‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 53 sur 250 · Si le brigand n'a pas été pris · texte numérisé non relu

Si le brigand n'a pas été pris

30-36. l'homme razzié précisera devant Dieu tout ce qu'il a perdu, 37-45. la ville et le rabianum, dans le pays et le territoire desquels la razzia a été faite, lui rendront tout ce qu'il a perdu.

46-50. S'il s'agit d'âme (personne), la ville et le rabianum paieront une mine d'argent.

Après avoir assuré l'évaluation des biens volés, le législateur a pourvu à leur restitution. A cet effet, il a décidé « que la ville et le grand, dans le pays et le territoire desquels la razzia a été faite » lui rendraient tout ce qu'il a perdu. 37-45. Cette disposition est à la fois humaine et juste. L'homme dépouillé de ses biens, loin d'être abandonné à son sort, recevra, non pas seulement une compensation quelconque, mais récupérera toute sa fortune. La restitution incombe non à la ville et au chef du pays d'origine de la victime, mais à la ville et au chef du territoire où la razzia avait eu lieu. Cette mesure, stimule chaque ville, et notamment son « rabianum », à faire la police dans le territoire et la campagne de son ressort. Et, pour les cas où cette police n'aurait pu empêcher les razzias, toutes les fois où l'auteur de la razzia n'aura pas été arrêté, ceux, auxquels incombait ce devoir, devront restituer eux-mêmes.

Le chef de la ville est appelé rabianum, c'est-à-dire grand. Il faut prendre le sens métaphorique de ■ce mot. Le rabianum était le personnage le plus important de la cité : celui qui par son intelligence, sa puissance, ses richesses, etc.. exerçait le pouvoir sur les autres. Étant plus riche que ses concitoyens, il devait participer, pour une grande part, à la restitution.

§ 24. Par cette loi, un mode de restitution spécial est ordonné pour tout napislum faisant partie d'une razzia, dont l'auteur n'a pas été arrêté.

Le mot akkadien napislum signifie proprement âme, dans le sens de souffle vital, à la fois principe et manifestation de la vie. Dans l'épopée de Gilgamès, le héros du Déluge est appelé Um-napislum-ruqu « jours lointains de vie », c'est-à-dire « longue vie ». Dans le prologue de son code, Hammourabi est appelé « roi donnant napisiu à la ville d'Adab », c'est-à-dire la vie ou les moyens de subsistance III 66. Ce mot •est employé avec ce même sens pour la ville de Maskan-Sabri IV 1-3. La loi § 3 fait allusion à un procès où napislum, c'est-à-dire la vie, est en jeu. Dans l'épilogue, Hammourabi souhaite, au sujet du roi contempteur de son code, que Ninlil fasse décréter par son époux Enlil « l'écoulement de son napistum comme l'eau » XXXVI 93 (ce texte atteste probablement que les Akkadiens se figuraient, comme les Hébreux, que le «ang contenait l'âme dont il était le véhicule) Ninkarrak est adjurée d'éteindre le napislum, l'âme principe •de la vie, du contempteur de la stèle XXVIIIr 66. Dans ces différents cas napislum signifie uniquement l'âme principe de la vie. Mais les personnes humaines sont désignées certainement par l'expression saknal napislim « ceux dans lesquels la vie a été placée », car on attribue leur bonne conduite à Samas, le grand juge des cieux et de la terre » XXVI Ir 14-18.

Dans la loi présente, napislum a le même sens. Il n'y a en effet que les personnes qui ne puissent être remplacées par des équivalents correspondant parfaitement et pour lesquelles on doive recourir à des indemnités pécuniaires. Nous pensons même qu'il est ici question de « personne libre ». En effet, le code pour des mutilations ou des morts causées involontairement, ordonne toujours des compensations pécuniaires quand la victime est une personne libre ou un muskenum §§ 198, 207-209, 251 ; mais quand la victime est un esclave, il prescrit de lui substituer un autre esclave §§ 219, 231. De plus une mine d'argent est une somme trop forte pour représenter le prix d'un esclave. Les documents relatifs à des achats d'esclaves datant de la P» dynastie babylonienne, stipulent comme payement : 5 sicles d'argent, 16 1/2 sicles d'argent pour une esclave et son enfant, 5 1/3 sicles d'argent, 5 1/2 sicles d'argent, 3 5 /6 sicles d'argent, 5 /6 de mine d'argent, 12 sicles d'argent. Cf. Schorr, Mechlsurkunden, N"^ 77, 79-85. Toujours le prix des esclaves est inférieur à une mine, c'est-à-dire à 60 sicles.

La Bible nous offre plusieurs exemples où le mot hébreu néphcS, âme a le sens de personne. Le roi de 5odome dit à Abraham : « donne moi le nëphes et prends les biens pour toi » Gen. XIV 21. Peut-être dans ce texte le mot âme signifie-t-il aussi les animaux. Mais certahiement il ne désigne que les personnes, libres ou esclaves, dans l'énumération suivante : « Et Esau prit ses épouses, et ses fils et ses filles et toutes les naphesoth de sa maison, et son troupeau et ses bêtes de somme... » Gen. XXXVI 6. De même Josué X 28, 30, 32, 36, 37 où il est dit que Josué tua les rois de Canaan et toutes les âmes. Pour les recensements au lieu de compter les hommes, on compte les âmes Exo. I 5, Deut. X, 22.

Les personnes prises dans une razzia étaient destinées ordinairement à devenir esclaves ou concubines.

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