‹ Commentaire du Code d'Hammourabi [microform]Chapitre 61 sur 250 · le maître du champ moissonnera son champ · texte numérisé non relu

le maître du champ moissonnera son champ

56-64. en outre le pasteur, qui, sans le maître du champ, a fait manger le champ au petit bétail, donnera au maître du champ vingt kur de blé par gan.

'65-74. Si, après que le petit bétail a été retiré de la campagne, que tous les troupeaux^ ont été enfermés à la porte de la ville, le pasteur a conduit le petit bétail au champ et a fait paître le petit bétail.

75-XVI. 3. le pasteur gardera le champ, qu'il a fait paître, et à la moisson il mesurera au maître du champ soixante kur de blé par gan.

4-9. Si un homme, sans (la permission du) maître d'un jardin, a coupé un arbre dans le jardin d'un homme, il pèsera une demi-mine d'argent.

■C'est alors qu'on appliquait la loi § 57. La sanction comprend deux dispositions. La première est la moisson du champ par son propriétaire 11. 54-55. Cette opération avait le douljle avantage d'assurer au maître du «hamp le bénéfice de la récolte qui y restait, et d'empêcher le pasteur de renouveler ses dégâts dans cette terre. Mais pour moissonner il faut que les blés soient mûrs. Aussi, si le berger avait commis son délit à l'époque de la récolte, il n'y avait pas de difficultés à ce que le propriétaire moissonnât de suite. Mais si les blés n'étaient pas encore mûrs, on devait attendre l'époque de la moisson pour les récolter. Durant l'intervalle le pasteur devait s'abstenir de faire paître le champ. La seconde partie de la sanction est une indemnité ■destinée à dédommager le propriétaire du déchet de sa récolte.

§ 58. On possède cette loi sur le fragment Rm 277 copié en assyrien sur des tablettes d'argile conservées au Musée britannique et publiées par Meissner, Beitrœge Z. Assyr. III 501-504. Ce fragment n'a que des variantes de détails.

L'aggravation de la sanction prouve que la faute prévue par le § 58 est plus grande que celle que vise le § 57.

D'après les 11. 65-70 le petit bétail a été retiré de la campagne ina ugarim i-te-li-a nim ; il a été enfermé à la porte de la ville ina KA KAL (la grande porte, la porte de la ville, abiillum) it-ta-ah-la-lu. Le parc dont il est question ne se trouve pas dans la campagne et il ne s'agit pas d'animaux qu'on laisse paître durant le jour en liberté et que, la nuit, on enferme dans une enceinte se trouvant dans le voisinage. Il s'agit de parc de ce genre dans les §§ 266 et 267 tarbasum. Tel est aussi le cas du bercail dont il est question dans l'allégorie du bon pasteur. Jean X 1, 2. Mais ici le petit bétail est enfermé à la porte de la ville, soit dans un parc se trouvant à l'extérieur de cette porte soit dans une étable comprise dans l'enceinte de la ville. A Jérusalem il y avait une porte du petit bétail sa'ar hass^ôn Néh. III 1, 31, XII 39, ainsi appelée parce que les troupeaux étaient enfermés dans le voisinage. Il y avait aussi à Jérusalem une piscine probatique destinée à laver les brebis et autres animaux consacrés au temple. (S' Jean, V 2) ; cf. Vincent et Abel, Jérusalem II, pp. 668 sq. Ce n'était pas simplement pour passer la nuit, cf. Meissner, p. 214, mais pour y passer une certaine saison que l'on enfermait le petit bétail à la porte de la ville.

On agissait ainsi dès que le blé poussait, pour empêcher le petit bétail de nuire aux récoltes. D'après § 58 c'est le berger qui doit garder le champ qu'il a fait paître indûment, tandis que selon le § 57 c'est le propriétaire qui doit le conserver. Pourquoi ces deux dispositions opposées sinon parce que le délit de pâturage a été commis à une époque où la moisson a été endommagée dans le § 58, et dans un temps où il était impossible de nuire beaucoup à la récolte au § 57. Dans ce dernier cas, il était tout indiqué de laisser au propriétaire sa moisson peu endommagée, tandis que dans l'autre cas il était équitable d'abandonner au berger une récolte dévastée par sa faute.

Pour le délit signalé au § 58 le pasteur est condamné à donner trois fois plus de blé que pour la faute indiquée au § 57. Il est vrai que, d'après le § 58, le pasteur pouvait garder le champ dévasté par son troupeau, dédommagement bien faible, à cause de la médiocrité de la récolte.

