pour faire droit à l'orphelin et à la veuve
63-66. dans Babylone, ville, dont Anu et Enlil (Bel) ont élevé la tête,
67-69. dans l'E. Sagil, maison dont les fondements sont fermes comme
(ceux) des cieux et de la terre, 74-78. mes précieuses paroles j'ai inscrites sur ma stèle et j'ai fixées devant
mon image de roi du droit.
Lé geste d' « élever la tête », marque la joie, la fierté, l'orgueil, comme « abaisser le visage » est une marque de tristesse, de dépression, d'iiumiliation. Voir Gen. IV 5-6 : « Pourquoi es-tu en colère et pourquoi ton visage tombe-t-il ? si tu fais le bien n'y aura-t-il pas élévation (de ton visage) ? »
Ce sont les bienfaits, dont elle a été comblée I 16-21 ; II 6-15 ; IV 42-49 ; V 4-6, qui autorisent Babylone à se montrer joyeuse et fière et par conséquent à élever la tête.
Sans doute la gloire de Babylone revient surtout à Marduk et à H. Mais, comme Anu et Enlil sont les auteurs de la royauté de Marduk et, par celui-ci de la royauté de H sur Babylone, on conçoit que le rédacteur attribue à ces deux dieux « l'élévation de la tête » de Babylone.
67-69. Le second complément circonstanciel, précise le lieu où furent inscrites les lois de H : l'E sag il « maison à tête haute », le temple de Marduk à Babylone II 12.
Comme pour la solidité de la royauté de Marduk sur Babylone I 21-23 (les fondements) des cieux et de la terre sont pris comme terme de comparaison au sujet de la solidité des fondements du temple de Marduk. On sait que les Sémites se figuraient que les cieux et la terre reposaient sur des montagnes jouant l'office de piliers absolument immobiles. Cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 108-111, Psaumes CIV 5, 6; XVIII 8; Job XXXVIII 4-6 etc..
14t-lè. La proposition, principale décrit les moyens par lesquels H a réalisé l'œuvre de justice et d'humanité précisée dans les propositions subordonnées 59-60 et 61-62.
La formule « mes précieuses paroles » désigne les lois du code. Elle signifie que le code est l'œuvre exclusive du roi et qu'il a une grande valeur. Que le code soit son œuvre propre, H. ne l'exprime pas tant par le suffixe de la l'^ pers. ia que par le choix du mot awalum « parole ». La langue akkadienne possède plusieurs termes signifiant loi ou un de ses équivalents : dans la présente section seule on trouve misarum « droit » 77, di-in « jugement » 70, purussum décision 71. Mais dire que les lois du code sont « les paroles » de H, c'est affirmer qu'elles émanent de sa bouche elle-même et cela d'une façon toute spontanée. De plus ces paroles directes de H sont « précieuses » ou, si l'on aime mieux, sont « rares ». L'adjectif verbal ëu-ku-ralum, qui provient du verbe wqr, exprime comme l'hébreu iaqar ces deux idées. Voir I Sam. III 1 : « la parole de lahvé était rare (ou précieuse) en ces jours, la vision n'était pas répandue (fréquente) ». c'est pourquoi le rédacteur a commencé la proposition par ce complément direct. Ses « précieuses paroles » constituent en effet l'unique moyen employé par H pour réaliser son œuvre de justice intégrale. Il importait de les mettre, en vedette, en les plaçant au début de la proposition principale.
Pour faire régner perpétuellement la justice parmi ses sujets, H. ne se contente pas de prononcer des paroles d'une valeur rare, il en assure encore la stabilité et la perpétuité.
Il a rendu « ses précieuses paroles » stables en les fixant par l'écriture sur sa stèle en diorite, c'est-à-dire en matière indélébile. De la sorte tout homme se trouvant dans un cas embarassant pourra les consulter XXVt 3-19. H dit : « j'ai écrit » aë-tur, comme si lui-même était l'auteur de l'inscription. Mais il est clair qu'il a recouru à un scribe de profession. Naru est un mot sumérien signifiant « stèle de pierre » ; l'équivalent hébreu est massëba de nasab « se tenir debout ». Pas plus que massêba, naru ne fait allusion à la matière de la stèle. Ce mot se retrouve dans XXVr 9, 15, 66, 79, 84 ; XXVÏr 4, 20.
H a pourvu encore à la perpétuité de ses « précieuses » paroles « en les fixant devant son image ». Alam est un mot sumérien dont l'équivalent est salmu, en akkadien, et sélem, en hébreu. Probablement, ces deux mots sémitiques proviennent dé sêl « ombre ». Cf. Gen. I 26, 27 « faisons l'homme à notre selem (image, ombre) ». H. certes a placé son image au haut de sa stèle, pour que celle-ci reproduise la personne de l'auteur du code. Mais conformément aux conceptions sémites, il a 'voulu aussi que son image fut une menace pour les violateurs de sa stèle et un encouragement pour ses admirateurs. Les dieux, dont les emblèmes sont sculptés sur les kudurrus, sont adjurés de venger les violateurs des conventions inscrites sur ces documents. Dans le relief, occupant le sommet de la stèle du code, on ne trouve, faute de place, que les emblèmes de Samas, de Sin et d'Istar. Or ces trois divinités sont adjurées de châtier les violateurs du code XXVIIr 14-40, 41-63, XXVIIIr 40-49. Il est surprenant qu'ici H ne fasse pas mention des divinités dont les emblèmes ont été sculptés au sommet du relief, surtout de Samas qui est représenté encore en personne dictant les lois au roi de Babylone.
H. s'attribue ici pour la première fois le titre « roi du droit » que l'on retrouve XXVr 7, 90 ; XXVIr 13. Le souverain ne se ménage pas les éloges : il se donne comme le roi le plus juste de tous, comme celui qui incarne pour ainsi dire le droit.
COMMENTAIRE DU CODE d'iIAMMOURADI 17