‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 194 sur 250 · qu'il obstrue à la source ses fleuves · texte numérisé non relu

qu'il obstrue à la source ses fleuves

qu'il n'y ait pas, dans sa terre, de blé, vie (âme) des gens ! 10-13 ■■

Cette prérogative d'Ea est une conséquence de la supériorité de son intelligence et de ses connaissances' obtenues même au moyen des sciences occultes.

5t-ma-fu plur. de Simlum, « destinée » et « décret », de la racine sfm. La destinée d'une personne dépend des décrets divins. On voit que Ea avait lui aussi une influence sur le destin des hommes. . .

• 101. Les signes NUN ME ont comme valeur akkadienne apkallum, « sage ». Parce "qUe Ea est sage parmi' les dieux, il devient leur arbitre. C'est encore une conséquence de sa supériorité intellectuelle;

102. « Connaissant le nom de chaque chose » est une formule sémitique signifiant : connaissant parfaitement toute chose.

Pour rexpression Mimma sumsii, voir le prologue III, 4-6 et les §§ 7, 122, 124, 237. H dit encore qu'il a accompli toute chose à Nippur I 57-59.

Les Sémites avaient l'habitude dé donner aux personnes et aux choses des noms répondant le mieux possible à leur nature intime ou, du moins, les caractérisant aussi parfaitement que possible. Si lahvé fît défiler devant Adam tous les animaux pour qu'il leur imposât un nom, il est bien évident qu'il s'agissait non d'appellation fantaisiste, mais d'une dénomination en rapport avec la nature de ces êtres. L'auteur sacré le constate, lorsqu'il dit que toutes les appellations données par Adam aux animaux furent leurs noms. Gen. II 19.

H atti-ibue donc à Ea non seulement la connaissance des noms de toutes choses, mais encore celle de' leurs natures intimés. . i

103-XXVIIr ï mu-sa-ri-ku partie, à la forme causative de Tk « étendre, prolonger ». En hébreu ce veipbe "^arak est employé pour marquer la prolongation de vie accordée à ceux qui honoreraient leurs parents et observeraient les commandements divins. Exo. XX 12 ; Deut. V 16, VI 2, XXV 15.

H était en droit de parler du prolongement des jours de sa vie, car la durée de son règne fut de 43 ans.,

Ce roi attribue ce bienfait à Ea sains doute parce qu'il était le créateur de l'humanité, ou encore parce qu'il avait à sa disposition les ressources d'une science universelle comprenant la magie.

2-6. Les quatre adjurations adressées à Enki peuvent se ramener à deux : l'une d'ordre intellectuel 2-6 et l'autre d'ordre matériel 7-13.

2-4. Au dieu souverainement intelligent, H demandait de supprimer l'intelligence de son ennemi.

D'abord Ea est adjuré de lui supprimer les oreilles. L'enseignement dont le principal véhicule chez les Sémites était la tradition orale, est le grand moyen de développement intellectuel. « La tradition auriculaire dit Dhorme, était le fond de tout l'enseignement chez les Sémites. » L'usage de la lecture était beaucoup moins répandu. Pour les Suméro-Akkadiens, la complexité de leur écriture en est une preuve. H exhorte l'opprimé, non pas à lire lui-même son code, mais à se le faire lire et à entendre ainsi « ses précieuses paroles » XXVr 9-14. Ainsi, par métonymie, l'oreille était devenue synonyme d'intelligence. Voir Dhorme, L'emploi métaphorique des noms des parties du corps en hébreu et en accadien, Rev. Bib., (1921), pp. 539 et 340. Ainsi « ouverture d'oreilles » signifie « ouverture d'intelligence », « faire avoir des oreilles » équivaut à « faire comprendre ». Prov. XXIII 12; Job XII 11, XXXIV 3 ; Jér. VI 10 ; Ezech. III 10. C'est pourquoi H, adjurant Ea d'abrutir son adversaire, commence par l'adjurer de lui « retirer les oreilles ».

H adjure ensuite ce dieu de supprimer à son ennemi l'intelligence elle-même. Nemequm, « sagesse, intelligence » vient de la racine ^mq « être profond ». En effet par la sagesse et l'intelligence, on pénètrejusqu'au fond des choses. Aussi, nous apprend Meissner, la profondeur de l'eau était considérée comme le siège de la sagesse et Ea, le dieu sage et savant par excellence, était le « seigneur de l'océan », de l'Apsu.

5-6. Pour faire perdre l'intelligence à quelqu'un, il ne suffit pas de l'empêcher d'acquérir des connaissances nouvelles en le privant de la faculté d'entendre, il faut encore lui enlever ses souvenirs, ses connaissances anciennes. Cela revient à lui faire perdre la mémoire. C'est l'objet de l'adjuration : « à l'oubli mi-si-tim, qu'il le ramène ».

7-13. L'adjuration d'ordre matériel a pour objet la famine, exprimée par le terme concret : la disette de blé, vie des gens 10-13. Mais, avant de solliciter ce fléau, EL demande à Ea le moyen qui le produira

50 l^amaë 14-40

14-19. (ilu) §amas da-a-a-nu-um ra-bi-um sa sa-me-e ù ir-çi-tim (14-16)

mu-us-te-se-ir sa-ak-na-at na-pi-is-tim 17-18

be-lum tu-kùl-ti 19 20-30. sar-ru-su li-is-ki-ip 20

di-in-su a i-di-in 21-22

u-ru-uh-su li-si 23

DU (isdi) um-ma-ni-su li-i§-hi-el-zi 24-25

i~na bi-ri-su UZU (siram) lim-nam sa na-sa-ah DU (iSdi) sar-ru-ti-§u ù ha-la-aq ma-ti-su li-is-ku-un-sum 26-30

infailliblement : le dessèchement de tous les cours d'eau 7-9. Ea, en tant que « Seigneur de l'eau», avait tout pouvoir sur les sources et les cours d'eau.