E. Jardins et Vergers § 59-66

Avec le § 59 commence la section du C. H. qui traite des jardins ou vergers. Sur la stèle du Louvre, elle s'étend jusqu'à la lacune, c'est-à-dire jusqu'au § 65. Le § 66 a été retrouvé sur un autre document.

Aucun des articles du code relatifs aux jardins et vergers, n'a disparu, croyons-nous, dans la lacune. Les §§ 60-65 parlent de la plantation des jardins et de leur culture, pour régler les salaires et les sanctions. Sans épuiser toutes les questions se rapportant aux jardins, ce chapitre renferme l'essentiel. Le système

10-14. Sum-ma a-wi-lum eqlam a-na kirim za-ga-pî-im a-na NU GiS SAR

(sakinim) id-di-in sakinum kiram iz-ku-up 15-26. MU (sattam) 4-kam kiram û-ra-ab-ba i-na ha-mu-uâ-tim sa-at-tim

be-el kirim ù sakinum mi-it-ha-ri-is i-zu-zu be-el kirim HA LA

(zitta)-su i-na-za-aq-ma i-li-ki

d'ii'rigatton des jardins étant le même que pour les champs, les stipulations du C. H. pour l'arrosage de ceux-ci s'appliquaient aux jardins. Le § 66 parle du paiement des dettes avec les fruits (dattes) d'un jardin, c'est-à-dire d'une question ne concernant pas directement la culture ou la plantation. Quant au § 71, il est tout à fait étranger au jardinage puisqu'il est relatif aux maisons.

Les §§ 59-66 fournissent trop peu de renseignements pour reconstituer un jardin babylonien. Le § 59 y mentionne des arbres et le § 66 des palmiers. Les documents cités soit par Ungnad III 659-666, soit par Schorr 134-137 sur les locations de jardins nous donnent l'impressioïi que ceux-ci fournissaient surtout des dattes.

Les études de Meissner dans Babylonien und Assyrien I, pp. 200-212 d'après des textes, des bas-reliefs et des figures, nous apprennent que les jardins situés entre le Tigre et l'Euphrate contenaient en étages successifs trois espèces de produits : des palmiers, des arbres fruitiers, des légumes et des fleurs.

>< L'arbre, qui était cultivé principalement dans les jardins babyloniens et qui donnait à tout le pays sa physionomie caractéristique, était le palmier à dattes (sum. gisimmar ; akk. gisimmaru). Aussi loin que nous remontions dans l'histoire, nous le rencontrons partout ainsi que ses multiples produits. Aussi est-il possible que ce soit là le pays où l'on ait trouvé et exercé tout d'abord l'art d'améliorer les dattes. Pour porter des fruits. mangeables, l'arbre a besoin d'une température moyenne de 21" à 23° C. Aujourd'hui les villes d'Ana et de Tekrit forment la frontière des plamiers sur l'Euphrate et le Tigre ; dans l'antiquité elle se trouvait peut-être un peu plus au Nord » pp. 202, 203. Les soins que le jardinier doit procurer au palmier sont : sa plantation, son arrosage, sa fécondation et la récolte de ses dattes.

Meissner nous dit que la propagation du palmier ne s'obtient pas par les noyaux, ce qui empêcherait de déterminer le sexe et donnerait 60 à 70 palmiers femelles pour un mâle, mais par rejetons, ialii. On devait, comme aujourd'hui, planter ces rejetons, non sur une trop grande étendue, mais sur un espace d'environ 100 mètres carrés. Ibid., p. 204. C'est l'équivalent des palmeraies d'Egypte. L'arrosage se fait comme celui des champs. Il faut aux racines de l'arbre beaucoup d'eau pour qu'il ne soit pas brûlé par les rayons du soleil. Aussi doit-on faire les plantations dans le voisinage immédiat d'un cours d'eau, d'un canal ou d'un lac.

Les fleurs contenant le pollen et celles qui portent les étamines se trouvent sur des arbres différents (fleurs dioïques). Aussi il importe de pratiquer la fécondation d'une façon artificielle. Meissner fait remarquer que la fécondation des palmiers fut considérée par les Babyloniens comme un acte si important qu'ils le représentèrent comme accompli par des génies, que les Assyriens et les Hittites eurent de semblables représentations artistiques, quoique dans leurs régions les dattes arrivent à peine à maturité. Meissner pense que la fécondation est précisément le travail qui est demandé au jardinier par les §§ 64 et 65 du G. H. Il dit que le terme rukkubu signifie faire chevaucher (reiten lassen), c'est-à-dire accomplir la fécondation artificielle, à la façon décrite par Hérodote Col. XVI 61, 72 ; XVII 8.

