H attribue trois prérogatives à Hadad
64. La première, c'est d'être le « seigneur de l'abondance ». En effet, il peut à son gré dispenser la pluie, qui est la grande cause de la fertilité dans les pays chauds et secs de l'Orient.
A remarquer que le mot hégallam « abondance » appartient à la langue sumérienne.
65-66. On croit que gugallum signifie « régent » en sumérien. C'est parce que Hadad est le dieu des orages et des inondations que H a pu lui attribuer le titre de « régent des cieux et de la terre ».
67. Ri-zu-û-a de resum « mon auxiliaire ». H avait déjà donné ce titre à Samas II 36. Au prologue, H avait simplement traité Hadad de « héros guerrier » qu-ra-di-im. Le fait que Hadad est le seigneur de l'orage et de l'inondation explique ces deux titres. Les armes, dont se sert Hadad, sont en effet l'ouragan et l'inondation, comme le prouve le récit du Déluge. Et H. considère Hadad comme son auxiliaire parce qu'il est persuadé qu'il mettra à sa disposition ces puissants moyens de destruction.
68-80. H demande à Hadad, dans ces quatre adjurations, d'exercer contre son ennemi son double pouvoir : sur la pluie et l'inondation 68-75 et sur l'ouragan 76-80. Aussi peut-on répartir en deux groupes ces quatre adjurations. Dans chacun de ces groupes, la première adjuration a pour objet la cause et la seconde l'effet.
68-75. Le résultat que H veut obtenir d'Hadad, est indiqué dans la seconde des deux adjurations, 72-75 : c'est la perte du pays, sa ruine, li-hal-li-iq 1. 75 de Ijlq « perdre ». Voir notamment §§ 9-11. Les moyens que H suggère à Hadad sont : la cherté des vivres hu-ëa-ali-hi-im et sa conséquence, la famine bu-bu-tim 73, 74.
Or c'est dans la première adjuration que H demande au dieu « son auxiliaire » d'envoyer le fléau qui causera la cherté des vivres et la famine : la sécheresse 68-71. Comme celle-ci est due à l'absence de pluie, ou au défaut d'irrigation, H demande à Hadad de recourir à ces deux moyens à la fois.
Pour produire le déluge. Dieu au contraire déchaîna l'inondation et répandit une grande pluie : « toutes les sources du grand abîme tehom jailhrent et les fenêtres des cieux s'ouvrirent. » G«n. VII II. Les deux facteurs sont mentionnés en ordre inverse dans les deux documents. Puis le C. H. parle du retour de la pluie dans les cieux, sans allusion aux fenêtres célestes. Enfin H ne parle pas des mêmes sources que l'auteur de la Genèse. Pour causer l'inondation nécessaire au déluge, il est question des sources de l'abîme, qu'il faut identifier, non pas tant à la « grande mer » qui baignait le sud du pays de Sumer, qu'aux eaux sur lesquelles les anciens croyaient que la terre était fondée. Mais pour produire l'irrigation nécessaire à la fertilité des terres, l'eau des fleuves et des autres cours d'eau suffisait. C'est pourquoi H se contente ds demander à Hadad de faire remonter l'inondation mi-lam, provenant des fleuves et des rivières, à leurs sources na-aq-bi-im « profondeur, source ». Au fond le roi demande au dieu de l'irrigation de tarir les sources de tous les cours d'eau.
Remarquons, dans ce premier groupe d'adjurations 68-75 l'enchaînement logique des moyens destinés à produire le résultat final, la perte du pays.
A Enlil (Bel) aussi, H a demandé de procurer à son ennemi « des années de cherté » hu-sa-ah-lii-im XXVI r 66-67. C'est que Enlil comme Hadad, a le pouvoir de causer des intempéries.
76-80. e-li RI (ali)-su iz-zi-is li-is-si-ma 76-78. ■ ''[ ' i ^
ma-zu a-na til a-bu-bi-im li-te-ir. 79-80.
8» Zamama 81-91
81-85. (ilu) Za-mal-mal qar-ra-du-um ra-bi-um (81-82) marum ri-es-tu-um É KUR (83, 84) a-li-ku im-ni-ia (85) '
86-91. a-sar tâm-hia-ri-im GI§ KU (kakka) li-is-bi-ir (86-87) ùm-ma-am a-na mu-si-im li-te-ir-sum-ma (88-89) ; , na-ki-ir-su e-li-su li-is-zi-iz (90-91). ■
90 Innina, Ninni, Istar 92-XXVIIIr 23
92-98. (ilu) Innina (Istar) be-li-it AG (tahazim) ù SUN SUN (qablinij (9^-93) pa-ti-a-at GiS KU (kakki)-i-a (94-95) la-ma-zi da-mi-iq-tum (96, 97) ra-i-ma-at BAL (pale)-ia (98)
76-80. Dans le second groupe d'adjurations, H supplie Hadad d'exercer contre son ennemi sa puissance sur l'ouragan : « qu'il tonne furieusement » Zt-zs-sr de ssj. Les effets produits par le pouvoir d'Ha^adsurlq tonnerre et lés éclairs sont plus terribles que ceux que peut causer l'inondation. De fait IJ compte que,i l'ouragan d'Hadad aboutira à réduire le pays de son ennemi en « tell de déluge », c'est-à-dire en unrnoiitiçulex de sable, comme ceux qui jalonnent les plaines de Sumer et d'Akkad et qui proviennent de la destruction , paj; les. eaux, et les intempéries des édifices en briques crues.
