CHAPITRE I
La Migraine
Simple névralgie pour les uns, névrose suivant les autres, la migraine constitue dans tous les cas, une affection offrant des caractèues si nets et si tranchés, que l’on doit lui assigner une place à part dans la pathologie et l’isoler soigneusement des diverses céphalalgies, dont nous aurons plus loin à nous occuper.
Dans les familles, on qualifie de migraine toutes les céphalées ; c’est là une erreur profonde qu’il importe au plus haut point de ne pas commettre, sous peine d’avoir les plus grandes déceptions en appliquant le traitement.
Certes, la céphalalgie reste le symptôme dominant et le plus pénible de la migraine, mais, la façon dont
elle se montre, sa localisation particulière, les phénomènes généraux qui l’accompagnent, enfin, les caractères des accès, nous montrent que nous avons affaire ici à une affection bien particulière.
Etiologie. — Les causes premières de cette affection se trouvent dans un état morbide constitutionnel.
Le plus souvent, ainsi que l’ont démontré Trousseau et Récamier, elle n’est qu’un produit de la diathèse arthritique. Goutte, gravelle, rhumatisme, herpétisme, obésité, eczéma, migraine, ne sont que des manifestations multiples d’une même tare organique, qui se montrent tantôt isolées, tantôt alliées l’une à l’autre, de la façon la plus intime chez les divers membres d’une même famille.
Tel enfant de goutteux, migraineux dans sa jeunesse, devient ensuite dyspeptique, puis arthritique ou gravelleux, etc.
La migraine est héréditaire comme la diathèse elle-même, mais elle offre de plus de grandes connexions avec l’hérédité nerveuse et s’allie très-souvent aux névroses proprement dites.
Les exemples d’association avec l’asthme sont des plus nombreux, Gharcot la montre associée à la chorée, Hirtz, à la névralgie sciatique, enfin, Charcot encore et ses élèves la considèrent dans certains cas comme symptomatique de la paralysie générale, du tabès et de l’hystérie.
Du reste, il est rationnel de voir la migraine affec-
ter des rapports aussi étroits avec certaines névroses comme l’asthme et la chorée puisque nous savons que celles-ci ont des relations très intimes avec l’arthritisme, dans lequel la migraine puise sa principale source.
Plus commune'chez la femme que chez l’homme, la migraine fait habituellement son apparition dans le jeune âge, elle se montre peu après 25 ans, elle est très rare chez l’enfant et chez le vieillard.
Les accès reviennent parfois sans cause appréciable, mais, le plus souvent, certaines circonstances particulières peuvent provoquer leur apparition. Ces causes occasionnelles sont, du reste, plus variables, ce sont suivant les sujets, les veilles, les travaux intellectuels trop prolongés, les digestions pénibles, le changement de temps, les émotions, une lumière, une odeur trop vive, etc.
Certains malades voient survenir leurs accès toujours après les mêmes causes, qui sont parfois des plus singulières; Lasègue, par exemple, avait sa migraine toutes les fois qu’il voulait prendre du chocolat.
Quant à la cause anatomique de la migraine, 'elle réside certainement dans les troubles de la circulation encéphalique qui sont manifestes dans la plupart des cas. Ces troubles de la vaso-motrice ont été du reste, différemment interprétés. Dubois Raymond croît à une excitation du sympathique, et Mollendorf à une paralysie. La congestion, aussi bien que l’anémie d’ailleurs, peuvent rendre compte de la
douleur et des phénomènes sensitifs, moteurs et psychiques que l’on observe dans certains cas : « Ces deux théories, ainsi que le font remarquer Laveran (1) et Teyssier ne sont pas incompatibles, il est possible qu’au début il y ait excitation des nerfs vaso-moteurs, contraction des vaisseaux, ischémie des tissus, et que la paralysie vasculaire se produise au bout d’un certain temps, variable suivant les sujets. »
Description. — Toute la maladie se résume dans les accès, le malade en dehors d’eux, étant relativement bien portant, ou souffrant simplement d’affections liées à la même diathèse, mais qu’on ne peut regarder comme faisant partie de la migraine
Les accès sont du reste, d’une fréquence très variable. Ils peuvent se montrer tous les 8 où tous les 15 jours, parfois tous les mois seulement, rarement on les observe plus d’une fois par semaine, à moins que les causes occasionnelles se multiplient. Dans quelques cas, ils reviennent d’une façon absolumeut régulière, surtout chez les femmes qui font leur migraine au moment des périodes menstruelles ; dans d’autres, des intervalles inégaux les séparent; Avec la vieillesse, ils ont une tendance à s’éloigner et même à disparaître.