Bientôt après la fécondation, apparaissent les premières dattes (tuxallu) qui sont jaunes claires et à moitié mûres. Pour la pleine maturité la chaleur des mois d'Ab et d'Elul est encore nécessaire. Au mois de Tischri les régimes de dattes mûrs suluppu, uxinu, sont coupés et apportés sur une place déterminée xasaru où a lieu le mesurage et le partage entre le propriétaire et le jardinier... Xénophon vante les dattes qu'il avait rencontrées en Babylonie : Anab. II 5, 16. Ibid., pp. 205, 206. Meissner décrit les divers emplois que l'on faisait des différents produits du palmier. « Les dattes étaient mangées crues et formaient une partie capitale de la nourriture humaine : le jus exprimé était transformé en miel, ou, après la fermentation, en boisson enivrante ou en vinaigre, les noyaux remplaçaient le charbon "uir les forgerons, ou amollis servaient de fourrage au bétail. Presque toutes les autres parties du palmier trouvaient leur emploi dans la vie : la palmite comme légume, les feuilles comme nattes, les panicules comme divers instruments de ménage, l'écorce servait à faire de la corde et des tissus, le tronc lui-même, en dépit de sa mauvaise qualité, était employé comme bois de construction dans un pays pauvre en bois. Cela est si manifeste, qu'il y avait un hymne, babylonien ou perse, dans lequel étaient racontées les 360 manières dont le palmier pouvait être utilisé p. 200.

« Sous les palmiers, le jardinier remplissait d'arbres fruitiers comme une seconde couche du jardin : en Babylonie, c'était surtout des figuiers, de la vigne, des grenadiers, et peut-être aussi des mûriers. » p. 207. Meissner signale encore une autre série d'arbres fruitiers : le pistachier butnu, le poirier kamessaru, l'amandier sidqii, le caroubier xarubu, l'arbousier gisfjiSSu et plusieurs autres. On ignore si ces arbres poussaient en Balîylonie. Mais plusieurs rois d'Assyrie affirment les avoir plantés dans leur pays qui était plus élevé, p. 208.

Enfin, comme troisième couche, la plus inférieure, le jardin babylonien contenait des légumes, des épices, des plantes fourragères et des Heurs. La culture des légumes, qui en Babylonie était presque aussi réputée que celle de la Syrie, qui était proverbiale, demandait beaucoup de zèle et d'attention... Ici aussi Je problème de l'eau était capital, car les plantes non arrosées ne poussaient pas haut et ne voyaient pas

10-14. Si un homme a donné à un jardinier un champ à planter en jardin,

le jardinier plantera le jardin.

15-26. Il fera grandir le jardin durant quatre ans ; à la cinquième année,

le maître du jardin et le jardinier partageront à parts égales ;

le maître du jardin choisira et prendra sa part.

le soleil. « Nous possédons une liste des plantes du jardin de Mérodacbaladan qui nous donne une idée de la variété des plantes cultivées dans le jardin babylonien. » L'ail, sumu ouvre cette liste ; il était un des principaux aliments des Babyloniens, avait sa place sur la table du dieu et du roi, et était connu depuis les temps les plus anciens. Ensuite viennent les oignons et les poireaux karasu, la salade xassu, le cresson de jardin saxullalu, les cardons, le safran, le coriandre, l'hysope, le thym. Dans un autre paragraphe, on trouve plusieurs espèces de raves, des radis. A un autre endroit on mentionne de la luzerne, plusieurs variétés ■de trèfles. La liste se termine par les concombres. Meissner fait remarquer que certaines herbes employées en cuisine et certaines plantes babyloniennes n'ont pas accidentellement trouvé place dans cette liste, pp. 209, 210.

Des fleurs enfin, que les anciens Orientaux aimaient beaucoup, poussaient dans les jardins. Elles servaient d'ornement pour les cérémonies du temple. Celui qui s'approchait des dieux pour prier, prenait souvent à la main une branche de palmier, comme signe de paix. On portait souvent une fleur à la main pour s'en délecter. Dans Fart de l'ornementation, on trouve précisément de nombreux motifs de fleurs. La fleur préférée est celle du grenadier. Sur les monuments apparaît encore une fleur du genre du lotus d'ailleurs fortement stylisée. La rose amurdinu paraît aussi avoir été déjà connue. De petits lys croissent partout à l'état sauvage et avec beaucoup d'autres fleurs, ornent la campagne au printemps. Ibid., p. 211.

§ 59. Cette loi traite de la coupe d'un arbre sans la permission du propriétaire.

Kirum qui, en accadien. signifie jardin ressemble beaucoup à l'hébreu kérém qui signifie vigne.