Le mot akkadien lil survit dans nos langues sous la forme feW, avec sa même signification. Quant au mot akkadipn abubum qui signifie déluge il diffère du mot employé dans la Genèse mabbalVl 17 etc.,.., mai$; ; il est employé pour le Déluge chaldéen. Cette catastrophe fut produite non seulement par une « pluie de saleté sa-mu-ium ki-ba-a-li « mais encore par le tonnerre d'Hadad. « Du fondement des cieux monta une nuée noire, Adad en elle rugissait... le tumulte d'Hadad atteint les cieux. » Ci. Le. Poème du Déluge, II. 8^, 91, 98, 99, 106, traduction Dhorme dans Choix de textes assyro-babyloniens.
8" Zamama 81-91
Ce dieu est mentionné au prologue H 56-62, où H s'est appelé « son petit frère » et où il a dit avoir enrichi sa ville (Kis) et son temple. Dans l'autopanégyrique de l'épilogue, K dit qu'il a exterminé ses ennemis a par les armes puissantes dont Zamama et Innina l'ont investi » XXIVr 22-25.
Ce dieu- était encore appelé Zababa ou Ilbaba. Il ressemblait beaucoup à Ninurta. Ils étaient tous deux fils d'Enlil, dieux guerriers, et avaient une épouse appelée Bau.
Après s'être adressé aux plus grands dieux du panthéon babylonien, H adjure trois divinités guerrières ■ Zamama, Innina (Istar) et Nergal. Hadad fait la transition entre les grands dieux et les divinités guerrières. ' Il se sert de l'ouragan comme d'une arme redoutable. D'ailleurs H l'appelle qu-ra-du-um « guerrier » III 60 tout comme Zamama XXVIIr 82.
H énonce trois prérogatives de Zamama 81-85, et lui adresse trois adjurations qui n'ont qu'un seul objet : l'emploi de sa puissance guerrière pour l'écrasement de son adversaire 86-91.
81-82. La première prérogative H attribuée à Zamama est conforme à la nature guerrière de ce dieu. Qar-ra-du-um signifie « fort, puissant, courageux » et de là « guerrier » ; c'est en effet au combat que l'on a l'occasion de déployer sa force et son courage. H s'est appelé lui-même « guerrier bienfaisant » qarradum gamil II 32. A Istar il demande de terrasser les guerriers qar-ra-di de son ennemi XXVIIIi 8-9,
83-84. Cette prérogative, est formulée par une métonymie. Au lieu d'affirmer que Zamama était le fils aîné d'Enlil, H a préféré dire qu'il était le fils aîné de son temple, l'E Kur (maison de la montagne ».
Marum ri-es-tu-um signifie sans aucun doute « fils aîné » tandis que i-in-su mah-ru § 165, XIr, 1. 35, « celui qui est devant son œil » peut désigner un enfant préféré.
Le titre de fils aîné d'Enlil est attribué à Ninurta par plusieurs documents. H, l'attribue à Zamama.
85. Il s'agit de la marche au combat. H veut dire que Zamama est son auxiliaire dans le combat. Il avait dit à peu près la même chose d'Hadad en l'appelant « son compagnon » rt-zu-u-a XXVIIr 67. Cependant la formule employée pour Zamama suppose un secours plus efficace. Si ce dieu marche à la droite de H, c'est pour le diriger et l'aider à asséner de rudes coups à ses ennemis.
Cette croyance de H à une assistance si prochaine de la divinité pour ses combats, est un témoignage de la piété de ce roi qu'il est intéressant de relever.
86-91. On remarque une progression dans l'énumération des moyens que H demande à Zamama de lui fournir en accablant de sa puissance guerrière les ennemis de son code.
86-87. En tant que « grand guerrier » 81, 82, Zamama exerce un pouvoir absolu sur les armes. A ses amis, il peut donner « des armes puissantes » ainsi qu'il l'a fait pour H. XXIVr 22-25. Mais il peut briser aussi les armes de ses ennemis. Par un raffinement de haine, H prie Zamama d'attendre que son adversaire soit arrivé au Heu du combat pour briser ses armes. Ainsi sa confusion et sa défaite seront plus grandes.