ÉPILOGUE
99-XXVIIIr 23. avec son cœur courroucé, avec sa grande fureur qu'elle maudisse sa royauté ! (99-103)
qu'elle change, qu'elle change ses faveurs en maux (104-XXVIIIr 1) XXVI Ilr 2-1 1 . au lieu du combat et des batailles, qu'elle brise ses armes ! (2-4)
qu'elle lui mette la confusion et la rébellion ! (5-7)
qu'elle terrasse ses guerriers ! (8-9)
qu'elle abreuve la terre de leur sang! (10-11) 12-23. qu'elle jette dans les champs le monceau des cadavres de ses guerriers ! (12-16)
qu'elle ne procure pas de miséricorde à son armée ! (17-18)
qu'elle le livre lui-même aux mains de son ennemi ! (19-21)
et qu'elle le conduise en chaîne au pays de son inimitié (22-23).
104-XXVinr 1: Dans la seconde adjuration, H demande à Istar de réaliser la conséquence générale de la malédiction qu'il vient de solliciter : le changement des faveurs de la déesse en maux. Ces maux sont décrits dans les adjurations suivantes.
Remarquons la répétition du verbe li-te-ir « qu'elle change ». Cette répétition paraît être une simple faute de copiste, car le procédé de répétition pour marquer l'insistance serait unique dans le C. H.
XXVIIIr 2-11. Ce groupe de quatre adjurations concerne la défaite du roi contempteur de la stèle-
2-4. H adjure tout d'abord la dame des batailles de briser les armes du roi, son adversaire, au lieu du combat. C'est aussi l'objet de la première demande adressée à Zamama XXVI Ir 86-87. Les formules des deux adjurations ne présentent qu'une légère variante dans le terme qui rend le « combat ». Pour Zamama, c'est tâm-ha-ri-im ; pour Istar, ce sont les deux mots par lesquels cette déesse est qualifiée « la maîtresse des batailles et des combats » A G (lahazim) û SUN SUN (qablim) XXVIIr92-93. Puisque Innina de concert avec Zamama a pourvu H d'armes puissantes, tous deux ont aussi le pouvoir de briser les armes de ses adversaires XXIVr 22-25.
S'il peut être question ici des armes des soldats du roi adversaire de H, il s'agit avant tout des armes de ce souverain lui-même. Le mot « armes » kakka, est suivi du suiïixe singulier su. D'après les inscriptions et les bas-reliefs, les souverains babyloniens et assyriens prenaient une part directe aux combats. D'ailleurs H a parlé plus haut des armes puissantes que Zamama et Innina lui avait données. XXIVr 22-25. La confusion, dont il est question 6-7 est celle du roi ennemi comme l'indique le suffixe singulier aum et c'est une conséquence de la rupture des armes 2-4. Par contre les quatre adjurations 8-9, 10-11, 12-16 et 17-18 concernent les guerriers de l'armée du roi.
Aussi nous croyons que par cette adjuration H sollicite la rupture d'abord des armes du roi et aussi celle des armes de ses guerriers.
5-7. L'objet de cette adjuration et des suivantes n'est que la conséquence de la rupture des armes sollicitée au début 2-4.
En voyant ses propres armes brisées entre ses mains, le roi ennemi de H sera confondu. Quant aux guerriers de ce roi, ils seront eux-mêmes confondus, en constatant la rupture des armes de leur roi et celle des leurs propres. Le désordre naîtra parmi eux et ce désordre engendrera bientôt la rébellion. C'est parce que le roi ennemi sera la première victime de cette confusion et de cette rébellion, que H a considéré ces maux comme le concernant personnellement qu'il a dit à sa bienveillante déesse de les lui envoyer à titre personnel, « qu'elle lui sum mette ».
8-9. Privés d'armes, en proie à la confusion et révoltés les guerriers de l'ennemi de H seront bientôt terrassés par leurs adversaires. Li-sa-am-ki-it « qu'elle terrasse », forme causative de mql « tomber » d'où le sens « faire tomber, terrasser ». Dans cette adjuration, H ne demande que l'évolution d'une autre conséquence logique de la rupture des armes sollicitée 2-4.