L’accès dure en général de 6 à 48 heures. Charles Féret (2) décrit des migraines sérielles; chez une de
(1) Laveran et Teyssier. Pathologie et clinique médicale, 1879.
(2) Ch. Féret. Pathologie des émotions, 1892.
ses malades, il montre la crise d’abord éloignée se présentant ensuite tous les 8 ou 10 jours, puis tous les 2 ou 3 jours et enfin dans la même journée, on voit apparaître jusqu’à des séries de 4 à 5 accès successifs.
Moebius décrit à son tour un état de mal migraineux, constitué non plus par des crises sérielles, mais par une migraine persistant pendant plusieurs jours.
Chaque migraineux imprime du reste un cachet particulier à son accès ; cependant, il est toujours facile de reconnaître les principaux symptômes qui restent dans tous les cas, sensiblement les mêmes.
Lasègue, qui a fort bien décrit la migraine, ayant souvent eu l’occasion de l’étudier sur lui-même, divise la crise en trois périodes.
La premièré ou période prodomique, débute en général, la veille de l’accès proprement dit.
Le malade est souvent déprimé, il est inapte à tout travail, il se sent envahir par un malaise général qui ne fait qu’accroître encore, après une nuit mauvaise et pendant laquelle l’insomnie est parfois com plète.
Parfois aussi, une légère excitation, la gaieté, la vivacité intellectuelle, le bon appétit, annoncent au malade l’approche du mal.
La seconde période commence bientôt, le patient ne tarde pas à sentir une douleur sourde, assez légère d’abord, limitée à une des régions temporale, orbitaire, sus-orbitaire (le plus-souvent à gauche), mais
qui ne tarde pas à se diffuser à tout un côté de la tête (hémicramie).
La douleur augmente d’intensité et devient bientôt intolérable : « Elle est lancinante, gravative ; elle revient dans le cours de l’accès par une série de petits accès, dont l’intermittence n’est jamais complète, et va crescendo à partir de son début ; le moindre mouvement, la marche, l’ascension d’un escalier, l’exaspèrent ; les malades comparent alors la douleur qu’ils éprouvent à celle que déterminerait une masse liquide ballotée dans la boîte crânienne, ou bien à celle que produirait la pression du crâne par un étau. »
Cette douleur envahit parfois les deux côtés de la tête, mais alors elle est toujours plus prononcée d’un côté que de l’autre. Parfois aussi, elle passe brusquement de droite à gauche et vice versa.
Les artères battent durement du côté douloureux, les vaisseaux sont dilatés, tous les sens semblent hypérestésiés.
Le malade irritable à l’extrême, fuit tout bruit, toute lumière, redoute tout mouvement, la moindre sensation étant un prétexte pour exagérer la douleur.
Enfermé dans sa chambre, dans l’obscurité, étendu immobile sur son lit, il s’apprête à avoir un peu de repos, lorsque apparaît un nouveau symptôme, l’état nauséeux qui, bientôt, entraînera les vomissements qui vont rendre sa situation encore plus pénible.
Cependant la période de déclin ne tarde pas à arri-
ver, la céphalalgie et l’état nauséeux s’amendent peu à peu et ne tardent pas à disparaître. Le patient, assommé par la violence de son accès et aussi par la fatigue, tombe bientôt dans un profond sommeil. S’il reste éveillé, il est plongé dans un état d’abrutissement des plus manifestes jusqu’après son premier repas, car, ainsi que dit Lasègue, l’on n’est guéri que lorsque l’on a mangé.
Mais, nous l’avons déjà dit, chaque malade fait un peu sa crise à sa manière, et il s’en faut de beaucoup que la migraine soit aussi accentuée dans tous les cas.
Souvent les malades peuvent, malgré la souffrance, continuer à vaquer à leurs occupations habituelles, l’état vertigineux et nauséeux fait, chez certains d’entre eux, presque complètement défaut. L’heure de l’accès, quoique étant le plus souvent celle que nous avons indiquée, peut être des plus variables, il se produit même parfois au milieu de la nuit.
