‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 205 sur 250 · Ninkarrak, la fille d'Anu · texte numérisé non relu

Ninkarrak, la fille d'Anu

ayant décrété, dans l'E kur, ma bonne santé 52-54

45-46. Contrairement à l'hypothèse précédente, H suppose ici que son adversaire n'a pas encore de fils héritier et il adjure la déesse des naissances d'empêcher que jamais il ne lui en naisse.

En substituant ici le verbe « faire posséder » au verbe « enfanter » et le substantif « nom » au substantif « fils héritier », H adjure Nintu d'empêcher la naissance non seulement d'un flls de l'épouse, mais encore celle d'un fils de concubine qui serait adopté.

D'après les lois §§ 144, 145 les épouses stériles peuvent procurer des enfants à leur mari en livrant à celui-ci une de leurs esclaves. Or, le rédacteur du code ne dit pas que l'épouse a enfantés wîd ces enfants, mais simplement qu'elle les « a fait être » à son mari us-tab-si (bsj) § 144, VIII, 18, ou qu'elle les « a fait posséder » par son mari u-.?ar-si-su (rsj) § 145 Vlllr 30, § 137 VIr 78 et § 163, XIr 10. Comme ici c'est le même verbe rsj à la même forme causative, nous pensons que H a en vue les enfants personnels de l'épouse et ceux qu'elle aurait pu procurer à son mari au moyen d'une esclave, selon § 144.

Le § 170, pei-met à un homme de faire participer à son héritage les enfants que son esclave lui avait enfantés ul-du-sum, en les adoptant. D'après cette loi pour adopter les enfants de son esclave, leur père n'avait qu'à leur dire « mes enfants » maru-û-a 1. 45, cf. § 171, 1. 63. Ces paroles reviennent à donner son propre nom aux enfants adoptés et la loi § 185 rend la chose évidente. Il y est dit que l'on ne devra pas réclamer un petit pris par un homme « en son nom pour la filiation » et qu'il aura élevé. Le rapprochement des lois §§ 170 et 185 prouve que la parole « vous êtes mes enfants » produit le même effet, quant à l'adoption, que l'acte de prendre « en son nom pour la filiation ».

Par conséquent en substituant les mots « nom » et « faire posséder » aux mots « fils héritier » et « enfanter » H adjure Nintu de s'opposer aux naissances d'enfants non seulement de l'épouse mais encore de toute esclave.

47-49. H adjure ensuite Nintu d'empêcher les naissances d'hommes libres parmi les sujets du roi ennemi. De la sorte, il ne naîtra plus chez lui que des esclaves, c'est-à-dire des gens de race inférieure. Incapables de faire prospérer le pays et même de le défendre, et ce sera la ruine du royaume.

A ib-ni « qu'elle ne forme pas, qu'elle ne crée pas », du verbe bnj, par lequel H exprime que Nintu est « la mère qui l'a formé, créé » XXVIIL 43 et que Sin est « son créateur ou son formateur » XXVII r 42. Zêr, la « semence », par euphémisme, « progéniture ».

A-wi-lu-tim est le nom abstrait formé du mot concret awilum « homme libre ». On se rappelle qu'à l'époque du code, il y avait dans la société babylonienne trois classes d'hommes : les hommes libres awilum, les esclaves œàrdum et la classe intermédiaire des muskenum.

I 12° Ninkarrak 50-69 .

Cette déesse était identifiée à Gula, identifiée elle-même à Bail. Ninkarrak était le nom donné à Gula par les habitants d'Isin. Comme Gula, Ninkarrak était fille d'Anu, épouse de Ninurtu, déesse de la santé. En cette dernière qualité, Ninkarrak, aussi bien que Gula, pouvait à son gré guérir ou rendre malade. Le fils de Ninkarrak s'appelait Damu et il portait le titre de « grand prêtre de la conjuration ». Au dire de Méissner, « les différentes déesses de la santé comme Gula, Ba'u, Nintinugga, Ninkarrak, Ninisinna, Ninnibru sont tellement confondues qu'il est presque impossible de les séparer et d'indiquer leurs attributions primitives » B. u. A., pp. 31, 33, 48.

Le prologue du code, qui ne contient le nom d'aucune de ces déesses de la santé, mentionne la ville d'Isin et son temple l'E Gai mah. H se vante en effet « d'avoir rassemblé les peuples dispersés d'Isin et d'avoir fait regorger de richesse l'E gai mah » II 49-54. Or Isin et l'E gai mah étaient la ville et le temple consacrés à Ninurta et à son épouse Gula ou Ninkarrak.

50-54. Avant d'adjurer Ninkarrak, H. évoque deux de ses titres : le premier est relatif à la haute origine de la déesse 50-51, et le second est un témoignage de reconnaissance pour un bienfait. 52-54.

50-51. Ninkarrak est « fille d'Anu », c'est-à-dire « du père des dieux » XXVI r 46 et par conséquent du plus grand de tous les dieux. Le rappel d'une telle origine devait disposer favorablement la déesse à assurer la santé à son auteur.

52-54. Cette invocation témoigne de la reconnaissance de H autant que de la puissance de la déesse.

H a reçu de Nin Karrak dum-ki-ia « ma santé » de dumqum. Ce bien précieux entre tous, la déesse l'a procuré à son protégé par une parole ga-bi-a-at « ayant dit, décrété » de qb'' et c'est là un indice de sa puissance.

Le fait que ce décret de bonne santé a été rendu dans l'E Kur manifeste à la fois la puissance insigne de Ninkarrak et le titre à l'éternelle reconnaissance de H. envers sa bienfaitrice. L'E Kur (maison de la montagne), est le temple d'Enlil (Bel) à Nippur. Or Enlil, c'est « le maître de la destinée, dont l'ordre n'est pas changé »

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