Bien entendu Innina ne devait intervenir ni seule, ni directement pour causer tous les maux que H l'adjure de produire. Cependant H lui parle comme s'il comptait uniquement sur son intervention directe. Cette pratique est une preuve de la mentalité profondément religieuse de H. Pour lui, les dieux étaient les causes premières de tous les événements, tandis que les hommes n'en étaient que les causes secondes ; seules les causes premières comptaient et les causes secondes étaient négligeables.
10-11. La cruauté de cette adjuration résulte d'abord du fait que H demande que le sang de ses ennemis terrassés abreuve la tevve U-is-ki du verbe suqu, héb. saga « boire ».
Mais cette demande revêt une cruauté beaucoup plus grande si les Akkadiens croyaient comme les Hébreux, que le sang contenait l'âme vivante, qu'à ce titre il appartenait à Dieu et possédait un caractère sacré. Gen. IX 4-6 ; Lev. XVII 10-14. Deut. XII 23-24 ; Gen. IV 10 ; Job. XVI 18-20 ; Ps. XXII 15. Or c'est ce que suggère le texte C. H. XXVL 93-94.
12-23. Dans ce groupe d'adjurations, H demande à Innina que les conséquences de la défaite soient désastreuses, d'abord pour l'armée du roi ennemi de H 12-16, 17-18 et ensuite pour ce souverain lui-même 19-21 et 22-23.
12-16. La cruauté de H. se manifeste dans l'objet de la demande et dans les circonstances souhaitées
pour sa réalisation. Ç demande à Istar la privation de sépulture pour les cadavres de l'armée ennemie.
Mais, pour les Akkadiens, ce malheur revêtait une gravité particulière. D'après les conceptions de ces peuples,
es âmes des morts ou étemmu souffraient et étaient agitées non seulement quand leurs cadavres n'avaient
lOo Nergal 24-39
24-30. (ilu) NER UNU GAL (Nergal) dan-nu-um i-na î-li (24, 25)
ga-ba-al la ma-ha-ar (26)
mu-sa-ak-si-du ir-ni-ti-ia i-na ka-su-si-su ra-bi-im (27-30) 31-34. ki-ma i-sa-tim iz-zi-tim sa a-pi-im ni-si-su li-iq-me 35-36. in GIS KU (kakki)-su dan-nim li-sa-ti-su-ma 37-39. bi-ni-a-ti-su ki-ma sa-lam ti-ti-im li-ih-pu-us
pas été ensevelis, mais encore quand personne ne leur versait l'eau nécessaire à leur boisson. Cf. commentaires de XXVIIv 37-40. Remarquons en outre les termes de l'adjuration : Il s'agit d'un monceau gu-ru-un de cadavres sal-ma-al qui doivent être jetés brutalement dans les champs comme des animaux li-it-ta-da-di « qu'elle jette ».
17-18. Pour éri finir avec les guerriers du roi ennemi, H adjure Istar de ne point leur faire miséricorde ri-ma-am, du verbe r'm « aimer », cf. I. 98.
Il y a, croyons-nous, deux façons de comprendre cette adjuration. On peut la considérer comme la conclusion de toutes celles qui concernent l'armée du roi ennemi : ainsi le roi de Babylone demanderait à sa déesse protectrice qu'aucun guerrier n'échappe aux maux sollicités pour eux dans les adjurations (8-9) (10-11) (12,-16). Mais H peut songer aussi aux guerriers qui auraient pu échapper à l'extermination (8-16) et auraient été faits prisonniers : il adjurerait Istar de faire en sorte que leur vainqueur ne les épargne point mais au contraire les massacre. Le premier sens paraît le plus obvie.
Le fragment assyrien m. Bu. 91-5-9, 221 au verso, contient XXVIIIr 14-23, avec deux variantes intéressantes. Au lieu de l'idéogramme ZAB, le fragment a um-ma-an-ëa « son armée ». Pour le mot suivant, le fragment donne ri-(i)-ma-am « miséricorde », tandis que sur la stèle le signe ri était effacé. Scheil avait proposé avec grande hésitation la lecture qabram « tombeau ». Mais cette suggestion fait double emploi avec l'idée exprimée dans 12-16, où la privation de sépulture est demandée équivalemment.
19-21. Les deux dernières adjurations concernent le sort du roi ennemi après sa défaite 2-11. Il est désigné par le pronom su-a-ii « celui-ci », lui-même.
Tandis que le roi de Babylone a demandé pour les guerriers ennemis la mort et la privation de sépulture, il adjure successivement Istar d'envoyer à leur souverain la captivité et la déportation.