7-9. Obstruer les fleuves à leurs sources, c'est empêcher complètement l'eau de venir dans les canaux. Cf. par contre C. H. §§ 53-56 lois sur des dommages causés, à la récolte par des inondations dues à la négligence et §§ 259-260 pénalités pour vol d'instruments d'arrosage.

10-13. Si l'irrigation est supprimée, forcément il n'y aura plus de blé. L'objet de cette adjuration, dépend donc de la réalisation de l'objet de la précédente. Le blé était la nourriture principale des habitants de Sumer et d'Akkad ; H l'appelle napiëlum des gens, c'est-à-dire leur âme, leur souffle vital, leur vie. Plus de blé, plus de vie. C'est donc la mort que H souhaite pour les sujets du roi, qui aura méprisé son code.

A la 1. 11, le signe Se, qui a lui seul signifie « blé » seu, est précédé du déterminatif de la divinité an (ilu) et suivi du signe tir, qui a la valeur aënan. Meissner dit que aSnan était le nom d'une espèce de blé qui était divinisée B. u. A., p. 185. D'après Dhorme, Se est précédé du déterminatif de la divinité, parcequ'ici on a considéré le blé en train de pousser, par opposition au blé récolté. On voyait dans le blé qui pousse une force de la nature et les Assyro-Babyloniens ont divinisé les forces de la nature comme le fleuve, le feu, les céréales. Pour le mot aSnan ce serait le nom antique de la divinité faisant le pain. Bel. Ass.-Bab., pp. 48-52.

Ici le déterminatif de la divinité n'est pas exprimé devant le signe ID qui signifie « fleuve ». Mais ce signe est répété pour marquer le pluriel, comme pour le pluriel de dieu XXVIr 101. Le déterminatif divin se trouve devant ID (naru) au § 2, où il est question de l'épreuve du fleuve à propos de sorcellerie, et au § 132 où il s'agit aussi de l'épreuve du fleuve au sujet d'une accusation d'adultère.

5° èamaS 14-40

Il a déjà été question plusieurs fois de ce dieu, soit au prologue, soit dans l'épilogue. Au prologue, H tire de la lumière resplendissant partout du soleil, l'astre de Samas, une comparaison pour sa propre vocation de roi du droit 1 40-44 et V 4-9. Il a relevé les fondements de sa ville, Sippar, et de son temple l'E Babbar II 24-37. Il est un roi d'entendement la-Si-im-Um parce qu'il écoute le puissant Samas II 22-23. Cette dernière déclaration confirme l'assertion de l'épilogue : « C'est moi, auquel Samas a fait présent des lois » XXVr 97-98. Ces deux textes permettent d'interpréter la scène représentée par le relief de la stèle. Ils prouvent que H, ne se tient pas devant Samas seulement dans l'attitude d'un orant, mais encore dans la position d'un disciple qui écoute, sinon la dictée des lois, au moins l'enseignement juridique qui en a été la base. Une des conclusions de l'autopanégyrique est : « par l'ordre de Samas, lé grand juge des cieux et de la terre, que mon droit resplendisse dans le pays » XXIVr 84-88. Enfin H demande à Samas de « prolonger le sceptre » des rois qui consulteront son code avec respect XXVL 14-15. Complétons brièvement ici les renseignements déjà donnés sur Samas.

Comme, d'après la conception de l'Ancien Orient, la nuit enfante le jour, ainsi le dieu lunaire Sinest le père du dieu solaire Samas, en sumérien Vlu ou Babbar. Les Babyloniens pensaient que, chaque matin, Samas sortait de la grande montagne de la source, qu'il ouvrait la grande porte du ciel, qu'il parcourait les contrées les plus lointaines et qu'il traversait la grande mer. La nuit, il descendait aux enfers. D'abord, on pensa que Samas faisait à pied ces voyages, plus tard on imagina qu'il se servait d'un char attelé de mulets courant comme du feu.

A cause de sa place prééminente au ciel, Samas fut particulièrement honoré. Il était favorable à tous : il rendait la vie à ceux qui avaient des maladies mortelles, il facilitait les accouchements.

Sa principale fonction était celle de Juge. H l'appelle « le grand juge des cieux et de la terre » XXIVr 85, 86 et XXVIIr 14, 15. Lui, dont la face ne pouvait s'obscurcir et dont l'éclat pénétrait jusque dans la profondeur des mers, rien ne pouvait être caché à ses yeux. Il regardait d'un œil bienveillant les faibles et châtiait les juges se laissant suborner par des présents et vendant la justice.

Avec Adad, Samas était spécialement le dieu des Oracles. Il écrivait dans l'intérieur des brebis le signe de l'oracle, afin que le voyant put indiquer l'avenir. Lui-même répondait aux qusetions. C'est pourquoi les prêtres rendant des oracles et les devins lui attribuaient leur science et l'honoraient comme leur protecteur Cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 19-21.

En représentant juxtaposés Samas et le soleil, le relief de la stèle prouve à l'évidence que les Suméro- Akkadiens, loin de confondre le dieu et l'astre, considéraient l'astre comme le symbole et la demeure du dieu. Samas apparaît sous une forme humaine avec des rayons solaires lui sortant des épaules. Le soleil est représenté par un disque contenant une étoile à quatre pointes entre lesquelles sortent des rayons.

Ainsi que pour les autres divinités, H. commence par énumérer Jes prérogatives de Samas, puis il lui . adresse ses adjurations. Les prérogatives sont au nombre de trois. 14-19. Quant aux adjurations, il y

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