‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 188 sur 250 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

2. Douze divinités sont adjurées de maudire et de châtier tout roi

qui, sans égard pour les malédictions

ne respectera pas, mais abolira ou changera les lois

l'image ou le nom de Hammourahi XXV It 18-XXVIIIt 68

A. Les crimes qui feront encourir les malédictions

et les châtiments ci-dessous mentionnés à tout homme

quelle que soit sa dignité XXVIt 18-44

18-22. Si cet homme ne considère pas mes paroles que j'ai inscrites sur ma

stèle, et 23-24. méprise mes malédictions, et 25-26. ne craint pas la malédiction des dieux, et 27-28. abolit les jugements que j'ai jugés, 29-30. supprime mes paroles, 31-32. change mes reliefs,

33-35. efface l'inscription de mon nom et inscrit son nom, 36-38. (quand même si), à cause de ces malédictions, il aurait pris un

autre (pour commettre ces attentats) 39-44. que cet homme soit ou un roi, ou un seigneur, ou vice-roi, ou un

homme libre dont le nom ait été appelé (par son souverain ou

par les dieux pour une haute fonction)

]EI savait qu'il était bien inférieur aux dieux. Si ses successeurs pouvaient le mépriser lui-même, ils ne pouvaient éprouver à l'égard des dieux que des sentiments de crainte.

27-28. Up-la-az-zi-is forme intensive Dt de pss « abolir », ce qui est plus grave que de « changer » ou « endommager », comme H le prévoit pour ses jugements, dans l'exhortation XXVr 68-72 et à propos de la bénédiction de Samas XXVI p 6. Toutefois cette variante peut être sans grande importance, comme la permutation de verbes dans H 29-30 et 31-32.

29-30. Us-te-pi-el «. supprime », a la même forme à propos de la bénédiction de Samas XXVIr 7-8.

31-32. Dans l'exhortation, H avait recommandé de ne pas supprimer, eiîacer ses reliefs ù-ëa-zi-ik de msk XXV 73-74. Mais à propos de la bénédiction de Samas il parle, comme ici, de leur changement XXVIt 9-10.

33-35. Ip-si-ip de pst « effacer ». Le crime de substitution du nom d'auteur, n'est pas prévu dans les recommandations de H à ses successeurs XXVr 59-74.

36-38. « A cause de ces malédictions un autre il aurait pris » uë-la-hi-iz forme causative st de ^hz « prendre ». Dans cette phrase elliptique, H signale et déjoue une ruse que pourraient employer ses successeurs pour échapper aux malédictions tout en commettant les crimes XXVIr 27-35. Il s'agit du recours à un autre pour attenter à la stèle.

Ici aussi, H confond ses malédictions et celles des dieux, voir 23-24.

39-44. H déclare qu'il n'y aura pas d'acception de personne, mais il se borne à parler des personnages détenant le pouvoir- à quelque degré ou jouissant d'une certaine notoriété, qui, seules étaient susceptibles d'attenter aux lois et aux reliefs du « roi du droit ».

L'énumération suit une progression descendante. Sarrum « roi » est le premier des titres humains : en sumérien il est appelé lu gai « l'homme grand ». Belum, maître, seigneur, propriétaire, fait allusion à la possession d'un domaine. La puissance d'un belum dépend de l'importance et de l'étendue de son domaine. Ainsi, pour les engager plus elTicacement à répondre à ses adjurations, Il rappelle à plusieurs dieux et leur titre de « maître » et la nature de leur domaine : EnUl (Bel) « maître de la destinée » XXVIr 53, Enzu (Sin), « maître des cieux » XXVIIr 41, Hadad (Ramman) « maître de l'abondance » XXVIIr 64, Innina (Istar) « maîtresse des batailles et des combats » XXVIIr 92, Nintu « maîtresse auguste des pays » XXVII Ir 41. Palési est un mot sumérien qui correspond au mot sémitique issakum, lequel désigne un haut dignitaire qui cependant est subordonné, c'est-à-dire un vice-roi, un grand vicaire, une sorte de lieutenant-général. « Les premiers connus des princes de Suse portaient le nom de palési ou de sukkallu. Ce titre impliquait un vasselage plus ou moins étroit à l'égard d'un suzerain. » Scheil, Mémoires II, p. IX. A cause de ce rapport de dépendance, le palési ou Vissaku était inférieur au roi ou au seigneur. Enfin viennent les hommes libres a-wi-lu-tum « dont le nom a été dit (appelé) » sa su-ma-am na-bi-a-al. Comment entendre cette dernière expression que nous traduisons mot à mot ? Selon Ungnad, il s'agirait d'un homme libre quelconque : de même en effet qu'une chose ayant un nom est, une chose quelconque, ainsi un homme libre, que l'on peut nommer, est un homme libre quelconque. Mais, si ce sens, convient à la langue aklcadienne, il ne s'accorde pas avec le contexte ; n'importe quel homme libre n'aurait pu en effet modifier les lois de H ou supprimer son image. Scheil traduit mieux « : dé grand renom ». Mais un meilleur sens est suggéré par I 45, 46, 49 ;

B. Douze divinités sont adjurées de maudire et de châtier XXVIr 45-XXVIIIx 69

1» Anu 45-52

45-47. AN (Anum) ra-bu-um a-bu î-Ii na-bu-û BAL (pale)-ia 48-49. ME NE (melim) sar-ru-tim li-te-ir-su 50-51. GI§ PA (liattu)-su li-is-bi-ir 52. si-ma-ti-su li-ru-ur

