‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 202 sur 250 · Zamama, grand guerrier · texte numérisé non relu

Zamama, grand guerrier

fils aîné de TE Kur (83, 84)

qui marche à ma droite (85) 86-91. qu'il brise ses armes sur le champ de bataille ! (86-87)

qu'il lui change le jour en nuit ! (88-89)

qu'il fasse marcher son ennemi sur lui ! (90-91).

.90 Innina, Ninni, Istar 92-XXVIIIr 23

92-98. Innina (Istar), maîtresse des batailles et des combats (92-93) décochant mes armes (94-95), mon lamazu favorable (96-97), aimant mon gouvernement (98)

Tamharum « combat », du verbe lamah,u « saisir, prendre, empoigner ». Ce mot est bien choisi à une époque où la lutte corps à corps était le mode de combat habituel.

88-89. H prie Zamama de transformer, pour son ennemi, le jour en nuit. En usant de cette métaphore, il demande à son dieu protecteur d'aveugler son ennemi, de l'empêcher de rien comprendre, de lui faire méconnaître les manœuvres de son adversaire, et de le laisser ignorer absolument ce qu'il doit lui-même entreprendre. Pareil aveuglement est pire que la perte des armes.

90-91. Finalement JH adjure Zamama de faire que le contempteur de son code soit foulé aux pieds par son ennemi li-is-zi-iz forme causative de nzz : c'est la défaite complète et le comble de l'humiliation.

■ 90 Innina, Ninni, Istar 92-XXVIIIr 23

Au sujet de cette déesse, voir le prologue II 47, 63-65, IH 53-54, IV 34-35, 46-48, 61-63, VI 3, et l'épilogue XXIVr 24, où H se déclare redevable de ses armes puissantes à Zamama et à Innina. Au prologue, le nom d'Innina est évoqué par H, soit à propos des temples de cette déesse qu'il a enrichis ou réparés, soit au sujet de ses sentiments de piété toute spéciale à l'égard de sa personne. Ainsi le roi de Babylone dit qu'il a réjoui le cœur d'Istar III 53-54, « éclairé sa face » IV 34-35, que ses œuvres sont agréées par elle IV 46-47 et enfin qu'il est sont favori mi-ge-ir V 13.

Le nom de la déesse est rendu par le signe ri, sauf dans III 54 et IV 47, où il est écrit es-tar. Ungnad traduit le nom de la déesse par Istar dans ces deux endroits et par Innina partout ailleurs. En réalité il s'agit d'une même déesse : Innina, Innanna et Ninni sont ses noms sumériens, tandis que Istar est son nom akkadien.

Nous donnons ici quelques renseignements complémentaires sur cette déesse, la plus célèbre du panthéon babylonien-assyrien.

Au cours des temps Innina-Istar acquit une place tellement prépondérante ' que beaucoup d'autres déesses furent identifiées avec elle et que le nom d'Istar devint synonyme de « déesse «. Elle était fille de Sin. Elle fut d'abord la servante et la concubine d'Anu ; mais elle supplanta Antu, la légitime épouse d'Anu, et prit sa place.

On attribuait à Istar deux caractères et deux rôles très différents. D'une part, elle était la déesse de l'amour sensuel ou volupté ; elle passait pour l'hiérodule des dieux, qui leur inspirait des unions amoureuses de toute sorte, même avec les hommes et les animaux, mais qui, la plupart du 'temps causait la ruine et la mort de ses amants. D'autre part, Istar était la déesse des batailles et des combats. C'est à ce titre que H l'invoque ici.

Comme astre, on lui attribuait la planète Vénus Dilbal « le flambeau du ciel et de la terre ». Afin de l'adapter aux deux caractères de sa déesse, on attribuait à cette planète le sexe féminin, le soir, et le sexe masculin, le matin.

Son animal était un lion dévastateur ou une vache sauvage. On la représentait souvent avec l'arc et le carquois.

La ville principale de l'Istar impudique était Uruk où des hiérodules, femmes et hommes, pourvoyaient à son culte obscène. Elle avait encore des temples dans beaucoup de villes de Babylonie et d'Assyrie, par exemple à Ur, Kisch, Harsag-Kalama, Babylone, Agadé, Aêsur, Kalach, Ninive, Arbèle. Dans certains temples, comme ceux d'Uruk et de Ninive, elle était honorée surtout en tant que déesse de la volupté ; et dans certains autres, comme ceux d' Agadé et d' Arbèle, on la vénérait plutôt comme la dame des batailles et des combats, cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 26-29 et Dhorme, R AB, pp. 85-89.

Le P. Lagrange, dans Éludes sur les Religions sémitiques, ch. III. Les Déesses, pp. 119-140, a indiqué les rapports de l'Achéra et de l'Astarté des Cananéens avec l'Istar des Babyloniens et des Assyriens. « Istar une fois installée dans son rôle de déesse principale répond très exactement à Astarté », p. 140. Au double caractère d'Istar, le P. Lagrange ne voit que deux explications possibles : la fusion de deux divinités en une seule (Nana, déesse des courtisanes, et Istar, déesse de la guerre, et primitivement, dieu de la guerre

99-XXVIIIr 23. i-na li-îb-bi-sa ag-gi-im i-na uz-za-ti sa ra-bi-a-tim sarru-zu li-ru-iir (99-103)

dam-ga-ti-sii a-na li-im-ne-tim li-te-ir li-te-ir (104-XXVIIIr 1) XXVIIIr 2-11. a-sar AG (tahazim) ù §UN SUN (qablim) GiS KU (kakka)su li-is-bi-ir (2-4)

i-si-tam za-ah-ma-as-tam li-is-ku-un-sum (5-7)

qar-ra-di-su li-sa-am-ki-it (8-9)

da-mi-su-nu ir-si-tam li-is-ki (10-11) 12-23. gu-ru-un sa-al-ma-at um-ma-na-ti-su i-na si-ri-im li-it-ta-ad-di (12-16)

ZAB (ummaii)-su ri-ma-am a-i u-sar-si (17-18)

su-a-ti a-na ga-at na-ak-ri-su li-ma-al-Ii-su-ma (19-21)

a-na ma-at nu-ku-ùr-ti-su ka-mi-is li-ru-su (22-23)

ou la division en deux concepts d'une divinité androgyne, c'est-à-dire ayant une force génératrice double pp. 138, 139.