Enfin, l’on voit des migraineux cesser leur migraine aux heures du sommeil pour la reprendre au lendemain matin.
Ce sont, en général, ces formes frustes de la maladie qui donnent lieu aux erreurs de diagnostic.
La migraine peut aHecter plus particulièrement certains organes des sens et, dans plusieurs cas, la prédominance du trouble de ces organes est telle, qu’on a voulu voir une série de migraines diverses.
Micati et Robiolis ont décrit des migraines auditives, olfactives et gustatives ; Féret, une migraine ophtalmique.
En réalité, cette dernière seule, tout en étant une forme particulière de la migraine, mérite une description à part, à cause des accidents un peu spéciaux qu’elle entraîne.
Non seulement son étiologie et sa pathogénie sont les mêmes, mais encore on retrouve chez elle tous les symptômes de la migraine vulgaire, afin d’éviter les répétitions, nous ne ferons donc que décrire des phénomènes surajoutés.
Migraine ophtalmique. — La migraine ophtalmique est ainsi nommée à cause de phénomènes visuels particuliers qui précèdent en général l’apparition de l’hémicrânie.
Le principal de ces troubles de la vision est constitué par le scotôme scintillant.
Une lacune se produit dans le champ visuel. Cette tache obscure qui s’agrandit progressivement se frange bientôt de lumière formant des zig-zag qui l’entourent. Ce contour brillant offre les couleurs variées du rouge, du vert et du bleu.. Tout cela remue, s’éloigne, se rapproche. La roue de feu tourne, se dentèle, se brise, scintille et lance des éclairs.
Suivant les malades, le scotôme scintillant offre du reste les formes les plus variées, depuis la gerbe d’étincelles jusqu’à la boule de feu. Ceux qui ne l’ont pas éprouvée, peuvent s’en rendre un compte suffisamment exact, quoique imparfait, en exposant brus : quement leurs yeux à la lumière du soleil . Tantôt Ce
phénomène ne se produit que dans un œil, parfois dans les deux.
Après un temps variable (de quelques secondes à 1 heure), le cercle lumineux devient plus grand, la tache obscure disparaît, et alors se montre le second phénomène : l’hémiopie.
Le malade est tout surpris les premières fois de ne voir qu’une moitié des figures qu’il regarde, le plus souvent, c’est une des moitiés latérales qui disparaît, le champ visuel étant rarement atteint dans sa partie supérieure ou inférieure. Dans des cas exceptionnels, la cécité peut être complète.
Au bout d’un temps encore très variable, l’hémiopie disparaît à son tour, pour faire place à la douleur céphalalgique hémicrânienne, à la migraine qui se développe comme précédemment. Une douleur persistante et très violente du globe oculaire lui-même, vient seul alors témoigner que c’est à de la migraine ophtalmique que l’on a affaire.
Dans les formes, dites dissociées, les phénomènes douloureux et les phénomènes oculaires se montrent dans des accès tout à fait distincts.
Du reste, la migraine ophtalmique comme la migraine vulgaire, a des formes incomplètes, anormales, frustes ; c’est ainsi que dans certains cas les troubles visuels se montrent seuls ; dans d’autres, ils sont constitués par une simple névralgie oculaire ; dans d’autres enfin, les nausées et les vomissements font défaut.
Par contre, dans les formes, dites associées, des
troubles très divers peuvent compliquer la scène.
Tantôt à une extrémité ou même sur toute une moitié du corps, apparaissent des troubles sensitifs, picotements, anesthésie, engourdissement, tantôt des troubles moteurs, tremblements, convulsions, et même hémiplégie transitoire.-
Dans certains cas, se développe une aphasie plus ou moins marquée qui peut s’accompagner d’amnésie et d’agraphie. Tous les centres du langage peuvent être atteints.
« A peine le scotôme a-t-il disparu, dit Charcot, voilà le malade qui éprouve un engourdissement de la main ; l’engourdissement monte, il envahit la face, il occupe la commissure labiale du même côté ; la langue s’embarrasse ; au bout d’un certain temps, le malade veut parler et ne le peut plus ou ne le sait plus ».
