‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 10 sur 77 · QUESTION LU. — DU DON DU CONSEIL. QQ · texte numérisé non relu

QUESTION LU. — DU DON DU CONSEIL. QQ

Article II.

Si le don de conseil répond à la vertu de prudence?

Trois objections veulenl prouver que « le don de conseil répond mal à la vertu de prudence w. — La première arguë comme il suit : « I/inférieur, par son sommet, atteint ce qui est au-dessus de lui, comme on le voit par saint Denys au chapitre mi des .Vo//w Diciiis (de S. Th., leç. 4); c'est ainsi que riiomme », (pii est au-dessous de l'ange, « atteint l'ange », qui est au-dessus de lui, « pai" son intelligence », qui est sa* partie supérieure. « Or, la vertu cardinale est inférieure au don, ainsi qu'il a été vu plus haut (/"-?'"', ([. G(S, art. 8). Puis donc que le conseil est l'acte premier et infime de la prudence, tandis que son acte suprême est le commandement, el {|u'au milieu se trouve le jugement, il semble (jue le don correspondant à la prudence n'est pas le conseil, mais plut»')f le jugement ou le précepte. ». Celle objection nous vaudra une réponse de saint Thomas fort intéressante. — La seconde objection déclare (pi' (( à une même vertu il est suffisamment pourvu comme aide ou comme secours par un seul ilon ; car plus une chose est élevée, plus sa vertu est une, comme il est dit au livre des (Causes (prop. iv, \, xvii). Or, à la prudence il est pourvu comme secours par le don de science, (pii n'est pas seulement d'ordre spéculatif, mais aussi d'ordre praticpie, ainsi qu'il a élé vu plus haut ((|. (), art. 3). Donc le don de conseil ne répond pas à la vertu de piudence ». — La troisième objection fait remarquer cpi' « à la prudence, il appartient proprement de diriger, comme il a été \\i plus haut (q. 5o, art. i, ad /"'"). Or, il apj)aitient au don de conseil (jue l'homme soit dirigé par Dieu, ainsi (ju'il a élé dit (art. préc).

L'argument sed conlni dil (pie « le don de conseil a pruiiobjet les choses ordonnées à la fin. Or, la prudence a ce même objet. Donc ils se correspondent ».

100 SOMME THEOLOGIQUE.

Au corps de l'article, saint Thomas répond que « tout principe de mouvemenl qui est d'ordre inférieur se trouve aidé et perfectionné du fait qu'il est mû par un principe de mouvement supérieur; c'est ainsi que le corps est perfectionné du fait qu'il est mû par l'espiit. Or, il est manifeste que la rectitude de la raison humaine se compare à la Raison divine comme un principe de mouvement inférieur à un principe supérieur : la Raison éternelle, en eflel, est la règle suprême de toute rectitude humaine. 11 suit de là que la prudence, qui implique la rectitude de la raison, est perfectionnée au plus haut point, et aidée, selon qu'elle est réglée et mue par l'Esprit-Saint. Ce qui est le propre du don de conseil, ainsi qu'il a été dit (art. préc, ad /'""). D'où il suit que le don de conseil répond à la prudence, comme l'aidant et la perfectionnant ».

Vad prlmum fait observer que « l'acte de juger et de commander n'est point le fait de ce qui est mû, mais du principe qui meut. Et, parce que, dans les dons du Saint-Esprit, l'esprit de l'homme n'a point raison de principe qui meut, mais plutôt de chose mue, comme il a été dit plus haut (art. préc. ; ^"-2"% q. 68, art. i), à cause de cela il n'était pas à propos que le don correspondant à la prudence fût appelé du nom de commandement ou de jugement, mais du nom de conseil pouvant signifier la motion de l'esprit conseillé par un autre qui le conseille ».

L'ad secundum dit que « le don de science ne répond pas directement à la prudence, puisqu'il se trouve dans la raison spéculative; ce n'est que par voie d'une certaine extension qu'il se trouve l'aider. Le don de conseil, au contraire, répond directement à la prudence, portant sur le même objet ».

Vad tertkim déclare que u tout moteur mû meut du fait même qu'il est mû. Aussi bien, l'esprit humain, par cela même qu'il est dirigé par l'Esprit-Saint, devient apte à se diriger luimême et à diriger les autres ».

Le don de conseil correspond à la vertu de prudence, étant ordonné directement à la parfaire dans son acte propre qui est la direction de la vie humaine en vue de la perfection toute

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