Nergal, fort parmi les dieux
guerrier sans devancier (26)
m'ayant fait obtenir la victoire par sa grande puissance (27-30) 31-34. qu'il brûle ses sujets comme un feu ardent de roseaux ! 35-36. qu'il le fende par ses armes puissantes ! 37-39. et qu'il brise ses membres comme une statue d'argile !
redoutables avec lesquels il pouvait produire les pires calamités. La figure qu'on lui attribuait, l'emblème qu'on lui donnait, et les animaux que l'on mettait à son service étaient autant de marques de sa grande puissance. Pour le pluriel « les dieux », exprimé par la répétition du signe voir XXVI r 46 et les endroits cités XXVIL 93.
26. Le fragment assyrien donne, pour cette prérogative, une variante qui éclaire le texte de la Stèle :
sa ga-ba-al-ëu la im-ma-'^a-ha-ru « dont le combat n'est pas surpassé ». Le texte babylonien et le texte assyrien
signifient que Nergal est un guerrier incomparable, que personne n'a pu le vaincre et ne pourra le vaincre
dans l'avenir. Nous croyons que notre traduction « guerrier sans devancier » a l'avantage de rendre ce sens
et d'être conforme au texte babylonien. Remarquons que H a traité Zamama seulement du titre de « grand
guerrier » XXVIL 81-82. Quant à Ininna (Istar) son titre de « maîtresse des batailles et des combats » 92-93
montre qu'elle dirige les combats et dispose de la victoire plutôt qu'elle ne combat elle-même directement.
Les prérogatives que H a attribuées à Zamama, à Istar et à Nergal sont donc très compatibles entre elles.
■ Au prologue H s'est bien décerné à lui-même la prérogative qu'il attribue ici à Nergal ga-ba-al la
ma-lia-ri-im III 71, 72. Il en résulte que la prérogative de guerrier invincible est attribuée à Hammourabi,
pour les hommes, et à Nergal, pour les dieux.
Nergal devait être un guerrier invincible, puisqu'il avait à sa disposition et le feu et des armes capables de produire les redoutables effets signalés dans les adjurations 35-36 et 37-39. Ga-ba-al vient de qablum « combat » XXVIIr 93 et XXVIIL 2..
27-30. Comme prérogative finale, H. attribue son triomphe à la grande puissance de Nergal. Mu-aa-aksi-du « m'ayant fait obtenir » part, de la forme causative de ksd, ir-ni-ti « victoire » XXVr 28, ka-su-si, « puissance » de kss « être puissant ».
Une partie de l'autopanégyrique est consacrée à célébrer la délivrance des ennemis obtenue par H XXIVr 22-39 : « les ennemis, en haut et en bas, j'ai exterminés, les combats j'ai cessés » 30-32. L'ensemble du texte prouve qu'il ne s'agit pas de guerres de conquête, mais bien de guerres de défense et qu'au fond H se glorifie d'avoir procuré la paix à ses sujets. Mais cette paix a été le fruit de nombreuses victoires. Or dans cette partie de l'autopanégyrique H n'attribue aucunement ses victoires à Nergal, mais il s'en déclare redevable aux armes puissantes dont Zamama et Ininna l'ont investi, à la sagesse que Enki (Ea) lui a départie et à l'intelligence que Marduk lui a donnée XXIVr 22-29. Dans le thème de son panégyrique suggéré à ses successeurs reconnaissants, H a mis la formule suivante au sujet de ses victoires : « il a procuré le triomphe de Marduk en haut et en bas » XXVr 28-31. Ainsi donc dans son panégyrique H omet de rappeler qu'il était redevable de ses victoires à Nergal, tandis qu'ici il se déclare redevable de ses victoires à ce dieu. Il est probable que le roi de Babylone n'attribuait ses victoires au dieu de l'enfer que partiellement et qu'il s'en croyait redevable dans une bien plus grande mesure à son dieu national Marduk,«à Enki (Ea), à Istar et à Zamama. ,.- ■
