‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 189 sur 250 · qu'il maudisse sa destinée · texte numérisé non relu

qu'il maudisse sa destinée

2» Enta (Bel) 53-80

53-56. Enlil, le Seigneur fixant la destinée, dont l'ordre n'est pas changé 57-58. ayant rendu grande ma royauté,

59-63. qu'il lui déchaîne une révolution irréductible, un malheur de ruine pour son habitation !

« D'après la doctrine reçue, appuyée sur les anciennes listes de Schuruppak et sur les grandes tables des dieux, Anu (sum. an) est au sommet de tout le Panthéon... Anu réside, comme son nom l'indique {an, en sumérien, signifie « ciel »), au ciel. Vraisemblablement c'est une personnification du ciel. Son trône se ^ trouve dans la troisième et la plus haute partie du ciel. En tant que prince suprêmei du ciel, il n'était pas seulement le père et le roi des dieux, mais le dieu par excellence. » II- était plus invoqué par les rois que par le reste des hommes. Cf. Meissner, B. u. A. II, pp. 4, 5.

48-49. Il y a une gradation ascendante dans la gravité des châtiments. La liste débute par la privation de l'éclat de sa royauté. Li-te-ir de twr à la forme intensive, m. à m. : revenir, retourner.

50-51. Le sceptre est l'insigne et le symbole de la royauté. XXI Vr 44 ; « briser le sceptre » équivaut à priver de la royauté ; « la prolongation du sceptre » est le prolongement du règne XXVIr 14-15.

52. Simtum « destinée » signifie ici « mort » comme dans : §§ 12, 115, 162, 163, 165, etc.. Maudire la destinée, c'est donc souhaiter une mort affreuse. Ce châtiment qui poursuit l'ennemi jusqu'à la mort est le plus grave de tous. H demande à presque toutes les divinités qu'il adjure, de châtier ses ennemis dans leur mort : XXVIr 70-71 (mort subite), 93-94 (lente), XXVII, 34-36 (violente), 59-63 (longue agonie), 90-91 (piétiné par ennemi), XXVIIIr 35-39 (brisé comme statue d'argile), 55-64 (maladie douloureuse et incurable). Bien plus, Samas est adjuré de tourmenter l'âme du défunt XXVIIr 37-40.

2° Enlil (Bel) 53-80 '

53-56. « Le dieu Enlil se place au-dessous d'Anu, mais pas bien loin, et même sous maints rapports il lui est égalé... Enlil, aussi bien qu'Anu, reçoit les titres de « père » ou de « roi des dieux »... Vis-à-vis des hommes, ce dieu, tout comme son collègue Anu, se montre inamical, la plupart du temps. » Meissner, B. it. A., II, pp. 6, 7. Au prologue, Anu et Enlil sont associés pour les vocations de Marduk et de H I 1-26 et 27-49.

Ici le domaine, dont Enlil est le seigneur belum, n'est pas spécifié. Mais il résulte du prologue I 4-5 qu'il était constitué par « les cieux et la terre ». L'étymologie de Enlil est peut-être « le seigneur du vent » qui amène l'inondation. Lors du partage du monde en trois parties : ciel, terre et eau, on attribua un de ces éléments à chacun des trois dieux suprêmes. Anu eut le ciel, Enlil la terre et Enki (Ea) l'océan. Ainsi Enlil devint « le Seigneur du pays ». Il résidait sur la grande montagne s'élevant dans les cieux et jouait ainsi le rôle « d'un véritable lien entre le ciel et la terre ». Son temple terrestre principal se trouvait à Nippur, sa capitale, et il s'appelait l'E Kur « maison de la montagne ». Au prologue, H déclare qu'il a accompli toutes choses à Nippur » et qu'il est « le sacristain fameux de l'E Kur » II 57-62. Mu-si-im ëi-ma-tim « fixant la destinée ». Cette haute attribution réservée à un petit nombre de divinités seulement était symbolisée par les tablettes du destin que Enlil portait habituellement sur lui. Elles lui furent dérobées une fois par l'oiseau zu. Au prix de bien des fatigues, il les retrouva. Enlil (Bel) créa le dragon Labbu pour châtier les hommes. Il fut la cause du déluge et s'irrita de ce que Ut-napistim ait pu échapper à ce fléau. Plus tard il fut supplanté par son jeune rival Marduk. Cf. Meissner, B. u. A., II, p. 7.

Si l'ordre d'EnUl n'est pas changé, c'est parce qu'il fixe lui-même la destinée.

57-58. Au prologue H a dit qu'EnUl employa sa prérogative de fixer la destinée en l'appelant, de concert avec Anu, à faire régner la justice dans le pays babylonien I 27-49. Par cet acte, Enlil « rendit grande la royauté » de H.

59-63. Après avoir rappelé ses titres de gloire et lui avoir témoigné sa gratitude, H adjure Enlil à trois reprises d'accabler de châtiments les violateurs de son code et de sa stèle : 59-63, 64-72 et 73-80. Le rédacteur a adopté pour ces trois phrases une construction identique. Les compléments viennent en tête et le verbe termine la phrase. Par souci de clarté, notre traduction intervertit cet ordre.

Li-sa-ap-pi-tia-as-sam « qu'il lui déchaîne » de sph. te-si « une révolution » de ^sj « bouleverser. La su-ubbi-im « irréductible » de ëbj « vaincre, dompter ».

« Un malheur de ruine pour son habitation » gabbarahum « malheur » halqum « ruine », subtum « habitation de wëb « habiter ».

Ce châtiment est d'ordre général. Les phases de la révolution et de la ruine sont décrites dans les deux phrases suivantes.

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