Vocation divine et originelle de Hammurabi
DE FAIRE LUIRE LE DROIT SUR BaBYLONE ET SUR LES RÉGIONS VASSALES, COL. I, 1-49
Col. I. 1-15. Lorsque Anu, le sublime roi des Anunnaki,
3-7. Enlil (Bel), le seigneur des deux et de la terre, fixant les destinées des
peuples, 8-10. A Marduk, fils aîné d'Enki (Ea)
11-13. la divine souveraineté sur la totalité des peuples lui eurent assignée, 14-15. parmi les Igigi l'eurent rendu grand,
16-26. Babylone ils proclamèrent son nom élevé (auguste) (16-17), 18-19. Parmi les contrées ils la rendirent prédominante.
au quatrième rang, parce que l'auteur a voulu rapprocher Enlil de son épouse Ninlil. Dans cette malédiction, on l'appelle grand prince, on fait allusion à sa sagesse, à sa science, et à son pouvoir de prolonger la vie et on lui demande d'employer contre le profanateur de la stèle ses prérogatives de dieu intelligent et de seigneur de l'eau. Col. XXVL-XXVIlr 1-13.
11-13. C'est au moment où Marduk s'apprêtait à vaincre Tiamât que les dieux lui donnèrent cette souveraineté sur la totalité des peuples : « Nous t'avons donné la royauté sur la totalité du monde entier ». Ni-id-din-ka sar-ru-tum kis-sal kal gim-ri-e-ti. Poème de la Création, lab. IV, 1. 14. Cf. Dhorme, Choix de textes, pp. 42-43. La fondation de Babylone, qui va être rapprochée de cette donation, est donc présentée comme très ancienne.
14-15. Les Igigi représentent l'ensemble des dieux célestes, par opposition aux Anunnaki qui désignent les dieux de la terre. Dans le combat contre Tiamât, les Anunnaki étaient partisans de celle-ci, tandis que les Igigi étaient du côté de Marduk. Poème de la Création, tab. I, 1. 136; tab. III, 11. 47, 164-126., C'est l'unique fois où les Igigi figurent dans le C H.
16-26 : Suite et fm de la phrase précédente. Tandis que 1-15 en contenaient les propositions incidentes, 16-26 en présentent les propositions principales. L'auteur veut signifier qu'Anu et Enlil simultanément firent la grandeur de Marduk et lui conférèrent une royauté éternelle et inébranlable sur Babylone rendue prédominante.
16-17. Le nom de Babylone s'écrit avec le signe ka, auquel on donne la valeur idéographique bab, porte et le signe de la divinité. Bab ili, signifie donc « porte du dieu ». Le signe babylonien ka est constitué par le signe de la maison avec de chaque côté des clous qui paraissent en figurer les portes. « Babylone » est l'équivalent grécisé du néo-babylonien Bab-ilani « porte des dieux ». Le nom de Babel, qui est employé dans la Bible, Gen. X, 10, XI, 9 ; II Rois, XVII, 24, XX, 12 ss ; Is, XIV, 4, XLVII, 1, .... se rapproche beaucoup de Bab ili du C. H. D'après la Bible l'antiquité de Babylone était très grande, puisqu'elle constitua le premier royaume de Nemrod le grand chasseur devant lahvé. Gen., X, 10. Son existence est néanmoins postérieure au déluge, Gen., XI, 9.
D'après le présent texte, la gloire et la prédominance de Babylone seraient très anciennes, puisqu'elles seraient contemporaines de l'élévation de Marduk après sa victoire sur Tiamât. Comme le dit Meissner, « nous ne sommes pas en mesure d'indiquer quand Babylone fut fondée, ni même quand son nom apparaît pour la première fois dans l'histoire. Elle dût figurer depuis les temps les plus reculés, parmi les nombreuses cités, d'importance secondaire qui composaient les pays de Sumer et d'Accad. »-B. u. A., p. 26. D'après Dhorme, la plus ancienne mention de Babylone se trouve dans une chronique qui raconte comment les dieux châtièrent Dungi, roi d'Ur et Sargon l'ancien pour avoir dépouillé Babylone au profit d'Ur et d'Agadé. D'après ce texte, Babylone existait avant la dynastie d'Akkad, dont Sargon l'ancien fut le fondateur (2637-2582). Les Origines babyloniennes, p. 44. Conf. S' Etienne, 1910. Mais la dynastie d'Akkad est la 15Q depuis le Déluge. De plus, ce fut la dynastie d'Amurru et surtout le sixième et le plus illustre, représentant de celle-ci Hammourabi, qui assura la suprématie à Babylone. « Placée au cœur d'Akkad, sur l'Euphrate, elle offrait toutes les conditions requises, non seulement pour la défense du territoire, mais aussi pour la prospérité matérielle et le développement économique. » Dhorme, ibid., p. 45. Sur les temples, les palais et les autres monuments de l'antique Babylone, voir Koldewey. Das wieder ersteliende Babylon, pour une reconstitution d'après les fouilles (1914) et Unger, Die heilige Stadî ndoh der Beschreibung der Babylonier, 1931, pour une restauration d'après les textes.
Notons le sémitisme, si fréquent dans la Bible, par lequel le nom est employé pour signifier la personne ou la chose elle-même. Proclamer élevé le nom de Babylone, c'est proclamer élevée cette ville elle-même. Dans l'épilogue on dit d'Ea qu'il connaît « le nom de chaque chose » pour dire qu'il connaît toute chose, XXVIr 102. Cf. Psaume VIII 2, 10 « lahvé notre Seigneur, combien puissant est ton nom sur toute la terre. » « Ps. GXLVIIl, 4, 5, 13. « Louez le nom de lahvé, parce que son nom seul est sublime. »