Nous jugeons inutile de décrire d’une façon spéciale, chacune des autres migraines sensorielles. Cependant, il est une affection qui a été étudiée en Allemagne "par Moebius, et en France par Charcot (1) dont nous devons dire quelques mots. C’est la migraine ophtalmoplégique.
Migraine ophtalmoplégique. — Cette affection se compose de crises qui dans leur première partie rappellent en tous points celle de la migraine. La terminaison seule est différente en ce qu’elle se fait par une paralysie oculo-motrice.
(1) Charcot, Progrès médical.
C’est surtout dans l’enfance que se montre cette affection.
Les crises se représentent suivant les sujets à intervalle de quelques semaines, et quelquefois d’un ou de plusieurs mois, parfois elles ne sont que l’exagération d’un état douloureux persistant.
L’accès dure 3, 8 et 15 jours suivant les cas : « La douleur, dit Charcot, intense, atroce, ouvre la scène; cette douleur est une hémicrânie par excellence, elle reste localisée d’un seul côté pendant toute la durée de l’accès, bien plus régulièrement que cela ne se voit dans la migraine vulgaire ; elle siège surtout à la région temporale et s’étend tantôt à l’occiput, tantôt à la nuque ou encore sur les deux à la fois. La douleur s’accompagne d’ailleurs, comme dans les autres formes de migraine, de malaisés, de nausées et de vomissements. »
La douleur disparue, on constate du ptosis, du strabisme externe, un défaut d’accommodation, en un mot une paralysie complète de la troisième paire du côté où s’est montrée la douleur. Puis, tout rentre petit à petit dans l’ordre, à moins qu’à la suite d’accès répétés, le moteur oculaire commun ne reste définitivement localisé.
Diagnostic. — Le diagnostic de la migraine est en général facile à faire et souvent fait par le malade lui-même, cependant il convient de se méfier de la tendance qu’on certaines personnes à englober sous ce nom toutes les céphalalgies.
L’âge du malade, la répétition des accès, l’évolution particulière de la crise, les caractères propres de la douleur, l’état nauséeux feront facilement distinguer les migraines des affections avec lesquelles on pourrait les confondre.
L’apyrexie et le caractère hémicrânien de la céphalée, distingueront la migraine des méningites et des céphalalgies liées aux affections fébriles.
Dans les tumeurs cérébrales et les affections organiques de l’encéphale, les douleurs sont beaucoup plus persistantes.
Dans la syphilis elles affectent il est vrai la forme d’accès, mais elles reviennent surtout la nuit et cèdent facilement au traitement spécifique.
Les névralgies faciales et occipitales sont unilatérales et se montrent souvent par accès, mais elles siègent sur le trajet bien déterminé d’un nerf et s’ac compagnent rarement des autres manifestations de la migraine.
Dans la syphilis héréditaire, dans l’urémie, dans les céphalées de la croissance, la douleur revêt parfois le caractère paroxystique, il faudra alors la plus grande attention pour s'assurer que l’on n’a pas affaire à une forme de la migraine fruste.
La céphalalgie des hystériques et des neurasténiques, offre des caractères bien particuliers et les malades sont en général porteurs de stigmates, qui les feront vite reconnaître.
La migraine ophtalmique, grâce au scotôme scintillant et à l’hémianopsie est facile à diagnostiquer,
cependant, dans les formes frustes, il importe de bien faire préciser au malade l’aspect des sensations lumineuses, certains épileptiques et certains hystériques présentant parfois des phénomènes à peu près semblables.
L’aphasie transitoire devra faire penser à la migraine ophtalmique, la paralysie de la troisième paire à la migraine ophtalmoplégique.
Pronostic. — L’affection plus désagréable que grave en général, la migraine vulgaire va progressivement en diminuant dans le nombre de ses manifestations et dans leur intensité à mesure que l’on avance en âge. Cependant l’on ne doit pas oublier que parfois la migraine ophtalmique peut indiquer le début d’une paralysie générale ou du tabès, et quoi qu’il n’y ait encore que peu d’observations publiées sur ce sujet, l’on doit en tenir compte.
Quant à la migraine ophtalmoplégique, elle s’améliore parfois, ne guérit jamais et conduit souvent à la paralysie du moteur commun.
Traitement. — Si j’ai insisté assez longuement sur l’étiologie et la symptomatologie de la migraine, c’est que je suis persuadé qu’une des principales causes des échecs de la thérapeutique réside dans les erreurs de diagnostic.
