‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 25 sur 250 · le premier des rois · texte numérisé non relu

le premier des rois

24-28. ayant soumis les lieux d'habitation de l'Euphrate par la puissance

de Dagan, son créateur, 29-31. lui qui a épargné les gens de Méra et de Tutul, 32-33. prince fameux, 34-35. éclairant (réjouissant) la face de Ninni (Istar),

faisaient leurs conquêtes. Ainsi H, pour s'emparer d'un pays consacré à Dagan, ne combat pas ce dieu ; mais il se concilie ses faveurs. De fait, il nous dit que c'est « par la puissance de Dagan » qu'il a soumis le propre pays de ce dieu. De plus il l'appelle « son créateur ». Toutefois on doit croire que H ne commença pas à capter la bienveillance de Dagan, seulement quand il entreprit de soumettre le pays de Hana. Car bien avant lui, les théologiens babyloniens-assyriens avaient adopté le culte du dieu bien étranger Dagan (vers le III" millénaire, IIIo dyn. d'Ur et dyn. d'Isin). C'est pourquoi, dans la liste des dieux on le plaça après Enlil (Bel) et même dans d'autres inscriptions il intervient plusieurs fois, à côté d'Anu, avec les fonctions analogues à celle d'Enlil. Son épouse était Salas au nom également étranger. Cf. Meissner, B. u. A., II, p.8. ,

On identifie généralement le Dagan des documents cunéiformes avec le dieu Dagon que la Bible nous présente comme adoré par les Philistins Jug. XVI 23, T Sam. V 2-7, I Mach. X 84, XI 4. C'est pourquoi Dhorme s'exprime ainsi : « La Bible nous a fait connaître Dagon, célèbre durant l'histoire de Samson et de Samuel. Nous n'hésitons pas à reconnaître en lui le même dieu que Dagan. Les Assyriens ne s'y sont point trompés lorsqu'ils ont transcrit la ville de Beîh-Dagon « temple de Dagon » par Bît-da-gan-na (aujourd'hui Beît-Didjan, entre Jaffa et Lydda). A l'époque des lettres d'El-Amarna, un prince de la Palestine méridionale porte le nom de (ilu) Da-ga-an-ta-ka-la dans lequel le premier élément est Dagan ou Dagon. Il n'est pas nécessaii'e de voir dans Dagon un dieu ethnique des PhiUstins. Il suffit que ces envahisseurs l'aient trouvé sur ïè sol qu'ils ont occupé le long de la côte méditerranéenne, au sud de Jaffa. Nous sommes en présence d'une vieille divinité sémitique, mi-homme mi-poisson, dont l'étymologie dagh « poisson » nous ramène vers l'ouest. (Les Akkadiens disaient nûnu « poisson». H. B., 1928, pp. 75 s.

L'opinion qui prête au dieu des Philistins Dagon la forme d'un poisson s'appuie à la fois sur l'étymologie du nom et sur la description I Sam. V 2-7. Dans de nombreux textes bibliques daqli est employé pour signifier « poisson » Gen. IX, 2, Nomb. XI, 22, I Rois V 13, Hos IV 3, Jonas II 1, 11 etc. Dans I Sam. \ 2-7 on nous raconte que la statue de Dagon tomba et se brisa, en présence de l'arche. Or pour nous décrire l'état dans lequel se trouvait cette idole brisée, on parle de la séparation de la tête, des paumes de ses mains et on dit qu'il ne resta de lui que son tronc ou que « sa partie poisson ». Il n'est pas question des pieds de l'idole, mais seulement de sa tête et des paumes de ses mains. Par conséquent Dagon des Philistins devait avoir le corps terminé en queue de poisson.

Des monnaies représentent le dieu d'Arvad sous la forme d'un homme ayant la moitié du corps en forme de poisson. Toutefois le P. Lag. pense que l'on n'est pas forcé d'admettre que Dagan des Akkadiens ait été un dieu poisson. E H S, p. 131.

29-31 . Dhorme a identifié les deux localités ici mentionnées dans ses études sur Sharrou-Kin, le fondateur de la dynastie d'Akkad (vers 2752-2696 av. .J.-C). Dans sa campagne contre les pays de l'Ouest, Sharru-Kin fait sa première étape à Toutoul, où il se prosterne devant le dieu Dagan. Or D. croit que ce Toutoul est la même localité, dont il s'agit dans le présent texte. Dans les deux cas en effet Tutul est mise en relation avec l'Euphrate et avec le dieu Dagan. Or « une liste géographique, provenant d'Assur donne comme équivalence : [Tu]-ul-tu-ul(ki) = (âlu) I-it. Ce texte identifie donc Toultoul (qui équivaut à Touttoul, Douddoul, Toutoul, Toutou) avec la ville de It, aujourd'hui Hît, sur l'Euphrate. Cette vifie était célèbre par ses sources d'asphalte ».

La région de Mari est mentionnée dans l'une des inscriptions de Nippur comme faisant partie du pays supérieur. Or, nous dit Dhorme, « le nom de Mari évoque aussitôt celui de Me-ra uni à Tu-tu-ul dans le C. H. Il s'agit d'un territoire sur l'Euphrate, dont la localisation probable serait précisément entre Hît (Tutul) et la ville de ' Anah, cette dernière faisant partie du pays de Suhi ». Dhorme, L'Aurore de l'histoire babylonienne, R. B., 1926, pp. 541, 542.

La 3,5° année du règne de H est appelée « année, où, sur l'ordre d'Anu et d'Enlil, il a détruit les murs de Mari et de Malgum ». Si Mari équivaut à Méra, on peut concilier ce fait avec celui dont parle notre texte de l'une ou l'autre de ces deux façons. Le code fait allusion à un événement antérieur à celui qui a servi à dénommer l'année. On peut supposer encore que H fait allusion au même incident, dans lequel H aurait à la fois détruit les murs de Méra et épargné les gens de cette localité. Les deux choses ne sont pas inconciliables, La mesure rigoureuse aurait servi à désigner une année du règne de H. Et dans son code ce roi se serait vanté de sa conduite clémente, sans faire d'allusion à son œuvre destructrice.

32-33. H a déjà pris au début de son code le même titre avec le même qualificatif I 30. Il s'est attribué déjà plusieurs fois l'épithète de na-'i-du-um fameux I 61, III 13. Il la reprendra encore IV, 64. U s'est appelé rubum ellum, prince élevé (auguste) III 55.

34-35. Le nom de Ninni (Istar) est écrit ici par l'idéogramme RI comme presque toujours dans le code. Cette déesse, mentionnée plusieurs fois dans le prologue, possédait des temples dans plusieurs des villes que H se vante d'avoir comblées de ses bienfaits : à Uruk II 47, à Harsag-Kalama II 65, à Hallab III 54, à Agadé IV 47, 48, à Ninive IV 63. On s'appuie sur le présent texte pour supposer que Ninni avait encore un temple à Méra et à Tutul. Dans l'épilogue on mentionne cette déesse XXIVr 24 et une longue adjuration lui est faite pour qu'elle terrasse les armées du roi contempteur du code XXVIIv 92-XXVIIIv 23.

Mu-na-wi-ir de niir signifie éclairer, illuminer. Cf. I 44. Pour les Sémites un visage éclairé, illuminé

Page 1