Et d'abord la captivité. La traduction littérale est : « lui-même qu'elle en remplisse la main de son ennemi » li-ma-al-li provient en effet du verbe ml'^ « remplir » à la forme intensive. En tout cas H demande à sa bienveillante déesse de livrer le roi contempteur de sa stèle à son ennemi de façon qu'il ne lui échappe pas.
22-23. Ensuite H demande l'enchaînement et la déportation de l'adversaire royal. « au pays de son inimitié, enchaîné qu'elle le conduise ». Ka-mi-is, adv. de kamu, li-ru de wrj « conduire ».
Si H n'implore pas d' Istar la mort de ce roi, ce n'est pas qu'il ait voulu l'épargner. Les rois prisonniers étaient fort mal traités par leurs vainqueurs, qui les piétinaient, leur crevaient les yeux, leur infligeaient d'autres mutilations et en faisaient des objets de risée... etc. H adjure d'ailleurs d'autres dieux d'envoyer des morts terribles aux rois qui seraient ses ennemis : Enlil XXVI r 70-71, Ninlil 93-94, Samas XXVI L 34-40, En Zu (Sin) 52-56 et 59-63, Zamama 90-91 et, il adjure aussi Nergal d'envoyer une mort terrible au roi qui porterait atteinte au code XXVIIL 35-39. S'il ne fait pas la même demande à Istar, c'est parce qu'il croyait plus conforme aux attributions de la déesse de le vouer à la captivité et à la déportation. Il adjure Enki (Ea) et Ramman ainsi que Nintu et Nin Karralc d'envoyer à son ennemi, non point la mort, mais des maux en rapport avec leurs prérogatives et leurs attributions.
10° Nergat 24-39
Ce dieu est mentionné au prologue sous le nom d'Urra. Il y est dit qu'il fait atteindre son désir à H et que par reconnaissance, celui-ci a rendu grande sa ville de Kutha et augmenté toute chose dans son temple, l'E Mislam II, 69-111, 6. Voici ce qu'on peut ajouter aux renseignements donnés sur Nergal au prologue.
Primitivement Nergal fut un dieu solaire bienfaisant. Puis on lui attribua les mauvais effets du soleil, la peste, la guerre, la dévastation et l'inondation. C'est pourquoi il fut représenté comme un dieu du feu dévastateur, avec un visage enflammé et une bouche embrasée. C'est le dieu de la peste. Ses quatorze serviteurs sont des démons qui répandent l'épidémie dans les lieux les plus secrets. Plus tard enfin Nergal devint le dieu de l'Enfer.
Ordinairement on lui donne Enlil (Bel) pour père. Mais il est appelé aussi fils d'Anu et d'Enki (Ea)." Sa mère est la déesse Kutusar, qui est aussi celle de Ninurta. Sur terre, il a Las comme épouse. En enfer il est le mari d'Ereschkigal et de Mammêtu. Étant le « seigneur des armes et de l'arc », il est pourvu de beaucoup d'armes. On le compare à la tempête qui n'épargne rien. Son emblème était le sceptre à tête de lion. Les animaux qui l'accompagnent sont le lion, le taureau, le corbeau et le dragon. En dehors de l'E Meslam, à Kutha, il avait des temples à Larsa, à Uzarpara, à Isin, à Chawilu et à Assur. Cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 36-38. ■ '
H. commence par évoquer trois prérogatives de Nergal qui sont relatives à sa force 24-30. Ensuite il l'adjure trois fois d'anéantir son adversaire par le feu ou par ses puissantes armes 31-39.
24-25. H ne prête pas à Nergal la prérogative d'être le plus puissant des dieux, mais simplement celle de figurer au nombre des dieux les plus puissants.
En effet, c'est Anu qui est invoqué comme « le père des dieux » XXVL 46, Enlil comme « le seigneur fixant la destinée » 53-54, Enki (Ea) comme « le plus savant et le plus sage des dieux » 101-102, Samas comme « le grand juge des cieux et de la terre » XXVIL 14-16, En Zu (Sin) comme le « seigneur des cieux et son créateur » 41-42, Istar comme « la maîtresse des batailles et des combats » 92-93. ;
Mais la puissance de Nergal résulte du fait qu'étant seigneur de l'enfer, il disposait du feu et d'armes