Je crois qu’après ce qui a été dit, on sera suffisamment renseigné pour pouvoir s’assurer que l’on a bien affaire à de la migraine et non à une de ces
nombreuses céphalalgies qui guérissent parfois par d’autres moyens, mais pour lesquelles le traitement de la migraine est tout à fait inefficace.
Ceci étant posé, je dirai de suite aux migraineux, qui après avoir pris les traitements les plus divers, ont fini, de guerre lasse, par accepter leur infirmité, reprenez courage, recommencez d’user d’une thérapeutique plus sage et plus rationnelle, peut-être arriverez-vous ainsi à un résultat inespéré.
Le migraineux, en effet, jouissant dans l’intervalle de sés crises d’une santé parfaite, ne traite pas la névrose, il n’en traite que les accès, ce qui est aussi peu raisonnable que le serait un intoxiqué qui continue/ raît à prendre du poison et qui chercherait à en combattre les effets.
Nous avons vu que presque toutes les migraines reconnaissaient pour cause, la goutte, le rhumatisme l’arthritisme, l’herpétisme, etc...
C’est donc la diathèse elle-même qu’il faut combattre. Il faut la combattre avec courage, avec opiniâtreté, car ce n’est qu’en faisant disparaître la cause que nous supprimerons les effets.
Il faut se souvenir, d’autre part, que la migraine doit être traitée dès le début, car chez les arthritiques, elle n’est que le prélude de maux nombreux, qui doivent plus tard, sous diverses formes, empoisonner son existence.
Le régime alimentaire doit tout d’abord être établi, il sera du reste facile à suivre, car si quelques
aliments sont manifestement nuisibles, ils sont en nombre relativement restreints.
Ce sont, parmi les viandes, le gibier, les salaisons, et en général toute préparation culinaire fortement aromatisée. On ne devra user qu’avec réserve des poissons mollusques et crustacés.
Les légumes semblent plutôt indiqués, cependant, il faut s’abstenir d’oseille et d’épinards.
Les fruits peuvent être pris en abondance, certains, comme les prunes et les raisins rendent de grands services.
Pour les boissons, on doit repousser formellement les liqueurs, les vins fortement alcoolisés et lés bières fortes. Le cidre, agit d’une façon très différente suivant les malades ; certains se trouvant bien de son usage.
Pendant les repas, il serait nécessaire de faire usage d’une eau faiblement minéralisée, l’eau de Vittel, à cause de ses propriétés diurétiques, se recommande entre toutes.
Il est de toute nécessité de suivre attentivement les préceptes hygiéniques.
Le malade doit choisir parmi tous les exercices physiques celui qui lüi est agréable, et en user régulièrement sans arriver jusqu’à la fatigue.
Le travail intellectuel ne devra pas être trop prolongé.
Il faut veiller à la régularité des selles ; grâce à la rhubarbe, à la magnésie ou au cascara, il sera facile d’en obtenir une par jour.
La peau devra être tenue dans un état constant de propreté, par des bains fréquents.
Le bain, peut, du reste, dans ces conditions, servir de véhicule médicamenteux, et dans le rhumatisme chronique, par exemple, on pourra, ainsi que le conseille Guéneau de Mussy, y faire dissoudre :
Arséniate de soude. 2 à 10 gr.
Sous carbonate de soude... 100 à 200 gr.
Le massage, les frictions stimulantes, l’hydrothérapie, seront utiles dans presque tous les cas.
Quant aux médicaments proprement dits, ils varient un peu suivant la façon dont se manifeste la diathèse.
Si l’on voit de légères tendances à la gravelle, il sera bon de prendre avant le repas, dans un verre d’eau de Vittel, un des paquets suivants :
Benzoate de lithine.. 0.50 cent.
Chez les herpétiques, on aura souvent avantage à employer les arsenicaux.
La liqueur de Fowler, de 5 à 15 gouttes par exemple, qu’on peut du reste associer à la médication précédente.
Chez les arthritiques, les alcalins, l’iodure de potassium de 2 à 4 gr. rendent aussi des services.