L'arbre n'est pas spécifié. On en conclut que le législateur a envisagé tout arbre, indistinctement.

D'après Thureau-Dangin, le poids de la mine, unité fondamentale du système pondéral suméro-accadien, peut être évalué à 505 grammes avec une marge d'erreur extrêmement réduite. Cependant il est porté à croire que dans l'usage on se servait d'un poids inférieur à la norme Rev. d'Assyr., XXIV, 69. L'amende est extrêmement élevée, eu égard à la valeur de l'argent et au montant des autres amendes du G. H. Meissner explique ce fait par la grande utilité du palmier, p. 206. Peut-être faut-il ajouter la rareté du bois de chauffage et de construction en Babylonie, où il n'était fourni que par le peuplier de l'Euphrate urbatu et le tamarisque binu, aSlu, larppu. Plusieurs autres arbres corhme le musukkanu, êru et le kiëkanu ne sont pas sûrement identifiés au point de vue botanique. Le bois nécessaire aux constructions devait être amené péniblement de loin. Meissner dit que le roseau (sum, gi, gin ; akk. qanu) qui était susceptible de multiples emplois, offrait aux habitants une certaine compensation pp. 211, 212.

« Un législateur néo-babylonien adoucit d'ailleurs la sanction du § 59 en condamnant « la femme ayant accompli un acte de déboisement dans le champ de quelqu'un, à restituer au propriétaire du champ trois fois le poids du bois coupé. » Même, pendant la guerre, les jardins et en particulier les palmeraies, étaient la plupart du temps épargnés par les ennemis ; seuls les cruels Assyriens ne rougissaient pas de leurs sauvages dévastations. Lorsque Tiglatpileser IV assiégea Ukin-Zer dans la ville de Schapija « il tua ses palmiers dans le territoire de son pays, arracha ses dattes et les répandit à terre dans les champs ». De même Sanhérib fit tomber les palmiers qui par leur fécondité rendaient célèbre la ville de Dilbat ». Meissner, ibid., p. 207.

§ 60. La seconde question qui concerne les jardins, est traitée dans les §§ 60-63. Le § 60 indique les conventions que doit faire un propriétaire avec le jardinier auquel il donne son champ à planter. Le § 61 examine le cas où cette tâche est demeurée inachevée et les §§ 62 et 63 déterminent les sanctions à prendre pour l'inexécution du travail.

Le propriétaire qui veut planter son champ et en faire un jardin, s'adresse à un jardinier sakiniim. Il s'agit ici d'une plantation d'arbres probablement des palmiers, ce qui résulte du déterminatif isu bois, devant le nom jardin kirum ; du verbe planter saqapii, et de l'attente de cinq ans pour faire le partage. D'autre part, la faculté de payer un damqarum avec des dattes (§ 66), s'explique s'il s'agit de palmiers. Dans les contrats, il est d'ailleurs surtout question de palmiers et de dattes.

Comme dans toute plantation, le jardinier plantait des sujets un peu grands. Le législateur donne quatre ans au jardinier pour faire croître les arbres du jardin û-ra-ab-ba. A cet effet il devait surtout irriguer les palmiers et les féconder. Les dattes, que les palmiers pouvaient porter durant ce laps de temps, servaient à le rémunérer. On supposait qu'au bout de cinq ans l'œuvre de la plantation était définitivement achevée, qu'alors les palmiers pouvaient porter assez de dattes pour récompenser le jardinier de sa peine. Le législateur parle d'un partage à parts égales entre le propriétaire et le jardinier. Le jardinier reçoit une proportion plus élevée que dans § 64, la moitié au lieu du tiers ; c'est qu'ici les travaux: exécutés sont plus nombreux. Le jardinier, dans le § 61, doit non seulement planter, mais encore arroser et féconder les palmiers, tandis qu'au § 64 il est simplement chargé de la fécondation.

La clause spécifiant que le propriétaire choisira sa part, prouve que le partage avait lieu avant la •cueillette des fruits et que c'était les arbres chargés de fruits qui étaient partagés. Le choix entre deux quantités égales de fruits n'a pas de raison d'être. Puis le § 61, qui ordonne de mettre la partie restée en friche dans la part du jardinier négligent, prouve qu'il n'est pas question d'un partage des fruits cueillis.

94 COMMENTATRE DU CODE d'hAMMOURABI

27-33. Siim-ma sakinum eqlam i-na za-ga-pi-im la ig-mur-ma ni-di-tartï i-zi-ib ni-di-tam a-na li-ib-bi zitti-sii i-sa-ka-nu-sum

34t36. sum-ma eqlam sa in-na-ad-nu-sum a-na kirim la iz-ku-up

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