Dans l'épilogue du code, H ne parle pas en détails de ses victoires ; il se contente de dire qu'il a été partout victorieux. Le prologue fournit des indications au moins implicites sur l'étendue des conquêtes de H. Il se présente comme roi de Sumer, d'Akkad et des quatre régions V 6-12. Il énumère quantité de villes où il a répandu ses bienfaits. Il était donc leur souverain. Ces localités sont, en suivant l'ordre du code : Nippur I 57-59, Eridu 66 -II 1, Ur 16-17, Sippar 24-25, Larsa 32-33, Uruk 37-41, Isin 49-51, Kis 58-59, Harsag-Kalama 66-67, Kutha III 2-3, Borsippa 11-12, Dilbat 18-20, Kes 32, Lagas et Girsu 41-42, Hallabim 52, Bit-Karkara 61, Maskan-sabrim IV 1, Malgu 12, Méra et Tutul 29-31, Agadé 51, Assur 58, Ninua (Ninive) 60. Les renseignements directs et explicites sur les victoires de H, sont fournis par d'autres documents. Plusieurs des 43 années de règne de ce monarque sont dénommées par ses plus éclatantes victoires : 7" année, prise d'Uruk et d'Isin ; 31» année on ravage Emoubal, on défait Rim-Sin; 37« année on défait l'armée de Touroukki ; 39^ année, le roi soumet la totalité de ses ennemis habitant le désert ; cf. Scheil, La Chronologie rectifiée du règne de H (1912). , 31-39. Après avoir vanté la puissance de Nergal, H adjure ce dieu de l'employer d'abord contre les
sujets du roi contempteur de sa stèle 31-34 et ensuite contre ce souverain lui-même 35-36 et 37-39.
31-34, H adjure Nergal de brûler les sujets de son ennemi ni-si-ëu comine un feu ardent des roseaux. Brûler les récoltes était un des effets malfaisants du soleil attribués à Nergal. Isatum, correspond à l'hébreu 'ëif « feu ».
35-36. Les deux autres adjurations concernent la personne du roi ennemi de H; contre lequel il adjure Nergal de faire usage « de ses armes puissantes ». Le rédacteur désigne ces armes au moyen des mêmes mats et des mêmes signes que les armes dont Zamama et Innina l'ont pourvu XXIVr 22-25 ainsi que les armes que décoche Innina XXVI L 95 et les armes de l'adversaire que Zamama doit briser XXVI L 87.
Contre son adversaire H décompose en deux actes successifs l'usage que Nergal doit faire de ses armes puissantes. Tout d'abord il doit « le fendre » li-sa-U de nlj à la forme causative. 37-39. Ensuite il devra briser hps ses membres, comme à une statue d'argile.
C'est donc l'anéantissement total de tout roi qui ne respecterait pas son code, que H adjure Nergal d'accomplir.
COMMENTAIRE DU CODE D'iIA:MMOURABI 19
110 Niniu 40-49
40-43. (ilu) Nin-tu Nin (beltum) si-ir-tum sa ma-ta-tim (40-42)
ummum ba-ni-ti (43) 44. TUR U§ (aplum) li-te-ir-su-ma 45-46. su-ma-am a û-sar-si-su 47-49. i-na qir-bi-it ni-si-su zêr a-wi-lu-tim a ib-ni.
120 Nin Karrak 50-69
50-54. (ilu) Nin-kar-ra-ag marat Anim (nim) (50-51) ga-bi-a-at dum-ki-ia i-na É-kur (52-54)
11° Ninlu 40-49
Cette déesse est mentionnée au prologue, sous son nom akkadien de Marna, et sous son nom sumérien de Ninlu. H se glorifie « d'avoir fait accomplir le désir de Mama » III 27-29 et « d'avoir prodigué les aliments sacrés pour Nintu » 33-35. Il s'agit de la déesse de l'enfantement.