Enfin, chez certains sujets, chez lesquels l’élément nerveux domine, et surtout dans les formes graves de la migraine, il ne faut pas hésiter à donner le bromure de sodium à la dose de 2 à 6 gr. par jour, et
pendant longtemps. Ce médicament se montre souvent héroïque, et s’il ne guérit pas toujours la migraine, il diminue toujours la fréquence des accès, et empêche la production d’accidents et d’infirmités incurables.
Dans tous les cas, il faut tonifier l’état général par la vie au grand air, l’hydrothérapie et même les préparations de fer et de quinquina.
Ces précautions prises contre la diathèse, il importe de traiter, s’il y a lieu, certaines affections de l’œil, du pharynx, de la muqueuse nasale et de l’estomac, qui, d’après certains auteurs, joueraient un certain rôle important dans la production de la migraine.
Alors seulement, l’on devra chercher à lutter contre la crise elle-même, car il est toujours plus facile de l’empêcher de paraître que de l’enrayer lorsqu’elle se produit.
Il est bien entendu tout d’abord, que le malade doit fuir, autant que possible, ces causes occasionnelles, très variables suivant les sujets, qui font éclater l’accès d’une façon certaine.
Tout à fait au début de la céphalalgie, parfois une tasse de thé ou de café très fort la fait avorter. Certains malades arrivent au même résultat par des manœuvres très diverses ; par exemple, en renversant la tête en arrière, en croquant une pastille de menthe anglaise, en prisant du menthol, etc ..... Mais ce ne sont là des moyens qui ne réussissent qu’à quelques-uns.
Dès que l’accès est déclaré, le migraineux doit se mettre dans l’obscurité, couché sur son lit, loin du bruit, et essayer un des nombreux moyens que nous allons indiquer. Il y a là un petit apprentissage à faire, car tel médicament qui agit bien sur un malade, se montre absolument inefficace sur, un autre.
En général, lorsqu’un malade aura trouvé le remède qui lui convient, il en obtiendra toujours par la suite, de bons résultats.
Tout d’abord, on peut essayer d’une friction, avec une pommade au menthol, par exemple avec la pommade suivante :
Menthol.......... 2 gr.
Huile d’olive. 1 gr.
Lanoline... 4gr.
L’application du pinceau Faradique soulage parfois beaucoup le patient, mais le traitement de la migraine par l’électricité doit être fait avec beaucoup de délicatesse, et par le médecin seul.
L’antipyrine en cachets ou en potion de 1 à 4 gr. et plus, réussit bien chez certains malades, mais à condition de la prendre dès le début de l'accès. Cependant, ce médicament dont on abuse peut être un peu de nos jours, n’est pas inoffensif, et occasionne même parfois des accidents assez sérieux. Si l’antypirine échoue, on emploiera ;
Phénacétine. 0.25 cent.
pour 1 cachet ; de 1 à 4 par jour.
Acétanilide. 0.25 cent.
pourl cachet; de 1 à 4 par jour; ne pas prendre plus de deux cachets à la fois.
L’exalgine en cachets, paquets ou potion alcoolisée, de 0.25 à 0.40 cent, en une fois dans les 24 heures.
Ce dernier médicament doit être employé avec prudence, quoique certains malades en prennent sans inconvénients jusqu’à 1 gr. 50 en.24 heures.
Il est nécessaire de commencer par de petites doses (0.25 cent, en 24 heures), pour finir par en prendre 0.80 cent, en 2 fois dans la journée, si on en n’a éprouvé aucun inconvénient.
L’exalgine, même à faible dose est beaucoup plus efficace que l’antipyrine ; elle n’a aucune action sur l’estomac et sur le tube digestif.
Dans certains cas, le quinine rend encore de grands services, et c’est parfois à tort qu’on lui préfère des médicaments nouveaux.
La caféine peut aussi donner de bons résultats, Hannor, conseille de la prendre sous la forme suivante :
Infusion de thé.. 150 gr.
Sirop de citrate de caféine. 20 gr.
MSA, à prendre en deux fois et en 2 jours.
Enfin, chez les rhumatisants, le salicylatede soude de 2 à 6 gr. calme souvent l’hémicrânie.
Je le répète, dans tout ceci. c’est le malade qui est
le meilleur juge pour voir après plusieurs essais, quel est le médicamént qui lui convient le mieux, mais s’il ne traite auparavant, la diathèse, il ne pourra avoir que des résultats tout à fait momentanés et parfois nuis.