2° Enlil (Bel) 53-80

53-56. (ilu) EN LIL be-lum mu-si-im si-ma-tim sa ki-bi-su la ut-ta-ka-ru 57-58. mu-sar-bu-ù sar-ru-ti-ia

59-63,. te-si la su-ub-bi-im ga-ba-ra-ah ha-la-ki-su i-na su-ub-ti-su li-saap-pi-ba-as-sum

I 52-53 ; XLVIr 47, où le verbe nabu marque un appel, une vocation, une nomination ayant des dieux pour auteurs. « Anu et Enlil dirent mon nom pour rendre bonne la chair des gens. » I 45-49. « Moi l'appelé (l'élu) d'Enlil. » « Ayant appelé (décrété) mon gouvernement. » XLVIr 47. Eu égard à ces références, il s'agit ici d'un homme libre appelé à une fonction importante, sinon par les dieux, au moins par son souverain. Pareil personnage eût été en mesure de supprimer des lois de H. ou d'effacer son image. Les parenthèses, mises dans la traduction, expliquent ce sens.

B. Douze divinités sont adjurées de maudire et de châtier ,Y,YF/r 45-XXVIIIt 68

Ces douze divinités sont : 1° Anu, 2° Enlil (Bel), 3° Ninlil (Bêlit) ; 4° Enki (Ea) ; So'Samas ; 6" Énzu (Sin) ; 7° Im (Hadad, Ramman) ; 8° Zamama ; 9° Innina (Istar) ; 10" Nergal ; 11° Nintu ; 12" Nin Karrak.

Sans faire appel à tout le panthéon akkadien, H s'arrête au chiffre douze parce qu'il est un élément de la numération sexagésimale empruntée par les Akkadiens aux Sumériens. « Ce qui a fait, à mon sens dit Thureau-Dangin, la fortune du nombre 6 et de ses multiples, c'est leur divisibilité : ces nombres sont les seuls entiers qui soient divisibles à la fois par 2 et par 3. Il s'ensuit que les systèmes fondés sur ces nombres s'adaptent particulièrement bien à la métrologie. Il suffit de rappeler l'emploi du sizain et surtout de la douzaine dans les relations commerciales. » 12 coudées formaient un GAR. L'Origine du système sexagésimal, Rev. d'Ass., A'A'F, pp. 115-118.

Des douze divinités, quatre sont des déesses : Ninlil (Belit), Innina (Istar), Nintu et Nin Karrak. Peut-être cette proportion d'un tiers a-t-elle été intentionnelle ?

Le choix et l'ordre des divinités sont généralement inspirés de l'antiquité et de la puissance. Ainsi, Anu, le père des dieux, occupe le premier rang. Ensuite viennent les dieux très anciens et très puissants : Enlil (Bel), Enki (Ea), Samas, Enzu (Ea), Samas, Hadad. Si la déesse Ninlil est placée au troisième rang, c'est pour la mettre à côté de son époux Enlil. Après ces divinités antiques et puissantes, H fait appel, pour le venger, à trois divinités guerrières : Zamama, la fameuse Innina (Istar) et le dieu infernal Nergal. Finalement, H, voulant priver son ennemi de progéniture et l'accabler d'une maladie mortelle, s'adresse à Nintu, la déesse de l'enfantement, et à Nin Karrak, la déesse de la santé.

Quoique Marduk soit le dieu national de H, son nom ne figure pas dans la liste. Au prologue H rappelle qu'Anu et Enlil conférèrent à Marduk une royauté éternelle sur Babylone I 1-26 ; il dit qu'à son tour Marduk lui confia le soin de gouverner selon le droit les habitants de sa capitale V 14-25. Aussi H appelle-t-il Marduk « son seigneur » et lui donne-t-il des témoignages d'une piété toute particulière : il satisfait son cœur et le prie chaque jour dans son temple II 7-12, il demande que tous ceux, auxquels il aura rendu service par son code, prient pour lui de tout leur cœur Marduk et son épouse Sarpanit, leur fassent agréer ses pensées par l'entremise de génies protecteurs XXVr 41-58. Peut-être H s'est-il abstenu d'adjurer Marduk parce que sa fortune était moins ancienne que celle des autres dieux : il exerce la royauté sur Babylone, ville plus récente que celles qui sont mentionnées au prologue. Mais il est plus probable que H a jugé inutile la mention de Marduk, étant persuadé que spontanément ce dieu prendrait fait et cause pour son fervent adorateiur.

1° Anu 45-57

45-47. Dès la première ligne du prologue, il est dit qu'Anu et Enlil conférèrent à Marduk la souveraintée sur Babylone et sur tous les peuples I 1-26 ; ils destinèrent H à faire le bonheur de ses peuples par son œuvre juridique I 27-49. En retour, H a élevé le sommet du temple de ce dieu, l'E Anna, à Uruk, et l'a comblé de richesses II, 42-54.

Des prérogatives analogues sont attribuées ici à Anu : si-ru-um « élevé » I 1 et ra-bu-um « grand », XXyir 45 ; « roi des Anunnaki » I 2 et « père des dieux » XXVIr 46. Ce dernier parallèle atteste l'équivalence entre « les Anunnaki » et « les dieux » et permet d'identifier les Anunnaki mentionnés XXVIIIr 73. L'expression « ayant décrété mon gouvernement » 1. 47, est une allusion évidente à la vocation de H, qui est l'œuvre d'Anu et d'Enlil I 27-49. De part et d'autre, nous trouvons le verbe nabu « dire, appeler, décréter » Su-mi ib-bu-û « dirent mon nom » I 49.

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