H commence par énumérer les prérogatives d'Innina-Istar 92-98, puis il lui adresse ses adjurations 99-XXVIIIr 23.

92-98. Parmi les titres donnés à Innina-Istar, les deux premiers 92-93 et 94-95 se rapportent à sa puissance guerrière et les deux derniers font allusion à la bienveillance dont elle entoure le roi.

96-97 et 98. H va en effet adjurer cette déesse d'exercer sa puissance guerrière en sa faveur et contre ses ennemis.

92-93. « Maîtresse des batailles et des combats ». Le signe A G a le sens de tahazum « bataille » et le signe Sun celui de qablum « combat ». Ici encore, la répétition du signe équivaut à un pluriel. Cf. XXVIr 46, XXVIIr 7, 39, 52 et XXVIIIr 3.

94-95. H rappelle à Innina-Istar qu'elle exerce en sa faveur sa valeur guerrière. Cette prérogative fait la transition entre la précédente et les deux suivantes.

Nous traduisons GiS KU (kakka) par armes dans XXVIIr 86-87 et dans le texte similaire XXVIIIr 2-4- Nous lui donnons ici le sens de « flèches », à cause du verbe pV, « ouvrir », qui peut s'entendre dans le sens de « dégainer » ou de « décocher ». Ce dernier sens convient mieux à l'arc et à la lance, armes usitées plus fréquemment à l'époque babylonienne que les épées et les poignards, comme on le voit par les monuments. On conçoit quel grand service rendait Istar à H, en décochant elle-même ses flèches de façon à causer les plus grands ravages parmi ses ennemis.

96-97. Dans cette invocation et dans la suivante, H parle de la faveur dont il jouit auprès d'Innina.

La-ma-zi désigne évidemment Innina. Or les lamazu étaient des divinités inférieures, ou génies, qui étaient chargés de protéger les hommes, d'intercéder pour eux, de présenter leurs supplications aux grandes divinités. Dans le C. H., lamazu a bien ce sens dans XXIVr 53-56 et dans XXVr 48-58. Aussi c'est uniquement parce que H veut mettre en relief l'idée de protection qu'il appelle Istar son lamazu, et non point sa déesse, favorable. Au prologue, H a appelé pour la même raison le dieu Assur « son lamazu favorable » IV 56, 57.

Comme H ne précise pas de circonstances particulières, où Innina lui est favorable, il faut admettre que c'est partout et toujours, mais spécialement dans les combats. H vient de dire en effet que Innina est la dame des combats et qu'elle décoche ses flèches, puis il va adjurer cette déesse de déployer sa valeur guerrière contre ses ennemis.

98. Cette invocation prouve que Istar ne favorise pas seulement H à la guerre, mais encore dans les affaires d'administration intérieure.

Ra-i-ma-al. est le participe du verbe r'm « aimer », qui dérive du nom rêmu, « sein maternel », et par métaphore « miséricorde ». Le verbe équivalent hébreu raham « aimer, avoir pitié » dérive du nom re/jem <i sein maternel » dont le pluriel rahamim signifie à la fois « la miséricorde » et son siège « les entrailles »• ' Cf. Dhorme, L'emploi métaphorique R. B., 1922, pp. 514, 515. Le verbe /"m exprime l'amour maternel d' Istar pour le gouvernement de H. Observons que le roi avait dit qu'Anu avait simplement « décrété » na-bu-û « son gouvernement ». XXVI r 47.

Le verbe r'm revient en deux autres endroits du C. H. : pour désigner l'enfant préféré par sa mère § 150, IXr 1. 22 et pour exprimer l'amour de H pour le temple de Marduk, son dieu national. XXIVr 94.

99. XXVIIIr 23. C'est dix fois que H adjure la déesse des batailles qui l'entoure d'un amour maternel.

Les deux premières adjurations sont d'ordre général. Dans les huit autres, H demande à Istar d'infliger à ses ennemis une défaite qui soit un vrai désastre. Quatre de ces adjurations sont relatives à la défaite XXVIIIr 2-11 et les quatre autres se rapportent à ses conséquences désastreuses 12-23.

99-XXVIIIr 1. H adjure Istar que, d'une façon générale, elle maudisse la royauté de son ennemi 99-103 et substitue à ses faveurs des maux 104-XXVIIIr 1.

99-103 H avait déjà adjuré Anu de « maudire la destinée » de son ennemi XXVL 52. Maintenant iJ adjure Istar de maudire « sa royauté ». Dans les adjurations XXVIIL 2-23, le roi de Babylone précise le sens de cette malédiction. Il demande à Istar que son ennemi perde sa royauté par une défaite éclatante et qu'il éprouve les conséquences désastreuses de cet échec.

Mais, au sujet de cette malédiction, H fait à Istar une demande qu'il n'avait point adressée à Anu. Il veut que la déesse prononce sa malédiction avec un cœur courroucé ag-gi-im et avec une grande fureur uz-za-ti, afin de faire pressentir les catastrophes qui en seraient les conséquences.

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