PROVOCATIONS ALLEMANDES
Dès l'abord, la politique allemande ne signifiait pas encore la guerre de l'Allemagne contre le monde entier, mais bien le danger d'une pareille guerre. Au fur et à mesure que son encerclement s'étendait, que son isolement devenait plus grand, l'Allemagne, dans son propre intérêt, aurait dû éviter toute provocation qui eût pu l'impliquer dans une conflagration.
Un marxiste qui affirme que l'impérialisme aurait en tout cas amené la guerre, quelle qu'eût été la politique allemande» fait penser à quelqu'un qui prendrait la défense de garnement* s'amusant à jeter des allumettes enflammées dans un baril d» poudre. Ce ne sont pas ces gamins, dirait pour les excuser, ce subtil défenseur, qui ont causé l'explosion par leurs manipulations ; la faute en est dans l'existence de la poudre dans^ le baril. S'il y avait eu, au lieu de poudre, de l'eau dans le baril, cela n'aurait pu arriver. Seulement, dans notre cas, nos gamins savaient qu'il y avait de la poudre ; ils l'y avaient mise eux-mêmes en quantité assez considérable.
On peut dire que les provocations de l'Allemagne devenaient plus nombreuses à mesure que son isolement augmentait et que le danger de la guerre mondiale devenait plus menaçant.
C'est justement ce danger croissant qui augmenta l'irritation des deux côtés, à l'étranger et en Allemagne ; il donnait une nouvelle impulsion à l'augmentation des armements-
LA GUERRE MONDIALE tS
et, par suite, au renforcement des éléments belliqueux. Cette irritation multipliait d'une manière redoutable le nombre de ceux qui considéraient la guerre comme inévitable, et qui» par conséquent, poussaient presque à son déclenchement sous forme de guerre préventive, lors d'une occasion pro-: ipice, quand la situation favoriserait le pays et entraverait il'action des adversaires.
De même, en Allemagne, avec les armements, s'accrut la confiance dans leur efficacité et une véritable mégalomanie se fit jour dans bien des milieux, s'appuyant sur l'histoire militaire prussienne qui, depuis un siècle et demi, à l'exception d'Iéna, ne comptait presque que des victoires.
Les milieux pangermanistes surtout ne cessaient pas leurs, provocations. Ils gagnaient une importance sérieuse par le fait qu'ils formaient précisément la partie la plus décidée de ces couches sociales qui dominaient l'Allemagne et desquelle» sortaient ses gouvernants. Le mal empira encore par suite de la personnalité de l'Empereur qui, entièrement inféodé aux idées militaires, avec cela superficiel et démesurément vaniteux, avide d'effets théâtraux, ne reculait pas devant les paroles les plus provocantes, s'il croyait par là en imposer à son entourage.
Nous avons déjà vu qu'au moment de la première Conférence de la paix, à La Haye, il déclara, en opposition à l'arbitrage et au désarmement, qu'un glaive bien aiguisé était la meilleure garantie de paix.
Une année après, devant les troupes s'embarquant pour la Chine à Bremerhaven, le 27 juillet 1900, il proclamait ces. jolis principes de guerre :
« On ne pardonne pas. On ne fait pas de prisonniers.,. Comme il y a mille ans^ les Huns, sous leur roi Attila^ se sont fait un nom..., ainsi le nom Allemand doit maintenant, pendant mille ans, apparaître en Chine tel que jamais un Chinois n'ose même regarder de travers un Allemand. »
Si, plus tard, dans la guerre mondiale, la méthode allemande de guerre fut réduite à un système de cruautés, médité de sang-froid, et qui mérita aux Allemands le nom de Huns,^ le peuple allemand peut en rendre grâces à son Empereur..
Si de telles remarques firent prendre en horreur le nom
allemand par tous les hommes qui pensent humainement, Guillaume n'hésitait pas non plus à lancer des défis aux impérialistes de l'étranger. Il débuta en 1896 par le télégramme à Kriiger, le président des Boërs, l'assurant ouvertement de son amitié dans le conflit qui commençait à éclater «ntre l'Angleterre et le peuple sud-africain.
Bientôt après, en 1896, il se proclama le patron, le protecteur des trois cent millions de Mahométans du globe. Cela s'appliquait autant à ceux d'Algérie, dominés par la France, qu'à ceux qui vivent sous la domination anglaise en Egypte et aux Indes, aux Mahométans de Russie et à ceux de cet Etat menacés par la Turquie.
Continuantcette politique provocatrice, Guillaume, en 1905, à Tanger, quand la France commença à s'intéresser à la question du Maroc, assura le Sultan de sa protection contre quiconque menacerait son indépendance, et, en 1911, au sujet même du litige, il envoyait subitement un navire de guerre devant le port marocain d'Agadir.
Dans ces deux occasions, la paix mondiale fut menacée par ces procédés. Les choses ne s'amélioraient pas par le seul fait que, chaque fois qu'il s'agissait de donner suite à la menace, Guillaume perdait courage et désertait ceux qu'il avait assurés de sa protection. Tels le sultan du Maroc, et, avec une absence toute spéciale de dignité, les Boërs. Cela contribuait seulement à ajouter le mépris à la haine.
Dans ces conflits, des impérialistes se confrontaient de l'un et de l'autre côté. Dans la lutte de la grande Angleterre contre les petites Républiques des Boërs, l'opinion publique du monde civilisé tout entier avait unanimement pris parti pour les petits et les faibles. Dans les conflits relatifs au Maroc, les ouvriers d'Allemagne et ceux de France s'étaient opposés d'un commun accord à la politique de leurs gouvernements et avaient ainsi contribué au maintien de la paix mondiale menacée. Cette attitude du prolétariat socialiste atténua quelque peu les incartades, les étourderies et le caractère provocateur de la politique mondiale allemande.