Tissié a bien montré (1) que, si un exercice physique modéré facilitait les fonctions cérébrales, le surmenagephysique, au contraire, épuisait la cellule nerveuse. Il se développe alors chez le surmené un état hypnotique qui favorise les mouvements automatiques. Ainsi, à l’université de Cambridge, l’hypnotisme a fait chez les étudiants sportsffien des progrès inquiétants.

Le rôle de l’entraîneur dans les sports, et en particulier dans la vélocipédie, est basé sur cet état hypno-

(1) Congrès de Caen. Association française pour l’avancement des sciences, t. I, p. 218.

tique du sujet épuisé et automate. L’entraîneur doit connaître son sujet pour le suggestionner au moment favorable.

Nous avons vu que le pas de parade des soldats allemands développe chez eux l’automatisme et l’esprit d’obéissance. C’est pourquoi les officiers allemands le font prendre à leurs troupes dans les circonstances critiques : ainsi l’attaque de la garde à St-Privat; bien que décimée, la garde ne recula que sur l’ordre de ses chefs.

Le pas de parade en effet est extrêmement fatigant, il épuise la cellule nerveuse et annihile la volonté individuelle.

Examinons au contraire l’allure en flexion. Celle-ci donne le minimum de dépense nerveuse. Elle aboutit bien évidemment à la fatigue. Tout exercice physique si modéré qu’il soit y aboutit nécessairement au bout d’un temps plus ou moins long. Mais cette fatigue se produit tardive; l’allure en flexion conserve donc longtemps les forces nerveuses intactes, et sauvegarde le libre arbitre du coureur.

Il suffit, en effet, d’avoir pratiqué quelque temps ce genre de course pour sentir combien l’esprit est vif et dispos. On s’occupe en courant, on cause, on lit, on tourne la tête en différentes directions, portant son attention sur les points du paysage qui paraissent intéressants.

Cet état d’esprit est d’une grande importance pour les troupes. Il permet au soldat de déployer son initiative individuelle si utile dans les guerres actuelles pour se protéger, pour profiter des accidents de terrain, pour aller en reconnaissance. Etant moins automate, il

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est moins sujet aux paniques : il ne suffira plus qu’un lâche jette le cri de terreur pour quetous aussitôt s’enfuient.

Mais ces avantages n’existent que pour celui qui est habitué à l’allure en flexion. Au début, comme pour tout exercice nouveau, la fatigue est assez grande. Les muscles se contractent à tort, plus et autrement qu’il n’est nécessaire. Le cerveau applique son attention à exécuter le mouvement et se fatigue.

Avec l’habitude seule, les muscles se contractent à propos, tout leur effort est utilisé. Le mouvement finit par devenir machinal, le cerveau n’intervient plus.

A ce moment on pourra accomplir la plus grande somme de travail avec la moindre dépense possible, et profiter réellement de l’économie de forces que procure l’allure en flexion.

Il est nécessaire de le répéter, on ne pourra obtenir le plein effet de l’allure en flexion et comprendre combien elle est avantageuse que lorsqu’on pourra prendre et conserver cette allure sans que l’on ait à se préoccuper de ses jambes et de sa position.

Ce n’est alors que très tardivement, après avoir couvert sans y penser une grande étendue dé terrain, que l’épuisement musculaire survient. A ce moment, d’autant plus tardif que le sujet sera plus entraîné à l’allure en flexion, il pourra encore, par un effort de volonté suprême, ou obéissant à l’excitation des chefs, faire un dernier effort.

Ainsi les vélocipédistes dans les concours parcourent automatiquement la piste. Puis, lorsqu’ils approchent du but, et que la fatigue est arrivée, ils fixent

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leur volonté à atteindre ce but (1), ou encore se laissent machinalement entraîner par Fentraîneur qui les suggestionne et les excite à accomplir encore les mêmes mouvements que lui.

Poussons plus loin l’analyse psychologique. Elle servira à expliquer certains faits qui se produisent chez le coureur, et étonnent souvent quand on n’est pas prévenu.

Prenons un sujet qui a une habitude suffisante de l’allure en flexion; il lui sera nécessaire, quand il se remet à la pratiquer, surtout s’il a fait au préalable une marche ordinaire, d’en surveiller l’exécution pendant quelques secondes au moins. Il ne doit pas, au début, se laisser aller sans y prendre garde.

Il en est en cela comme de tout exercice, de tout mouvement. Il faut quelque temps pour que l’organisme s’y réhabitue pleinement.

On constatera ce fait d’autant mieux si on l’a pratiqué immédiatement après un exercice différent. Ainsi, après une course à cheval ou en vélocipède, on est mal assuré dans sa marche, on vacille, on titube, on ne marche plus automatiquement avec sa moelle, le cerveau doit se mettre pendant quelques secondes à surveiller l’exécution des mouvements. Puis bientôt la pratique revient, et la marché reprend habituelle.

Il en est de même si l’on prend l’allure en flexion. Il faut au début que le cerveau s’applique à régler les mouvements. Ce n’est qu’après un temps d’autant

(1) Le vélocipédiste, dit M. Ch. Tissié, épuisé, peut encore faire un tour ou doux de piste en tordant son cou. Il fait appel à la douleur pour exciter ses muscles las; c’est un acte de suprême volonté. Ces coureurs de tête arrivent toujours les premiers.

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plus court que la pratique en sera plus grande, que la mémoire organique des mouvements coordonnés se retrouvera et que Tallure deviendra automatique.

Pour ce motif, on doit commencer par une allure lente, pour réhabituer ses membres au mouvement; pour la même cause on doit prendre peu à peu et comme sans le vouloir une allure plus rapide. Si une intervention brutale de votre volonté modifie brusquement Pallure, les mouvements seront mal combinés, et Pessoufflement se produira.

En second lieu, il est avantageux pour celui qui ne connaît pas ou connaît peu Pallure en flexion de la pratiquer en cadence avec des sujets qui en ont Phabitude.

En marchant à allure cadencée, il imite ses voisins, pratique la même série de mouvements. Ceux-ci sont automatiques (1); partant plus d’efïorts contradictoires et inutilisés, plus de fatigue cérébrale.

On apprendra très vite Pallure en flexion si on se met par troupes avec un bon instructeur. Il n.e faudra la pratiquer isolément et ponr son propre compte que lorsqu'on aura acquis une longue pratique. Si on quitte trop tôt le groupe, on sera étonné de ne pouvoir plus parcourir les distances que Pon faisait comme en se jouant, et d’arriver rapidement à la fatigue et à Pessoufllement.

(1) Revue scienti/ique. A propos du pas d'infanterie, 1897, p. 315.

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