« A côté des deux divinités supérieures Anu et Enlil, se trouve, de toute antiquité, comme principe féminin, la « souveraine des dieux » Max. Elle était honorée sous des noms très différents dans beaucoup de lieux. La chose provient peut-être de ce que beaucoup de déesses, différentes à l'origine, ont été fondues ensemble. Sous le vocable de Ninmax elle était « la princesse élevée » ; sous ceux de Mama et de Ninlu, elle représentait « la déesse de la naissance », qui par suite était « la mère des dieux et « avait produit » aussi des rois transcendants, comme Hammourabi. Sous le nom d'Aruru on la considérait comme la mère et la protectrice des enfants. Sous le nom de Ninxursagga « la dame des montagnes », elle est honorée comme créatrice des dieux, de quelques divinités inférieures, spécialement des rois qu'elle nourrit de son propre lait, et même des hommes. C'est pourquoi la perte de l'espèce humaine par le Déluge est très pénible à cette dame des dieux. Aussi, après l'écoulement des eaux, elle veut exclure du sacrifice Enlil, l'auteur du Déluge... Cette déesse était spécialement honorée à Tilmun, à Lagash, à Girsu, mais surtout à Kisch, Au milieu de Babylone elle possédait un temple très renommé. Nintu était représentée comme tenant de sa main gauche un petit enfant auquel elle tendait le sein et comme priant de sa main droite. » Cf. Meissner, B. u. A., II, pp. 11 el 12. « La déesse Aruru pince et arrache un morceau d'argile dont ensuite elle forme le corps d'Enkidu (cf. Gilgames, tab. I, col. II 34). Le myhte d'Atar-hasis décrit la façon dont la déesse Mami recrée l'humanité après le cataclysme qui l'avait détruite. Elle commence par arracher 14 morceaux d'argile : elle en place 7 à droite, 7 à gauche, puis appelle à son aide les sages-femmes : 7 matrices forment les mâles, 7 autres matrices forment les femmes. Il est clair qu'ici le morceau d'argile qirsu représente l'embryon, le fœtus. » Thureau- Dangin, Noies assyriologiques, Rev. d'Assyr., XIX (1922), p. 82.
H rappelle à Nintu deux de ses prérogatives 40-43 puis il lui adresse trois adjurations où il fait appel à son pouvoir de déesse-mère suc les naissances humaines 44-49.
40-42. Nintu étant la déesse ayant formé les dieux et les hommes, on conçoit que H ait pu l'appeler « dame auguste des' pays », sans que ce titre suppose que Nintu soit la plus grande des déesses.
43. H confesse à Nintu qu'il lui est redevable de sa formation, de sa création. Sans lui donner le nom de mère, il lui en attribue l'office. Par le choix de cette formule, H a voulu signifier que Nintu était sa mère au sens littéral et strict et non point au sens figuré et large, comme par exemple Belit (Ninhl) qu'il appelle « la grande mère » XXV Ir 82.
Or le fait que H considérait Nintu comme sa vraie mère a des conséquences qu'il est intéressant d'étudier
D'abord le roi de Babylone devait être persuadé qu'il participait en une bonne mesure à la nature divine, puisqu'il avait pour mère une déesse qui avait enfanté les dieux.
Nous aimerions savoir les rôles respectifs que H attribuait, dans sa naissance, à Nintu et à sa mère humaine. Peut-être croyait-il qu'il était redevable à celle-ci de son corps et à celle-là de son âme, ou de son principe vital. Cette conception correspondrait à la croyance des chrétiens qui était déjà professée au temps des Machabées II Mach. VII 21-23 (mère des sept fils martyrs). Mais peut-être H pensait-il simplement que Nintu avait dirigé la formation de son corps dans le sein de sa mère et était intervenue pour le doter de qualités rares.
H a traité En Zu (Sin) de « dieu mon créateur » XXVI Ir 42 où il emploie aussi le verbe bamu, « former » ou « créer » au sens large. De ce fait il résulte que H, en plus de son père et de sa mère terrestres, s'attribuait un père et une mère célestes, Sin et Nintu. Sans doute le roi de Babylone croyait que Sin avait influé sur l'acte générateur de son père, comme Nintu sur sa formation dans le sein maternel.
44-49. H adjure trois fois Nintu d'utiliser d'une façon négative son pouvoir sur les naissances : d'abord contre le roi violateur du code en le privant d'héritier direct (44) ou en lui enlevant tout héritier adoptif (45-4G) et ensuite contre les sujets de ce souverain (47-49).
45. Comme on l'a dit déjà, les idéogrammes TUR US équivalent au nom aplum qui désigne « le fils héritier », qui est généralement le fils de l'épouse assalu ou liirlu (la première épouse). D'après le terme : « qu'elle lui retire » li-le-ir-su, H suppose que le fils héritier de son adversaire est déjà né et il demande à Nintu de le lui retirer en le faisant mourir. Ceci implique la croyance que la déesse qui avait procuré la vie aux enfants pouvait la leur retirer à son gré, et que la puissance de Nintu s'exerçait sur la naissance comme sur la mort.